Après avoir travaillé sur les chenillettes pour la Ville de Granby, Marie-Ève Laplante vient de faire le saut derrière le volant d’un camion de déneigement.

Déneiger... au féminin

En minorité dans un monde typiquement masculin, elles font tomber les tabous en sillonnant, au volant de leur mastodonte, les rues couvertes d’un tapis blanc à Granby et Bromont. Loin d’être émoussées par les clichés, Marie-Ève Laplante et Karine Morissette prouvent jour après jour que le déneigement au féminin a bel et bien sa place.

Marie-Ève Laplante a eu la piqûre pour le déneigement en montant après chaque tempête à bord d’une chenillette pour déblayer les trottoirs de Granby en 2018.

« J’ai commencé à travailler pour la Ville à 19 ans, raconte celle qui en a aujourd’hui 11 de plus. Je faisais différentes tâches. Mais quand on m’a donné l’opportunité d’essayer la chenillette, je n’ai pas hésité. J’ai vraiment tripé dans mon travail tout l’hiver dernier. »

La tension a néanmoins monté d’un cran lorsqu’on lui a proposé cette année de prendre place derrière le volant d’un camion de déneigement.

« Déneiger, ce n’est pas de l’inconnu pour moi. Mon conjoint travaille dans le domaine. Mais, entre [une chenillette] et un camion, il y a une grosse différence. Ça m’a fait un peu peur d’avoir ma route au début. Mais après deux ou trois soirées, j’étais totalement à l’aise. »

Karine Morissette a un parcours similaire à celui de sa consoeur, avec qui elle a travaillé à Granby, notamment pour l’entretien des parcs, avant d’être embauchée par la municipalité de Bromont il y a près de trois ans. Le travail physique et les équipements motorisés, c’est sa tasse de thé.

« J’ai travaillé pour un paysagiste à Granby. C’est à ce moment que j’ai commencé les démarches pour obtenir mon permis de classe 1 (véhicules lourds). Pour la Ville, j’ai d’abord fait du déneigement manuel. Puis à Bromont, on m’a proposé une run sur les camions de déneigement. C’est une offre que je ne pouvais pas refuser, dit-elle. En fait, j’aime tout ce qui a un moteur. Les camions, les autos et je fais aussi du motocross. »

Karine Morissette a une route dédiée pour le déneigement à Bromont depuis trois ans.

Ouverture

On pourrait croire que l’entourage des deux filles a eu quelques réticences à ce qu’elles foncent, têtes baissées, dans un univers traditionnellement masculin. Mais, il n’en est rien.

« Ma famille et mes amis m’ont vraiment encouragée à faire ce que j’aime. C’est une carrière que je veux faire tout le restant de ma vie », indique Marie-Ève.

Les propos de Karine vont dans le même sens. « Les gens autour de moi m’ont vraiment poussée à conduire des camions. Il n’y a aucune raison de se mettre des barrières parce qu’on est une femme. Si je suis capable de faire le même travail qu’un homme, il n’y a pas de problème. »

Une fois à l’emploi, les deux femmes ont également constaté l’ouverture de la majorité de leurs confrères masculins.

« Si j’ai un problème, une question, il y a toujours un gars pour m’aider. Je ne vois absolument pas de comportements ou de commentaires machos autour de moi. L’ambiance de travail est excellente dans l’équipe », mentionne Marie-Ève.

Mis à part quelques blagues un peu « sexistes », mais « jamais déplacées », Karine dit avoir eu un très bon accueil au sein de l’équipe des travaux publics à Bromont. « Les gars resteront toujours des gars. Et c’est bien comme ça. J’ai fait mes preuves comme n’importe quel employé. Et je sens que je fais partie de la gang. »

Certains automobilistes mènent toutefois la vie dure aux deux femmes derrière le volant de leur mastodonte. « Les gens ne se rendent pas compte du danger quand ils sont près [d’un camion de déneigement]. Ils te coupent, freinent à la dernière minute. Tu dois toujours rester aux aguets », dit Karine. Idem du côté de sa consoeur à Granby.

Sacrifices

Karine est mère d’une adolescente de 15 ans, d’un garçon de 13 ans et d’une jeune fille de 6 ans. Les horaires atypiques qui viennent avec le déneigement ont d’importantes répercussions dans l’organisation de la maisonnée.

« Concilier le travail et la famille, c’est loin d’être évident quand tu fais du déneigement. Ça prend un conjoint très compréhensif », confie la femme de 36 ans.

« C’est la fête de mon conjoint aujourd’hui (mardi). Je prépare les choses et ce sont mes enfants qui le fêteront ce soir parce que je ne serai pas là », cite-t-elle en exemple.

« L’horaire n’est pas toujours évident, concède Marie-Ève. Mais il faut être prêt à faire des sacrifices pour faire ce qu’on aime. »