Le maire d’Abercorn, Guy Gravel, voulait consulter la population afin de transformer l’église St-Simon en centre communautaire, ce qui a été refusé par quatre conseillers.

Démission d’un conseiller: le torchon brûle à Abercorn

Une élection partielle devra être déclenchée à Abercorn puisque le petit village de 400 âmes a perdu l’un de ses conseillers, Alain Sylvestre. Se disant épuisé de ramer à contre-courant, il a remis sa démission lundi.

Selon M. Sylvestre, qui a accordé une entrevue à La Voix de l’Est, quatre conseillers se font un point d’honneur de voter contre toute résolution qui pourrait permettre au village d’innover, de se développer et de sonder la population. Des propos corroborés par le maire Guy Gravel.

Avec sa petite population, la municipalité gère un budget de moins d’un million de dollars. «Nous sommes très nombreux à croire qu’il est impératif d’augmenter nos sources de revenus et notre population, affirme M. Sylvestre qui a été élu lors d’une élection partielle en 2015 puis réélu aux élections générales. Notre maire nous a présenté à plusieurs reprises des plans de développement du territoire et, plus particulièrement, du centre du village. Je l’appuie totalement. Mais tout est actuellement, systématiquement, refusé par quatre conseillers.»

Parmi ces projets, il est par exemple question de transformer l’église catholique en centre communautaire et de garder en bon état les deux églises ainsi que la petite école rouge, les trois principaux édifices à valeur patrimoniale du village. MM. Sylvestre et Gravel souhaitaient consulter la population à ce propos.

«Ces individus-là ont empêché que nous fassions cette consultation publique, déplore le fiscaliste à la semi-retraite. Il m’apparait que c’est un accroc magistral à la démocratie.»

L’ambiance est difficile au sein du conseil municipal, confirme le maire. «C’est sûr que chaque fois que j’avance une idée, c’est la plupart du temps rejeté par le conseil. J’ai voulu garder le patrimoine au centre du village, ça a été refusé. J’ai voulu consulter la population, ça a été refusé. On a un problème de vitesse sur une rue, alors j’ai proposé des panneaux lumineux, ça a été refusé.»

Un frein au développement

M. Sylvestre considère que, ayant été choisis par la population pour la représenter, les élus doivent être à l’écoute des désirs des électeurs et il estime que ceux-ci veulent s’assurer d’un avenir dynamique pour le village.

Par contre, depuis les dernières élections générales municipales en 2017 lors desquelles Guy Gravel a remporté les suffrages, les projets ne vont pas de l’avant en raison de l’opposition de quatre conseillers. «Ce sont des individus qui n’ont, à ma connaissance, aucune vision pour l’avenir de notre municipalité, blâme le conseiller démissionnaire. Ils agissent par intérêt personnel. [...] Ils s’opposent pour s’opposer.»

Le cinquième conseiller est quant à lui ouvert aux changements, précise-t-il, mais à trois, ils ne faisaient pas le poids pour adopter les résolutions.

Un allié en moins

Le maire Guy Gravel perd donc un allié au sein du conseil. Celui-ci comprend la décision de son collègue, mais il avoue être un peu découragé par la situation. «Ce n’est pas une situation facile, mais ça fait partie de la vie politique. J’ai quand même un caractère optimiste et je n’ai pas l’intention de démissionner, je veux aller jusqu’au bout de mon mandat.»

La date de l’élection partielle n’est pas encore déterminée. M. Gravel a déjà commencé à parler à quelques Aberconiens pour les inviter à poser leur candidature.

Optimiste malgré tout, le maire assure qu’il se passe de belles choses au village depuis deux ans. L’Association de la Culture et du Patrimoine d’Abercorn (ACPA) organise chaque année une exposition d’art. La saison chaude a son méchoui — le dernier a attiré 150 personnes, soit plus du quart de la population — et la saison froide a son Fest’Hiver.

N’empêche que l’administration souhaite augmenter son assiette fiscale. Elle doit donc accueillir de nouvelles familles. Des terrains sont d’ailleurs disponibles au cœur du village et des pourparlers sont en cours avec le propriétaire pour les mettre en vente.

«Nous voulons attirer une population jeune parce que nous en avons besoin, évoque M. Sylvestre. Si on veut les attirer, il faut qu’on ait quelque chose à leur offrir, entre autres l’art et de la culture. À Abercorn, on n’aura jamais d’industrie de haut niveau, mais par contre nous avons des attraits assez intéressants.»

La Voix de l’Est a tenté de parler à d’autres conseillers, sans succès.