Le mauvais état du système de freinage du camion à l’origine de la collision a contribué à la tragédie qui a coûté la vie à Jean-Guy Lenneville en août 2018 sur l’autoroute 10 à Granby.
Le mauvais état du système de freinage du camion à l’origine de la collision a contribué à la tragédie qui a coûté la vie à Jean-Guy Lenneville en août 2018 sur l’autoroute 10 à Granby.

Décès d’un camionneur sur l’autoroute 10: le coroner formule des recommandations

Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est
Le manque d’efficacité du système de freinage d’un poids lourd a joué un rôle dans la collision routière qui a coûté la vie à un camionneur sur l’autoroute 10 à Granby en août 2018, conclut un coroner.

Le drame s’est déroulé à la hauteur du kilomètre 76 lors d’une opération de remorquage d’un mastodonte transportant des bouteilles d’eau. Une dépanneuse était garée devant le véhicule à remorquer. La victime, Jean-Guy Lenneville, se trouvait debout entre son camion et la remorqueuse lorsqu’un autre poids lourd a percuté son véhicule.

Le récit des événements contenu dans le rapport d’investigation de la coroner Francine Baillargeon permet de comprendre que le camion à l’origine de l’accident a d’abord remarqué le ralentissement de la circulation, sans voir qu’une opération de remorquage en était la cause.

Le camionneur a freiné en urgence et a voulu changer de voie dans le but d’emprunter celle de gauche afin d’éviter un impact avec un autre camion qui roulait devant lui. Un véhicule de promenade, qui circulait alors dans la voie de gauche, s’est dirigé vers le terre-plein central afin d’éviter une collision avec le mastodonte à l’origine de l’accident. Ce dernier, toujours en freinage d’urgence, a vu le véhicule de promenade et a bifurqué vers la droite afin d’éviter une collision.

Lorsqu’il a vu l’opération de remorquage, le camionneur s’est dirigé à nouveau vers la voie de gauche, mais il a tout de même embouti le coin du camion de la victime qui s’apprêtait à être remorqué. L’impact a été fatal pour Jean-Guy Lenneville.

Mauvais état du système de freinage

Une inspection mécanique du camion à l’origine de l’accident et une expertise du système de freinage ont été réalisées. Celles-ci ont démontré que les freins de trois roues n’étaient pas fonctionnels et que les freins de trois autres roues étaient peu efficaces. L’efficacité du système de freinage était de 62 %. Plusieurs composantes du système manquaient d’entretien.

Les traces de freinage relevées sur les lieux de la collision confirment le mauvais état du système de freinage, peut-on lire dans le rapport de la coroner. Les enquêteurs ont mentionné qu’avec un système de freinage bien entretenu, le camion aurait été en mesure de s’immobiliser avant l’impact.

«Le mauvais état du système de freinage du camion a contribué à (...) l’accident qui a occasionné un traumatisme ayant causé le décès de M. Lenneville», conclut Me Baillargeon.

Celle-ci constate que le système de contrôle du transport routier mis en place n’a pas permis d’éviter que le camion se trouve sur la route dans un tel état mécanique. Selon elle, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) pourrait notamment évaluer l’opportunité d’augmenter les fréquences des vérifications mécaniques périodiques obligatoires pour les véhicules lourds et évaluer l’opportunité de faire des rappels aux conducteurs et aux écoles de formation par rapport aux obligations de faire des rondes de sécurité et aux entreprises quant à l’obligation d’entretien mécanique.

La SAAQ rappelle qu’elle intervient à plusieurs niveaux, par l’entremise des contrôleurs routiers, pour améliorer la conformité du transport de personnes et de biens. Elle tient notamment des activités de prévention et de sensibilisation auprès des intervenants de l’industrie du transport, effectue des rondes de sécurité et du système de freinage lors d’interventions sur la route et réalise des inspections en entreprise pour vérifier les dossiers d’entretien des poids lourds.

Les contrôleurs routiers sévissent également lorsque des manquements sont constatés. Si un propriétaire ou exploitant d’un véhicule ne se conforme pas, son dossier est transmis à la Commission des transports du Québec.

La coroner est aussi d’avis que l’utilisation d’un véhicule de protection dès le début de tout dépannage routier sur les voies rapides pourrait contribuer à diminuer les risques qu’une telle collision se reproduise, écrit-elle. Elle recommande d’ailleurs à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail de réviser le Guide de prévention concernant les interventions sécuritaires en dépannage routier.