«On perçoit cette volonté politique d’avoir un autre hôtel, mais le besoin n’est pas là», dit Marie-Joëlle Bourdeau, de l’Hôtel Castel.

Démarches pour un nouvel hôtel à Granby: « le besoin n’est pas là»

Les efforts déployés par la Ville de Granby pour inciter une nouvelle chaîne hôtelière à s’implanter sur son territoire ne font pas le bonheur des hôteliers déjà en place. Les besoins sont insuffisants pour accueillir un nouveau joueur, calculent-ils.

« On perçoit cette volonté politique d’avoir un autre hôtel, mais le besoin n’est pas là. Un hôtel doit être ouvert toute l’année. Et Granby a des besoins plus élevés seulement quelques semaines dans l’année », fait valoir la directrice des ventes et du marketing à l’Hôtel Castel, Marie-Joëlle Bourdeau.

« Pour survivre le reste de l’année, les hôteliers en place font preuve de débrouillardise et complètent avec la venue de congrès ou d’autres choses », ajoute-t-elle.

Celle-ci a souhaité réagir, alors que le maire, Pascal Bonin, affirmait cette semaine que les discussions entourant l’implantation d’un nouvel hôtel à Granby « se précisent ».

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Des démarches ont récemment été lancées pour modifier la réglementation afin de permettre les hôtels d’une hauteur maximale de six étages dans deux zones commerciales, situées grosso modo au sud de la rue Principale, entre le boulevard David-Bouchard et la rue Martin.

« Je ne pense pas que ça soit une bonne idée. Un nouvel hôtel aurait aussi le défi de survivre, comme nous », renchérit pour sa part la propriétaire de l’EconoLodge Granby, Pati Zhu, en soulignant que les activités de l’établissement hôtelier de la rue Principale sont au ralenti de novembre à juin.

Un calcul « totalement erroné »

Les arguments présentés par le maire Bonin, notamment que la ville accueille annuellement « 2,2 millions de touristes », font particulièrement bondir Marie-Joëlle Bourdeau.

« On ne veut pas jouer sur les mots. Mais on ne parle pas de touristes, plutôt de visiteurs. Et il y a une grande partie de ces visiteurs qui ne dorment pas dans la région. La façon dont les chiffres sont utilisés laisse sous-entendre qu’il y a un besoin d’hébergement pour 2,2 millions de personnes, mais c’est totalement erroné », dit-elle.

Celle-ci souligne que, selon le rapport annuel du Zoo de Granby, moins du tiers des visiteurs accueillis en 2017 a séjourné dans la région lors de leur visite, soit moins de 313 000 personnes, alors qu’un achalandage record de 940 175 personnes a été comptabilisé.

« Parmi ces 313 000 touristes, un peu plus de la moitié a séjourné dans un établissement commercial, soit autour de 175 000 personnes », note-t-elle.

Rarement pleins

Autre donnée avancée par Marie-Joëlle Bourdeau : il n’y a pas 176 chambres disponibles à Granby, tel qu’évoqué, mais bien 392, dont 267 unités à l’Hôtel Castel, au Saint-Christophe Hôtel & Spa, ainsi qu’à l’EconoLodge.

Quelque 88 unités sont en outre disponibles dans trois motels et 37 autres sont réparties dans une douzaine de gîtes, affirme la directrice des ventes et du marketing à l’Hôtel Castel.

Selon elle, mis à part quelques week-ends durant l’été, les hébergements granbyens affichent d’ailleurs rarement complet.

Selon un communiqué émis par l’Hôtel Castel, le taux d’occupation annuel des hôtels de Granby avoisinerait 40 %.

« Sachant que le taux d’occupation moyen des hôtels est plutôt autour de 60 %, Granby est actuellement sous la moyenne. L’ajout d’unités d’hébergement supplémentaires accentuerait la situation et conduirait possiblement à la fermeture d’établissements », craint Marie-Joëlle Bourdeau.

Consultation

« Il y a aussi les (logements de la plateforme) Airbnb. Je pense que la Ville ne connaît pas la réalité des hôtels », déplore Pati Zhu de l’EconoLodge Granby.

Marie-Joëlle Bourdeau croit également que l’administration municipale aurait avantage à travailler de concert avec les acteurs du milieu pour bonifier l’offre existante, plutôt que de déployer des efforts pour attirer un nouvel hôtel.

« Tout se fait sans que les acteurs qui sont directement concernés soient consultés pour bien cerner la situation et comprendre les besoins », glisse-t-elle.

La direction du Saint-Christophe Hôtel & Spa n’a pas retourné l’appel de La Voix de l’Est jeudi.