Un partenariat entre le Bistro Forik et le Programme de formation à l’intégration sociale du CRIF permet à quatre jeunes ayant une déficience intellectuelle de travailler deux heures par semaine au restaurant.

Déficience intellectuelle: Bistro Forik donne le goût de l’intégration

Depuis quelques semaines, les habitués du Bistro Forik ont découvert de nouveaux visages au sein de l’équipe, le vendredi à l’heure du brunch. À raison de deux heures par semaine, quatre étudiants ayant une déficience intellectuelle offrent de leur temps pour apprendre les rudiments de différents métiers de la restauration.

En rotation, Gabrielle, Audrey, Marc-Élie et Marc-Antoine apprennent à accueillir la clientèle, à débarrasser les tables, à préparer certains aliments et à faire de la plonge. Ils développent ainsi leur dextérité, leur motricité fine et leurs habiletés en communication tout en apprennent le fonctionnement d’un restaurant et les normes en matière d’hygiène.

Une opportunité en or qui s’aligne parfaitement avec la mission du Programme de formation à l’intégration sociale du Centre régional intégré de formation (CRIF) auquel ils sont inscrits et qui vise à les rendre les plus autonomes possible afin qu’ils puissent un jour occuper un emploi ou vivre dans un appartement.

Chaque vendredi après-midi depuis nombre d’années, les étudiants œuvrent bénévolement dans l’entrepôt de SOS Dépannage. Mais l’enseignante Isabelle Lemoine estimait qu’il leur manquait une opportunité de socialiser avec autrui dans le cadre de ces incursions professionnelles. C’est pourquoi elle avait lancé, l’automne dernier, un appel à tous sur Facebook afin de dénicher des entreprises désireuses de former un partenariat visant l’intégration professionnelle de jeunes atteints de déficience intellectuelle légère à modérée.

Dominique Lussier, propriétaire du Bistro Forik, a levé la main. Infirmière, elle a souvent côtoyé ces personnes différentes, tout comme sa fille Joanie Lemaire, qui est éducatrice spécialisée lorsqu’elle ne travaille pas au restaurant. « C’est une clientèle qu’on côtoie et qu’on apprécie beaucoup, souligne celle-ci. Ça permet aux personnes déficientes d’acquérir des connaissances et de se familiariser avec d’autres employés tout en brisant des stéréotypes qui perdurent face à ces personnes. »

Le reste s’est enchaîné presque comme par magie. L’ambiance familiale et chaleureuse du restaurant était parfaite pour un tel partenariat, souligne Mme Lemoine.

« Le summum ! »

La préparation des aliments sous la supervision de Sylvie Adam, assistante cuisinière, a la cote chez les bénévoles. « Ça se déroule très bien, explique celle qui était accompagnée d’Audrey, vendredi. Ils se sentent valorisés et sont très heureux d’apprendre. »

Gabrielle aime tout. « J’aime être en avant et voir les autres, j’aime laver la vaisselle et les tables », énumère ce petit brin de femme. Surtout, dit-elle, « les gens sont de bonne humeur et j’aime ça ».

L’accueil réservé au quatuor de bénévoles est d’ailleurs des plus chaleureux, se réjouissent les responsables du partenariat. « Les gens sont contents de voir qu’on est prêts à donner du temps et de l’énergie pour une bonne cause », souligne Joanie Lemaire.

« C’est une clientèle un peu tabou, qu’on a longtemps cachée. Ici, il y a une super ouverture. Les étudiants ont un contact privilégié avec les autres employés et la clientèle. Ils sont traités en égaux. Quand on parle d’intégration sociale, c’est pas mal le summum ici ! », s’exclame Mme Lemoine.

Les clients eux-mêmes sont heureux d’encourager une telle initiative. « C’est une super bonne chose. Les jeunes sont super polis et bien gentils. C’est quelque chose qu’on devrait voir plus souvent dans plus d’établissements », confie Diane.

« Ça ne nous nuit pas, au contraire. C’est un plaisir de se faire accueillir et desservir par eux. Ils se sentent utiles », renchérit André, assis à la même table.

Ouvrir des portes

Il n’est pas exclu que cette collaboration mène à une ou plusieurs embauches. « Ma mère est très ouverte à toutes les possibilités, souligne Mme Lemaire. Nous avons, par le passé, eu plusieurs employés avec des troubles [de santé mentale]. Actuellement, une de nos employées souffre d’un trouble du spectre de l’autisme. Il suffit d’adapter l’environnement de travail pour qu’il convienne à cette personne. »

« Ce qu’on veut, c’est que les portes s’ouvrent, plaide Isabelle Lemoine. C’est la principale difficulté. Une fois qu’il y a une ouverture, les élèves démontrent leur capacité et leur joie à travailler, de même que leurs qualités exceptionnelles. »

Le partenariat entre le CRIF et le Bistro Forik devrait se poursuivre tous les vendredis jusqu’au 7 juin. On espère que l’initiative fera des petits grâce à la collaboration d’autres entreprises de la région.

Un total de 33 élèves atteints de déficience intellectuelle, de trisomie ou d’un trouble du spectre de l’autisme sont répartis en deux groupes au Programme de formation à l’intégration sociale du CRIF.