«Ce soir, la commission scolaire devra malheureusement prendre une décision en lieu et en place des conseils d'établissements, c'est probablement une première au Québec», a déclaré la présidente de la CSDHR, Andrée Bouchard (au centre).

De nouvelles grilles horaires adoptées dans le tumulte

C'est sous les applaudissements des directeurs d'école, et malgré les protestations de près d'une soixantaine d'enseignants auxquels l'entrée a été refusée, que le conseil des commissaires de la Commission scolaire des Hautes-Rivières (CSDHR) a adopté unanimement les grilles horaires d'une vingtaine d'écoles primaires.
Ce faisant, le cycle des classes passera de six à dix jours comptant désormais cinq périodes de 60 minutes. La CSDHR souhaite ainsi augmenter le temps de classe des élèves avec leur professeur titulaire, au détriment de celui passé avec les spécialistes, dont il hériterait de certaines tâches. Une décision contestée par le corps professoral, qui a pris d'assaut les conseils d'établissement au cours des dernières semaines.
Ceux-ci ont massivement voté contre les changements proposés par la commission scolaire, qui les avait ensuite mis en demeure d'approuver les grilles horaires, faute de quoi elle substituerait ses décisions aux leurs. C'est ce qui s'est produit mardi soir et qui risque de se reproduire le 18 avril prochain pour les écoles dont la grille horaire n'aura toujours pas été approuvée.
Étant donné le caractère « historique » de la séance, celle-ci a été filmée et enregistrée, a fait savoir d'emblée la présidente de la commission scolaire, Andrée Bouchard. Un peu plus tard, des commissaires ont toutefois interdit à un professeur présent d'enregistrer lui aussi l'assemblée avec son téléphone.
« Si vous considérez que c'est historique, moi je trouve que c'est triste pour la démocratie scolaire, a fait savoir la présidente du Syndicat de l'enseignement du Haut-Richelieu (SEHR), Jacinthe Côté. On est en train de créer un mur entre les dirigeants de la commission scolaire et les parents. »
« Une première au Québec »
« Ce soir, la commission scolaire devra malheureusement prendre une décision en lieu et en place des conseils d'établissements. C'est probablement une première au Québec », a plus tard déclaré Mme Bouchard. 
Quelques minutes auparavant, certains commissaires ont fait état de pressions indues, voire de l'intimidation, subies par des parents de la part de professeurs, lors des réunions de conseils d'établissement, afin qu'ils s'opposent aux changements dans la grille horaire. 
« Les conseils d'établissement, des institutions démocratiques, se sont transformés en cours de justice, le théâtre de tensions (...), ils ont été utilisés comme outil de revendication entre le syndicat et la commission scolaire. Ça ne devrait pas être le cas », a déploré le commissaire Olivier Demers-Payette.
« Seul l'intérêt des élèves doit guider les décisions ; les intérêts personnels et corporatistes des adultes qui les accompagnent ne doivent en aucun cas entrer en ligne de compte », a renchéri Mme Bouchard, qui a usé de sa tribune pour décocher quelques flèches à l'endroit des syndicats. « La commission scolaire est confrontée, année après année, à une résistance au changement inexplicable. Depuis quelques mois, cette résistance paralyse nos instances (...) Nous ne pouvons accepter qu'il en soit ainsi ici. Si toute l'énergie, la passion et la mobilisation déployées à organiser cette résistance au changement l'était dans l'approche pédagogique auprès des élèves, ceux-ci réussiraient beaucoup mieux. »
Votes et contestation
Faisant fi des bruyantes protestations de la part d'enseignants se trouvant sous la fenêtre de la salle, à l'extérieur (voir autre texte en page 5), les commissaires se sont ensuite un à un prononcés « pour » l'adoption de la nouvelle grille horaire et ce, pour 20 écoles primaires, dont l'école Saint-Vincent de Saint-Césaire. Ils ont ensuite fait de même pour les grilles-matières de 17 établissements, incluant l'école Jean-XXIII d'Ange-Gardien. Chaque vote unanime a été applaudi par l'assistance, majoritairement composée de directeurs d'école.
Déçue de l'issue de la séance, Mme Côté a réitéré à La Voix de l'Est l'intention du syndicat d'appuyer les conseils d'établissement dans leurs démarches s'ils choisissent de contester juridiquement la décision des commissaires. Certains conseils auraient laissé entendre qu'ils iraient de l'avant, a-t-elle indiqué.
Près de 75 personnes, la grande majorité des enseignants, faisaient le pied de grue devant l'entrée principale du siège social de la commission scolaire dans les minutes précédant le début de l'assemblée.

« La démocratie scolaire bafouée »

Près de 75 personnes, en grande majorité des enseignants, faisaient le pied de grue devant l'entrée principale du siège social de la commission scolaire dans les minutes précédant le début de l'assemblée. La plupart n'ont pu assister à la réunion du conseil des commissaires.
À 19 h 30, le directeur des ressources matérielles de la commission scolaire, François Bergeron, est venu déverrouiller la porte d'entrée, ne laissant entrer que les deux représentantes des médias, un parent et deux enseignants, également délégués syndicaux. C'est qu'il ne restait que quatre places dans la salle où devait se tenir l'assemblée, les autres étant occupées par les directions d'écoles venues - sur une base volontaire, a-t-on insisté - assister à la séance. Ces cadres sont entrés dans l'établissement par la porte de service, a-t-il été mentionné.
La présidente du Syndicat de l'enseignement du Haut-Richelieu (SEHR), Jacinthe Côté, était hors d'elle une fois admise dans l'édifice. « Ils laissent les gens dehors ! Je suis en colère ! fulminait-elle. On savait qu'il y aurait plus de gens qu'à l'habitude, alors on avait demandé à ce que la rencontre ait lieu dans une plus grande salle, mais ça nous a été refusé. »
« La démocratie scolaire a été bafouée ce soir », a-t-elle ajouté.
En guise de solidarité avec ses collègues tenus à l'écart dehors, la représentante syndicale est demeurée debout tout le long de la séance, au fond de la salle. 
Manifestation
Les membres du syndicat de l'enseignement du Haut-Richelieu ont toutefois réussi à se faire entendre de l'extérieur avec porte-voix et klaxons. À un certain moment, on a pu entendre les syndiqués entonner la célèbre Marche impériale, chanson-thème de Darth Vader dans la saga de La Guerre des Étoiles
« Vous avez l'opportunité de démontrer que la démocratie scolaire, c'est autre chose que ce qui se passe en ce moment, a scandé l'un des manifestants. Commissaires-parents, vous avez été élus pour représenter les parents : représentez le choix qu'ils ont fait. »
En cours de soirée, la direction de la commission scolaire a indiqué avoir demandé à ce que des policiers interviennent pour éviter les débordements. « Les gens refusaient de fermer la porte (au moment de l'assemblée) et étaient menaçants », a-t-on fait valoir hors de la salle d'assemblée. 
Or, vérification faite auprès du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu mercredi matin, aucune carte d'appel n'a été ouverte à la suite d'une demande de la commission scolaire. Des policiers se sont rendus sur les lieux après une plainte formulée par une citoyenne demeurant à proximité du siège social. Son chat aurait été perturbé par le bruit, a-t-on fait savoir.
Les manifestants avaient quitté les lieux avant la fin de l'assemblée.