Environ 70% du territoire de la ville de Granby sera déneigé par les employés des travaux publics cette année. Auparavant, les entrepreneurs privés effectuaient plus de la moitié des quelque 510 km à entretenir.

Déneigement à Granby: une plus grande part aux travaux publics

Les entrepreneurs de déneigement privés étant aux prises avec des difficultés de recrutement de main-d’oeuvre, une part plus importante du territoire de la ville de Granby sera dorénavant déneigée par l’équipe des travaux publics.

Auparavant, la Ville et les entrepreneurs se partageaient grosso modo à parts quasi égales les quelque 510 km de rues à entretenir. Mais ce ratio a dû être révisé à la fin de l’été, alors qu’aucune soumission n’a été déposée à la suite du deuxième appel d’offres lancé par la Ville pour le déneigement de certains secteurs, explique le directeur des travaux publics, François Méthot-Borduas.

À la lumière des nouvelles mesures prises, la Ville assumera dorénavant les opérations de déneigement d’environ 70 % du territoire, tandis que trois entrepreneurs se partageront les neuf secteurs qui composent la portion restante, en vertu d’un contrat de trois ans conclu en juin dernier.

Samuel Bérard de Bérard Transport à Granby est un des entrepreneurs à avoir obtenu un contrat de la Ville de Granby pour le déneigement et l’épandage d’abrasif. Recruter de bons chauffeurs de camion n’est pas une mince tâche, dit-il. À un point tel que cela peut être un argument pour laisser passer certains appels d’offres.

« On aurait pu soumissionner pour d’autres secteurs. Avoir des camions, tout le monde est capable d’en acheter. Mais avoir des bons chauffeurs, c’est une autre affaire. Il faut faire ça comme il faut », lance M. Bérard, qui assure que son équipe actuelle lui permet de remplir ses contrats.

Achat de camions

Acheter des camions, c’est justement ce qu’a dû faire la Ville de Granby, dans les circonstances. En août dernier, elle a donné le feu vert à l’achat de quatre camions dix roues avec benne et équipements à neige. La facture s’est élevée à 1,4 million $. La livraison des véhicules est attendue au cours des prochains jours, affirme François Méthot-Borduas.

Certains employés temporaires de la Ville ont aussi été affectés aux opérations de déneigement. « On a un bassin important de temporaires, surtout en été. Ça nous a permis de les conserver durant la période hivernale. Ce sont des employés qui étaient déjà dans le giron de la Ville », souligne le directeur des travaux publics.

Ces nouvelles mesures sont d’ailleurs en partie responsables d’une hausse des dépenses de fonctionnement de la Ville dans le budget 2020. Ces dépenses sont en hausse de 4,9 %. « N’eut été de dépenses majeures cette année pour le déneigement et la mise en opération du nouveau centre aquatique, on aurait une variation de 2,38 % », a relevé la trésorière de la Ville, Sylvie Chouinard, lors de la présentation du budget.

« C’est vraiment une année transitoire, où on va tout documenter pour s’ajuster », estime François Méthot-Borduas.

L’équipe a d’ailleurs pu tester sa nouvelle formule avec la tempête du 12 novembre dernier, relève-t-il. « C’était une première neige avec des quantités assez importantes. Et ça a super bien été. Ça a un peu donné le ton. (...) On a un nouveau contrat avec les entrepreneurs, de nouveaux secteurs. C’était comme une pratique générale pour la suite des choses », fait-il valoir.

Amélioration continue

Selon le directeur des travaux publics, le projet-pilote lancé en 2017 pour les opérations de déneigement continue à se déployer. L’actuelle saison hivernale représente en quelque sorte un « point de bascule », car les contrats de la Ville avec les entrepreneurs privés venaient à échéance après la dernière saison hivernale.

« On en a profité pour revisiter tous les secteurs, qu’ils soient faits par les entrepreneurs ou la Ville, pour établir un nouveau plan de déneigement. Avant, 286,6 km étaient faits par les entrepreneurs. Avec la refonte, on est allé en appel d’offres pour 222,9 km. On a diminué le nombre de kilomètres parce qu’on a décidé de s’occuper de toutes les entrées de ville, qui étaient faites avant par les entrepreneurs », explique François Méthot-Borduas.

Certains secteurs, représentant 72,5 km, étant demeurés vacants, c’est à cette occasion que la Ville a dû lancer un deuxième appel d’offres, qui est demeuré lettre morte.

Dans les circonstances, la Ville n’a eu d’autres options que de veiller elle-même aux opérations de déneigement dans ces secteurs orphelins.

La situation ne serait pas unique à Granby, selon M. Méthot-Borduas. La pénurie de chauffeurs de camion s’inscrit dans un contexte global au Québec, selon lui.

« Avec le manque de main-d’oeuvre qualifiée et les changements climatiques, les entrepreneurs et les villes sont sous pression pour le déneigement. C’est un contexte particulier avec lequel on doit transiger pour les prochaines années. On doit revoir les façons de déneiger, nos stratégies, entre autres avec les changements de température qui sont de plus en plus drastiques. Quand on a un 14 degrés (Celcius) en plein janvier et qu’il fait -25 le lendemain, ça change nos façons d’intervenir », dit le directeur des travaux publics.

Celui-ci affirme qu’une « vigie » est en place, question d’être alerte aux nouvelles façons de procéder. « C’est ce qu’on fait depuis quelques années et c’est ce qu’on va continuer à faire pour les prochaines années », affirme François Méthot-Borduas.