«C’est une cause qui me tient énormément à coeur. Je ne lâcherai pas le morceau là-dessus parce que, en 11 ans, je n’ai pas vu plein de projets en santé mentale sur le territoire», a lancé Pascal Bonin.
«C’est une cause qui me tient énormément à coeur. Je ne lâcherai pas le morceau là-dessus parce que, en 11 ans, je n’ai pas vu plein de projets en santé mentale sur le territoire», a lancé Pascal Bonin.

Débat émotif au conseil municipal de Granby

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
L’opposition d’un groupe de citoyens à l’agrandissement d’une résidence de la rue Drummond a donné lieu à des échanges émotifs à l’hôtel de ville de Granby lundi soir. À un point tel que le maire, Pascal Bonin, a dû quitter la table du conseil municipal durant quelques minutes pour se ressaisir.

Le projet en question serait lié à des soins en santé mentale. D’où la réaction du maire. «C’est sûr que la santé mentale, ça vient me chercher. Ce n’est pas une séance comme les autres. Ce n’est pas un sujet comme les autres», a laissé tomber le maire en mêlée de presse au terme de la séance.

Celui qui s’est absenté de l’hôtel de ville durant quelques mois à la fin de l’année 2019 pour surmonter une dépression majeure n’a pas caché que le projet de la résidence Les 3 Sphères, située au 89 rue Drummond, lui tient à coeur. Ce type de projet, qui prévoit, semble-t-il, des investissements pour augmenter les services en santé mentale, a d’ailleurs une résonnance bien particulière à la suite de la tragédie survenue dans le Vieux-Québec le week-end dernier, souligne-t-il.

Concrètement, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a donné son aval aux propriétaires de la résidence afin que 22 lits soient ajoutés aux 40 chambres actuellement existantes. Pour ce faire, une nouvelle annexe sur deux étages sera construite. Dans l’opération, le garage et une petite maison, situés sur la propriété, devront être démolis.

Craintes

Pour que le projet puisse aller de l’avant, deux demandes de dérogation mineures ont toutefois été déposées à la Ville. C’est dans ce cadre que des citoyens, qui habitent la rue Aberdeen en particulier, ont exprimé leurs craintes.

Ils redoutent notamment une augmentation de la circulation dans le secteur, que l’agrandissement du stationnement crée un îlot de chaleur et endommage une haie de cèdres en place.

«On fait tous attention à eux [les usagers de la ressource]. On les aime. Mais vous allez faire une grosse affaire avec pas de terrain, un gros stationnement et pas de place pour qu’ils puissent s’installer et vivre comme il faut», a déploré un autre résident du secteur, François Corbeil, la voix étranglée par l’émotion.

«Cette bâtisse de type institutionnel n’est pas dans un secteur institutionnel ni sur un terrain vague. Elle est dans un quartier qui a sa vie, son rythme depuis longtemps», a relevé un résidant de la rue Aberdeen, Pierre Lacombe, qui aurait souhaité que les citoyens aient davantage leur mot à dire dans le dossier.

Le maire Bonin affirme comprendre les arguments des citoyens. Mais, au final, croit-il, les impacts ne seront pas majeurs. Surtout, «ce sont des projets auxquels on ne peut pas se permettre, comme société, de dire non. Je suis d’accord avec vous que le projet n’est pas parfait, mais il est nécessaire», dit Pascal Bonin.

Milieu de vie

D’autres citoyens du secteur ont par ailleurs insisté sur la nécessité d’offrir des soins «de qualité» aux usagers de la résidence Les 3 Sphères. À défaut de pouvoir profiter d’un terrain suffisamment aménagé, certains usagers s’assoyaient l’été dernier en bordure de la rue Aberdeen, ont-ils déploré.

«On fait tous attention à eux [les usagers de la ressource]. On les aime. Mais vous allez faire une grosse affaire avec pas de terrain, un gros stationnement et pas de place pour qu’ils puissent s’installer et vivre comme il faut», a déploré un autre résident du secteur, François Corbeil, la voix étranglée par l’émotion.

Ce à quoi le maire Bonin a précisé que le conseil municipal a demandé à ce que «l’espace de vie soit aménagé». Cela est d’ailleurs inclus dans la résolution adoptée par les élus.

«Le projet est là. Il est avancé. Est-ce qu’on va retarder des gens de se faire soigner durant un an, deux ans ou trois ans, avant qu’il y ait un autre projet, pour des excuses d’arbres et d’asphalte? Pas moi. C’est une cause qui me tient énormément à coeur. Je ne lâcherai pas le morceau là-dessus parce que, en 11 ans, je n’ai pas vu plein de projets en santé mentale sur le territoire», a lancé Pascal Bonin.

C’est une fois les dérogations mineures acceptées par les élus que le maire, visiblement émotif, s’est absenté de la table du conseil avec son chien d’assistance, Olive. Le conseiller municipal Robert Vincent a présidé la séance durant environ cinq minutes, jusqu’au retour de Pascal Bonin.