Lyne Cardinal, directrice des services généraux au CIUSSS de l'Estrie.

Débordements à l'urgence de Granby: le personnel à bout de souffle

Depuis plus d'un mois, l'urgence de l'hôpital de Granby dépasse quotidiennement sa capacité d'accueil de patients sur civières, atteignant des pointes à près de 200 %. L'engorgement qui perdure a des répercussions dans tout l'établissement, où le personnel est à bout de souffle. De son côté, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie tâche d'endiguer le problème à la source.
La présidente du syndicat de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) en Haute-Yamaska, Sophie Séguin, dresse un sombre bilan de la situation actuelle pour les troupes du Centre hospitalier de Granby (CHG). «Avec les débordements à l'urgence, le personnel est constamment pris dans un effet domino. La pression est énorme et les gens sont très fatigués. Plusieurs personnes sont en arrêt (de travail), alors d'autres doivent prendre le relais. Malheureusement, ce n'est pas la pensée magique qui va nous aider à sortir de ce cercle vicieux.»
Ainsi, La Voix de l'Est a recensé les données de la «situation dans les urgences et temps d'attente» des établissements dans le giron estrien du 9 janvier au 27 février. Celles-ci sont mises à jour d'heure en heure. Durant cette période, les 20 civières disponibles n'ont pas suffi pour accueillir les patients qui affluent à l'urgence du CHG, le taux d'occupation oscillant souvent autour de 180 %. En plusieurs occasions, plus d'une vingtaine de personnes y ont été alitées plus de 24 heures. Idem pour les patients en attente d'une hospitalisation. Tandis qu'une dizaine d'usagers y étaient fréquemment sur civières depuis plus de deux jours.
Une réalité que déplore également le porte-parole de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Estrie, Emmanuel Breton. «Ce qui arrive à l'urgence n'est que le reflet de ce qui se passe ailleurs à l'hôpital. Le personnel écope de façon directe ou par rebond. Le vieillissement de la population engendre plus de demandes pour des soins de santé alors qu'on est frappés par des vagues de compressions, a-t-il imagé. C'est évident que ça ne peut pas se faire sans contrecoups.»
À la source
Malgré le portrait peu reluisant à l'urgence du CHG, Mme Séguin estime que certaines initiatives allègent «à courte échéance» le fardeau des effectifs. L'ajout de lits de débordement et de personnel à l'urgence, entre autres. 
De son côté, la directrice des services généraux au CIUSSS de l'Estrie, Lyne Cardinal, concède que le rythme actuel à l'urgence du CHG est plutôt effréné. «On ajoute du personnel en fonction du nombre de patients pour s'assurer que les ratios soient sécuritaires pour la clientèle. Mais oui, c'est essoufflant pour les ressources parce que ce sont souvent les mêmes personnes qui font des heures supplémentaires ou une sixième journée (par semaine). On tente d'être accommodants le plus possible pour les effectifs.»
Or, la situation pourrait être «encore plus explosive» qu'elle l'est actuellement, a fait valoir Mme Cardinal. L'ajout de personnel pour le soutien à domicile au cours des mois à venir et la réduction de l'utilisation de lits de courte durée pour la clientèle du CHG, notamment postopératoire, sont deux exemples de mesures pour contrer le ressac. 
«L'urgence est toujours un symptôme de ce qui ne va pas en amont ou en aval. (...) Nos équipes travaillent pour trouver le problème à la source», a poursuivi Mme Cardinal. 
La récente refonte des services de la clinique d'accès de Granby, qui fonctionne au maximum de sa capacité selon la représentante du CIUSSS, contribue aussi à désengorger l'urgence. L'établissement de la rue Saint-Jacques offre depuis quelques mois des soins de santé élargis aux personnes sans médecin de famille via rendez-vous. Les services sont maintenant disponibles à raison de 40 heures par semaine, grâce à la mobilisation d'une vingtaine de médecins. Les gens inscrits au Guichet d'accès à un médecin de famille (GAMF) peuvent désormais réserver une case horaire en composant le 450-994-3030 entre 8 h et 15 h 15, du lundi au vendredi.