La maltraitance envers les aînés peut prendre diverses formes, comme l’intimidation et l’agression physique, comme le dénonce la pièce La pension Auclair, qui était présentée au Théâtre des Tournesols, jeudi.

Dénoncer la maltraitance des aînés par le théâtre

Cowansville — C’est dans une salle comble que la pièce La Pension Auclair a été présentée au Théâtre des Tournesols, jeudi, abordant avec sensibilité le sujet de la maltraitance chez les aînés.

Plusieurs kiosques étaient installés à l’entrée de la salle de spectacle pour sensibiliser le public à la cause de l’intimidation chez les aînés.

Des agents de la Sûreté du Québec tenaient notamment à rappeler à la population qu’ils sont là pour soutenir les victimes d’abus — qu’ils soient physiques, psychologiques ou financiers. « Parfois, c’est fait par des personnes de la famille et il y a un certain malaise à dénoncer, mentionne l’agente Stéphanie Lemay. On est là aujourd’hui pour dire aux gens qu’ils ont le droit de porter plainte ».

Chantage, pression et insultes

La Pension Auclair, écrite par François Jobin et mise en scène par Marie-Claude Hénault, est le cinquième spectacle de la troupe La Belle Gang.

Inspirée entre autres de témoignages, la pièce débute tout d’abord dans un décor bleuté, presque galactique, où les personnages discutent dans « l’antichambre de la vie après la vie ». Supposément morts ou blessés, ils prennent conscience de leur soudaine légèreté. Une dame ose ainsi répliquer à Honoré Beaugrand, personnage expressément misogyne et intimidateur dans la pièce.

Ou encore, un vieil homme, Landreville, peut désormais parler et marcher, et surtout, dénoncer Honoré, qui a abondamment abusé du fait que Landreville était paralysé pour lui voler sa nourriture et son câble. D’emblée, la pièce montre l’abus perpétré sur des personnes âgées dont la condition physique ou psychologique ne leur permet pas de porter plainte. Heureusement, les gestes d’Honoré, une fois sus, sont vivement critiqués.

Ensuite, le décor dévoile aux spectateurs une résidence pour aînés, où beaucoup d’intimidation perdure, dans l’ombre.

Par exemple, une dame se fait soutirer des pilules contre la douleur par son gendre qui, pour la manipuler, lui joue la « carte de la culpabilité » et menace sa famille. Encore, quelques femmes de la résidence Auclair font circuler une rumeur sur « Ginette qui pue », ce qui isole cette dernière, l’attriste et la pousse au suicide.

Dans l’établissement pour aînés, un pensionnaire est « la tapette », un autre est le « chouchou », ou un troisième est qualifié de « gros jambon ». Tout au long de la pièce, les personnages racontent comment des noms insultants, des rumeurs, et des agressions physiques ont détruit ou détruisent toujours leur vie.

« Il y a assez de maltraitance, que ce soit physique, monétaire. Ça m’arrache le cœur », a confié la spectatrice Constance Messier, à la sortie de la pièce.

« Notre bouche, c’est une arme »

« Lorsque j’ai rencontré des travailleuses sociales qui ont alimenté ma recherche sur l’intimidation, j’ai été sidéré par les histoires qu’elles m’ont racontées. Des histoires d’horreur, d’abus, de violence, de cruauté, affirme l’auteur de la pièce de théâtre, François Jobin. Certaines avaient des conséquences funestes pouvant aller jusqu’à la dépression, voire la mort. J’ai donc voulu exposer quelques-unes de ces situations qui vont de la violence verbale jusqu’à la cruauté préméditée en passant par le harcèlement et la moquerie. »

Certes, la maltraitance peut prendre plusieurs formes, parfois grossières — tels les commentaires ridicules et déplacés du personnage d’Honoré Beaugrand — ou bien subtiles.

« On peut salir, démolir, détruire la réputation de quelqu’un en quelques clics, en très peu de temps et tout ça, en étant bien assis dans le confort de son salon, note la metteure en scène, Marie-Claude Hénault. On entend souvent des histoires à ce sujet qui concernent les jeunes. Mais les aînés ? Ben non ! Voyons ! Chut ! »

La pièce a ainsi pour but de faire prendre conscience à la population que l’intimidation existe chez les aînés, mais aussi de souligner l’importance de la dénoncer.

« On est encore obligé d’en parler, de sensibiliser le monde, parce que ça existe, dit Constance Messier, une spectatrice de La Pension Auclair. Si le monde en parle, dans les familles, j’espère que ça va finir, que le monde va comprendre. Quand tu vois que quelque chose se passe, faut le dénoncer. Il y a assez de maltraitance, que ce soit physique, monétaire. Ça m’arrache le cœur. »

La Table de concertation pour aînés de Brome-Missisquoi, le Centre d’action bénévole de Bedford et environs, le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels, Justice alternative et médiation, et tout autre organisme venant en aide aux personnes âgées victimes de maltraitance, tiennent à rappeler aux citoyens leur offre de soutien psychologique, juridique, technique et informatif, et à ne pas hésiter à faire appel à eux.

« On n’a pas besoin de fusil pour tuer, notre bouche, c’est une arme, indique la comédienne Charlotte Delisle. On peut tuer avec nos mots. Avec un fusil, c’est le corps qui tombe ; avec nos paroles, c’est l’âme qui tombe, c’est le dedans qui meurt. »

La Belle Gang a donné jeudi la dernière représentation de cette pièce qui s’était déplacée dans plusieurs villes au Québec.

Si un aîné est intimidé ou témoin d’une situation d’intimidation, il peut contacter anonymement une ressource confidentielle en communiquant avec la Ligne Aide Abus Aîné 1888-489-2287 ou la Ligne Info-Social 811.