Au cours du dernier mois, l’urgence de Granby a été en surcapacité durant au moins 30 jours.

Débordements à l'urgence de Granby: « C’est plus qu’inquiétant »

Avant même l’annonce du premier cas de grippe dans la région, l’urgence de Granby déborde depuis plus d’un mois. On peut donc s’attendre à un cocktail explosif auquel seront confrontés les effectifs médicaux, déjà à bout de souffle.

« La plupart des gens qui travaillent dans le réseau de la santé sont optimistes dans l’âme. Mais on ne peut pas porter constamment des lunettes roses. On doit faire un constat. La situation actuelle et à venir à l’urgence de Granby, c’est plus qu’inquiétant », a indiqué en entrevue la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin.

Selon la représentante syndicale, le site de débordement actuellement utilisé au centre hospitalier de Granby (CHG) dispose de 10 lits et fonctionne à plein régime. « L’unité de débordement est toujours complète et on a dû l’ouvrir plus tôt cette année », a fait valoir Mme Séguin.

Afin d’avoir un portrait de la situation, La Voix de l’Est a recensé les données de la « situation dans les urgences » sur la plateforme Web du CIUSSS de l’Estrie. Au cours du dernier mois (du 29 octobre au 29 novembre), celle du CHG a été en surcapacité durant au moins 30 jours. À titre d’exemple, mercredi midi, l’urgence de l’hôpital de Granby était occupée à 155 % avec 31 civières comblées sur une capacité de 20. Du nombre, sept patients étaient à l’urgence depuis 24 heures ou plus et trois y étaient alités depuis au moins deux jours, tandis que 13 personnes étaient en attente d’hospitalisation. Au même moment, mis à part l’hôpital Fleurimont et l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke puis l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP) de Cowansville, les urgences des autres établissements en Estrie ne débordaient pas et n’affichaient aucun patient y séjournant depuis plus d’une journée ou en attente d’hospitalisation.

Contraintes

Les causes à l’origine des débordements récurrents à l’urgence de Granby sont nombreuses. Les répercussions le sont tout autant. La quantité insuffisante de civières et l’incapacité d’en ajouter en raison de la configuration de l’hôpital comptent parmi la liste des contraintes, estime Sophie Séguin. « Quand le projet de la création de la nouvelle urgence a été dévoilé [au début des années 2000], le nombre moyen de civières était de 30 dans les hôpitaux comparables. Mais le ministère de la Santé en a autorisé seulement 20 à Granby. C’était évident que ça allait causer des problèmes plus tard. Et là, on est pris pour mettre des patients dans des endroits éloignés du poste [de garde] et non sécuritaires. Avec une population vieillissante et des besoins grandissants en soins de santé, c’est très préoccupant. »

La présidente de la FIQ-SPSCE, Sophie Séguin.

La difficulté de recruter du personnel infirmier et le haut taux d’absentéisme des effectifs médicaux au CHG font aussi partie de l’équation. « À cela s’ajoute le fait que six médecins qui travaillaient à l’urgence de Granby ont quitté ou enlevé leurs disponibilités au cours de la dernière année. C’est majeur », a renchéri Sophie Séguin.

Deux projets contribueront toutefois à faire baisser la pression sur les effectifs médicaux au CHG. Celui de la nouvelle unité de soins intensifs qui sera construite au-dessus de l’urgence, annoncé récemment après avoir été sur la table durant plus d’une décennie, en fait partie. Le budget a été bouclé grâce à l’apport de la Fondation du CHG, qui injecte 4,5 M $, tandis que le CIUSSS de l’Estrie octroie près de 2 M $. La construction devrait être lancée sous peu. Or, les travaux s’échelonneront sur environ 24 mois. Si tout se déroule comme prévu, les locaux devraient donc être opérationnels d’ici la fin de 2020.

Idem pour le nouveau CHSLD de 176 places à Granby, où doivent notamment être transférés les 64 lits du Centre Leclerc, sis à même l’hôpital de Granby. Ce qui libérera de l’espace pour prendre en charge des patients. L’immeuble de six étages sera érigé à l’angle du boulevard Leclerc et de la rue Déragon. Le lancement des travaux est envisagé par le promoteur, la Fondation Horace-Boivin, au début du mois de mars. Le centre d’hébergement devrait être opérationnel à l’automne 2020.

Surcharge

La charge de travail à l’urgence de Granby est telle que des mesures particulières sont envisagées par les dirigeants du CIUSSS de l’Estrie. « Selon nos informations, des congés du temps des Fêtes seront refusés, notamment à Granby. Ce sera donc, encore une fois, le personnel qui écopera », a mentionné la présidente de la FIQ-SPSCE.

Mis à part le temps supplémentaire obligatoire, le fameux TSO, qui fait désormais partie du quotidien des effectifs médicaux, des employés seront appelés à en faire davantage. « On doit avoir, d’ici deux semaines, une rencontre pour le personnel qui souhaite, de façon volontaire, faire des quarts de travail de 12 h pour aider à passer la période difficile qui s’étire. »

Options

Le CIUSSS n’a pas accordé d’entrevue à La Voix de l’Est concernant les débordements au CHG. « La situation est effectivement fragile, mais stable en ce qui concerne l’achalandage à l’urgence. (...) Les équipes du CIUSSS de l’Estrie - CHUS sont à pied d’œuvre pour mettre en place diverses actions qui aideront à désengorger l’urgence », a indiqué par courriel Julie Constantineau, du département des communications de l’organisation, précisant qu’aucun cas de grippe n’a été confirmé jusqu’ici en Haute-Yamaska.

Le CIUSSS rappelle que « plusieurs options sont à considérer avant de se rendre à l’urgence » en cas de problèmes de santé mineurs : contacter Info-Santé (811), prendre conseil auprès d’un pharmacien, consulter votre docteur ou, le cas échéant, vous rendre à une clinique sans rendez-vous. À ce chapitre, les gens sans médecin de famille peuvent prendre rendez-vous à la clinique d’accès, sise dans le CLSC Yvan-Duquette, rue Déragon à Granby, en composant le 450-375-1442 (poste 62 571).