Des dizaines de Bromois riverains du lac Brome refusent d’adhérer au programme de renaturalisation de bandes riveraines du lac. Celles-ci permettent pourtant de freiner l’apport en phosphore dans le lac et l’érosion.

De nombreux réfractaires au programme de bandes riveraines à Lac-Brome

Convaincre les propriétaires d’aménager une bande riveraine sur leur terrain bordant le lac Brome n’est pas chose aisée, malgré tous les avantages listés par l’équipe de Renaissance lac Brome. Sur les 70 riverains dont le terrain est jugé hors-norme, une cinquantaine refusent toujours d’aménager une zone tampon pour protéger le lac.

La Ville de Lac-Brome a lancé un programme de renaturalisation des rives il y a trois ans afin d’aider les riverains à réaménager leur rivage et ainsi se conformer au règlement. Celui-ci oblige l’aménagement d’une bande d’une largeur de 10 mètres pour un terrain plutôt plat, et de 15 mètres pour un terrain plus pentu.

Une bonne bande riveraine « va filtrer l’eau qui arrive du terrain vers le lac, explique Hélène Drouin, présidente de Renaissance lac Brome, organisme mandaté par la Ville pour appliquer le programme. C’est un mélange d’arbres, d’arbustes et de plantes qui va freiner l’arrivée de l’eau dans le lac. »

La bande riveraine permet également de filtrer les nutriments et le phosphore qui n’ont pas leur place dans le lac et qui mènent tranquillement le lac vers son eutrophisation, c’est-à-dire sa mort.

Christian Roy, responsable des dossiers nautiques et des espèces exotiques envahissantes dans l’organisme, a reçu La Voix de l’Est chez lui, vendredi. Sa propre bande riveraine est toujours en évolution : chaque été, sa conjointe et lui la bonifient et l’élargissent.

Jusqu’à l’an passé, sa rive était en friche, M. Roy laissant simplement l’herbe pousser. L’an dernier, il a profité du programme de Lac-Brome pour améliorer sa bande riveraine qui a, par ailleurs, meilleure allure. Des arbustes produisent par exemple des petits fruits qui attirent des oiseaux, sans nuire à la vue sur le lac.

Clé en main

Depuis cette année, les riverains peuvent désormais choisir ce qui composera leur zone tampon. « C’est un programme clé en main, souligne Roxanne Blais, stagiaire en communications pour l’organisme. Ils n’ont qu’à nous contacter. »

« Ça leur coûte entre 75 et 300 $ selon la longueur de la bande, reprend Mme Drouin. Mais tout est fourni. La main-d’œuvre, les plans, les plantes... Il n’y a rien pour se casser la tête. On fait affaire avec une architecte paysagère pour faire des plans adaptés à ce que veulent les gens. On est allé au cas par cas. On ne peut pas faire plus. »

Alors, difficile de comprendre pourquoi tant de riverains sont toujours réfractaires.

Roxanne Blais, stagiaire en communications, et Hélène Drouin, présidente de Renaissance Lac Brome.

Terrains prioritaires

La Ville a répertorié les différentes bandes riveraines et les a classées selon l’ordre de priorité de renaturalisation. La « sélection 70 », comme l’appelle Renaissance lac Brome, sont les terrains en priorité 1.

Chaque propriétaire a été appelé individuellement par Roxanne Blais et Laurie Trottier, stagiaire en biologie. Des lettres leur ont aussi été envoyées à quelques reprises. La liste des avantages leur a été énumérée, comme l’incidence de la qualité du lac sur la valeur de leur propriété ainsi que le frein à l’érosion et à l’apport de phosphore dans le lac. Une quinzaine de personnes ont accepté de participer au programme de bandes riveraines. Quelques autres ont promis de les rappeler à l’automne pour un aménagement en 2020.

Une cinquantaine de propriétaires, environ, ont refusé. « On les a appelés pour savoir pourquoi, pour voir s’il y avait un problème avec le programme, raconte Mme Blais. La majorité des personnes ont dit qu’ils trouvaient que leur bande riveraine était correcte ou qu’ils ne trouvaient pas nécessaire de s’impliquer dans le programme. On a fait un inventaire de tout ce qu’on a recueilli comme commentaires et on a envoyé ça à la Ville. »

« C’est difficile, les gens arrivent avec leurs comportements urbains, s’achètent une maison en campagne, ils ne veulent pas se casser la tête, déplore la présidente de l’organisme. Ils ne veulent pas être achalés. Mais tu achètes une maison sur le bord de l’eau, alors tu es responsable de ta partie sur le bord de l’eau. [...] Les gens ne réalisent pas que le lac est en danger. »

89 % non-conformes

Sur les 466 riverains, 89 % n’avaient pas une bande riveraine conforme lors de l’inventaire effectué en 2016. De ce nombre, 28 % ont des contraintes d’aménagement, par exemple une maison construire directement au bord de l’eau, comme sur le chemin Lakeside, relate Hélène Drouin. Soixante-dix adresses sont jugées critiques, leur terrain étant propice à diriger l’eau vers le lac.

Chez elle, par exemple, sa maison est d’un côté de la rue tandis que son terrain se prolonge de l’autre côté de l’artère, près de l’eau. Cependant, la rive est trop petite pour avoir une bande riveraine suffisamment large, compte tenu de son inclinaison. On lui a alors recommandé de laisser la végétation pousser tout en se gardant un accès de trois mètres de large.

En 2017, pour la première année du programme, 27 personnes ont participé au programme. L’an dernier, ils étaient 17. Cet été, 15 bandes riveraines ont été aménagées. Trente terrains ont été visités pour un suivi et 102 arbustes remplacés, dans les dernières semaines. Le total des rives aménagées couvre 2365 mètres de long.

Des sanctions ?

Renaissance lac Brome est responsable de mettre en œuvre le programme de bandes riveraines, mais pas d’appliquer les sanctions, le cas échéant.

« Dans le moment, la Ville veut laisser aller les cinq années du programme pour donner une chance aux gens, indique Hélène Drouin. On est dans la troisième année. Il devrait y avoir une lettre de la Ville qui sera bientôt envoyée aux citoyens qui ont dit non. »

Des sanctions sont prévues au règlement municipal. Au terme du programme, une classification sera refaite, ajoute Christian Roy, pour spécifier sur quel terrain il est impossible d’aménager une bande riveraine.