«C’est un beau défi qui fait appel à de nouvelles façons de coordonner les ressources existantes», dit le nouvel agent de développement en éducation interculturelle à la commission scolaire du Val-des-Cerfs, Philippe Leblanc.

De l’aide pour les enfants d’ailleurs

Il y a les élèves immigrants pour qui l’intimidation n’est qu’un jeu. Ceux qui sont terrorisés à la vue d’un policier, symbole de répression dans leur pays d’origine. Ou encore cet élève qui n’accepte pas que sa sœur, voulant faire comme les autres, retire son voile durant les heures de classe.

C’est pour ce type d’incident, et plusieurs autres à venir, que le poste d’agent de développement en éducation interculturelle a été créé, en mai, à la commission scolaire du Val-des-Cerfs. L’augmentation du nombre d’élèves réfugiés — ils étaient 22 au cours de la dernière année scolaire, sans compter les immigrants reçus dont le nombre est constant — a rendu cet ajout nécessaire.

« L’intégration culturelle, c’est pas juste apprendre le français ! explique Alain Tardif, directeur adjoint aux Services éducatifs et à la formation générale des jeunes. Ça dépasse le rôle de l’enseignant. »

Premier occupant du poste, Philippe Leblanc fait le lien entre les élèves immigrants, leurs parents, les ressources disponibles et la commission scolaire. Il peut traiter des sujets les plus épineux : détenteur d’une maîtrise en philosophie, spécialisé dans la médiation et les valeurs, il enseignait jusqu’à tout récemment cette matière dans un cégep de l’Est du Québec.

« C’est un beau défi qui fait appel à de nouvelles façons de coordonner les ressources existantes, dit le Granbyen d’origine âgé de 40 ans. On essaie de chercher le bien avec un “B” majuscule. » L’ouverture, la primauté du droit et l’égalité des sexes sont ses chevaux de bataille.

Particularités
« On en profite pour aller plus loin pour répondre aux particularités de la clientèle immigrante et réfugiée », dit Alain Tardif. Elle est en augmentation à cause des conflits mondiaux, de la bonne réputation du Canada comme terre d’accueil et des politiques américaines sévères en matière d’immigration, précise le directeur adjoint.

Alors que l’immigration sud-américaine est toujours très forte, la plupart des réfugiés viennent de zones de guerre en Afrique et en Syrie. « On a des enfants de 12 ans qui ont passé cinq ans dans des camps de réfugiés, dit M. Tardif. Souvent, ils ne connaissent même pas leur langue maternelle. Ils ne savent pas c’est quoi une école. »

Avant d’intégrer les classes régulières, ils passent une dizaine de mois au sein d’une classe d’accueil où ils apprennent les rudiments de base du français et de la société québécoise. En 2018-2019, Val-des-Cerfs aura six de ces classes, soit une de plus que cette année. Il y en aura trois au secondaire, à l’école de la Haute-Ville, et trois au primaire, aux écoles Saint-Jean et de l’Assomption, toutes à Granby.

Plan d’intervention
Cette intégration se déroule en général très bien puisque bon nombre d’élèves réfugiés viennent de cultures où l’éducation est importante, dit Alain Tardif. « Ils ne s’absentent pas pour rien et beaucoup sont des exemples de persévérance pour les autres élèves. Bref, ils réussissent aussi bien que les autres. »

Pendant la pause des classes, Philippe Leblanc en profite pour dresser le portrait de la situation et établir un plan d’intervention. À l’automne, il fera la tournée des écoles dites « plurielles », soit celles qui affichent davantage de diversité ethnique. Il s’attend aussi à intervenir dans la foulée de l’implantation du nouveau cours d’éducation à la sexualité au primaire et au secondaire.

M. Leblanc travaille étroitement avec une conseillère pédagogique en francisation et l’organisme Solidarité ethnique régionale de la Yamaska, qui lui fournit des interprètes. « L’ampleur de la tâche est toujours appelée à grandir », dit-il.