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Déconfinement: prêts, pas prêts...
Déconfinement: prêts, pas prêts...
Véronique Piquette, mère du petit Milann, est d’avis que les familles d’enfants à besoins particuliers «seront parmi les derniers à retrouver une vie normale» dans la crise actuelle.
Véronique Piquette, mère du petit Milann, est d’avis que les familles d’enfants à besoins particuliers «seront parmi les derniers à retrouver une vie normale» dans la crise actuelle.

Enfants à besoins particuliers: « J’ai la peur au ventre »

La crise sanitaire a exacerbé la détresse de plusieurs parents d’enfants à besoin particulier. Véronique Piquette est du nombre. « On flirte tous avec l’épuisement », confie-t-elle. Après des mois à tenter de garder la tête hors de l’eau, ayant perdu presque tout le soutien auquel elle avait droit, la mère du petit Milann appréhende son retour dans le contexte scolaire.

Milann est atteint de trisomie 21, d’autisme et d’une panoplie d’autres problèmes de santé. Véronique voit mal comment on pourra mettre en place des mesures particulières pour le protéger du coronavirus.

« Milann ne comprend pas ce qui se passe avec la pandémie. Encore moins les règles de distanciation sociale. Alors, comment le renvoyer à l’école quand il a besoin d’aide pour s’habiller, s’alimenter? »

Le confinement a complètement chamboulé la routine du petit bonhomme. Ce qui a fait en sorte que ses problèmes de comportement se sont accrus. « L’anxiété de Milann a grimpé en flèche depuis le début de la COVID, constate Véronique. Il est constamment en opposition parce que je dois le priver de tout ce qu’il aime. Il adore aller vers les gens, aller au parc. Son petit réseau social est tombé à zéro. C’est frustrant pour lui. Ça a une incidence dans le jour, mais aussi la nuit. »

La maman aussi manque de sommeil. Et surtout de soutien. « On avait le droit à du répit avant la crise. Environ 24h par mois. Je n’en ai pas eu depuis le 1er février. Et je n’ai pas dormi une nuit complète depuis cette date. Ma santé mentale écope. »

Elle dit avoir « sonné l’alarme », en vain. « J’ai dit plusieurs fois au CLSC que je suis complètement épuisée. Mais, il y a un an et demi d’attente pour du soutien psychosocial pour les parents d’enfants à besoins particuliers. Donc, on repassera. Et il n’y a plus d’éducatrice spécialisée qui vient à la maison toutes les semaines pour les troubles de comportement de mon garçon. On est laissés à nous-mêmes. »

Les proches de Véronique lui manquent aussi cruellement. « En ce moment, je n’ai pas le droit de voir ma famille. Je donnerais n’importe quoi pour dormir chez mon père et qu’il me prenne dans ses bras. »

Dualité

La dualité fait partie du quotidien de Véronique. « Milann est le responsable de tous mes problèmes, mais aussi le responsable de tous mes sourires, dit-elle. Quand tu te mets à connecter avec un enfant qui est complètement dans l’instant présent, tu grandis comme humain à travers sa naïveté. »

Bien qu’elle tente de s’accrocher au moindre moment positif, la jeune maman n’entrevoit pas les jours à venir avec enthousiasme.

« Je pense que les familles d’enfants à besoins particuliers seront parmi les derniers à retrouver une vie normale. J’ai la peur au ventre en pensant à la suite. On était déjà les oubliés du système et on est isolés plus que jamais dans notre détresse. D’un autre côté, je ne suis pas une prof, une ergothérapeute, une physiothérapeute. Je n’ai pas à assumer tous ces rôles. On souligne l’importance des aidants naturels, mais on ne leur accorde pas les moyens. On a besoin d’oxygène pour réussir à passer à travers la crise. »

Catherine Chassé, enseignante dans une classe en déficience intellectuelle, est d’avis qu’un retour à l’école en mai est souhaitable pour certains de ses élèves.

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« Il va falloir rebâtir notre structure »

Malgré tous les inconnus liés à la pandémie, le retour à l’école de plusieurs enfants à besoins particuliers est une bonne chose, considère Catherine Chassé, enseignante dans une classe en déficience intellectuelle à l’école Saint-Luc à Granby.

Depuis le début de la crise sanitaire qui paralyse le Québec, Catherine Chassé a gardé contact avec plusieurs des ses sept élèves, âgés de 5 à 9 ans. Pour plusieurs d’entre eux, le confinement est un véritable choc.

« Ce sont des enfants anxieux. Plusieurs ne comprennent pas du tout ce qui se passe. La distanciation sociale, les règles à respecter. Ça chamboule leur routine, leurs repères. Ils deviennent alors inquiets, dit-elle. Et dès qu’il y a une pause avec l’école, comme c’est le cas avec la COVID, on voit qu’ils perdent beaucoup d’acquis. Il va falloir rebâtir notre structure. »

L’enseignante concède avoir éprouvé initialement une certaine appréhension concernant un retour à l’école en mai. « Certains de mes élèves ont une déficience profonde, d’autres sont autistes. D’autres ont encore une couche. On pourrait comparer notre classe avec un groupe de bambins de deux ans à la garderie. Alors, avoir tous ces enfants en même temps dans un contexte où le coronavirus est toujours bien présent, ça me faisait un peu peur », confie-t-elle.

Pression

Trop rapide, le retour à l’école ? Catherine Chassé croit que non. « Il le faut faire tôt ou tard. Le beau temps va nous permettre d’aller dehors pour faire des classes. Ce sera plus facile qu’en septembre. »

Jusqu’ici, trois familles ont décidé que leurs enfants ne reviendraient pas à l’école dans la classe de Mme Chassé. Les autres jeunes seront donc scindés en deux groupes. Une bonne chose selon l’enseignante. « Avec deux enfants, c’est faisable. On devra juste avoir les bons outils et s’adapter. »

Malgré le spectre du coronavirus, pas question que les enseignants se mettent encore plus de poids sur les épaules. « Plusieurs jeunes de ma classe ont une santé fragile. Deux d’entre eux n’ont qu’un seul rein et un des parents d’accueil a la santé fragile (immunosupprimé). Il va donc falloir qu’on soit bien formés pour éviter la contamination. D’un autre côté, je ne veux pas sentir que j’ai la pression qu’aucun enfant n’ait la COVID, indique celle qui est asthmatique et mère de deux enfants. On va faire tout ce qui est possible sur le plan sanitaire, mais on n’est pas dans un centre hospitalier. »