Le chroniqueur de renommée internationale Drew Lambert a été invité par Tourisme Cantons-de-l’Est à venir découvrir les vins de la région.

De la grande visite sur la Route des vins

Drew Lambert, chroniqueur vin du blogue de renommée internationale The Wine Wankers, en a eu plein les papilles dans les Cantons-de-l’Est, ce week-end. Il a été particulièrement impressionné par les vignes adaptées à notre climat et par les vins qu’il a dégustés dans Brome-Missisquoi.

« Je pense que c’est incroyable de pouvoir trouver cette variété de cépages dont je ne sais pas grand-chose, et qui fonctionnent avec le climat qu’il y a au Québec, avoue-t-il en entrevue. Il y a les grappes comme le vidal et le seyval blanc. De voir comment les vignes sont protégées durant l’hiver, c’est incroyable et c’est fascinant. »

L’Australien, qui habite actuellement en Suède, parcourt le monde pour parler avec humour du vin.

M. Lambert avait déjà visité — pendant deux heures — Niagara Falls il y a une vingtaine d’années, mais il n’était jamais revenu au Canada depuis. C’est à l’invitation de Tourisme Cantons-de-l’Est qu’il est arrivé vendredi dans la région. Les frais de voyage du blogueur sont assurés par l’Alliance de l’industrie touristique du Québec et Tourisme Cantons-de-l’Est, mais aussi avec la collaboration des vignerons, qui l’ont reçu gratuitement, et des hôteliers, qui ont diminué le coût de ses chambres.

« Le but est de positionner les Cantons-de-l’Est sur la carte du vin, explique Danie Béliveau, responsable des relations de presse de Tourisme Cantons-de-l’Est, qui était aussi traductrice pour l’invité et les hôtes. Drew a quand même un gros lectorat aux États-Unis et le lectorat est en croissance. Notre objectif est toujours de faire parler de nous pour que les gens aient le goût de venir nous voir. On pense que c’est très valorisant et payant pour nous de le faire. »

De belles découvertes
M. Lambert a commencé ses visites samedi et elles se termineront mardi matin. Au terme de son voyage, il aura visité La Bauge à Brigham, Léon Courville Vigneron à Lac-Brome, le Domaine Bergeville à Hatley, le Clos Saragnat à Frelighsburg, ainsi que le Vignoble du Ruisseau et l’Orpailleur, à Dunham.

C’est d’ailleurs à l’Orpailleur que La Voix de l’Est est allée à sa rencontre, samedi matin, alors qu’il venait de voir les vignes pleines du raisin vidal et qu’il s’apprêtait à en apprendre davantage sur un nouveau cépage, la perle noire, développée au Minnesota, aux États-Unis, conçue pour résister aux températures nord-américaines.

Propriétaire de l’Orpailleur, Charles-Henri de Coussergues qualifie l’arrivée de tels cépages comme une petite révolution. La perle noire, qui sera récoltée dans trois semaines, est déjà bien sucrée et ne présente pas d’acidité. « Ça va être très bon, c’est sûr, mais on ne peut pas encore commenter le vin », ajoute M. de Coussergues, puisque le premier assemblage avec la perle noire se fera cette année.

M. Lambert a pu déguster deux nouveaux vins à l’Orpailleur, soit un vin 100 % chardonnay, qui sera disponible en novembre, et un cabernet franc — des vins que M. Lambert a qualifiés de très prometteurs, malgré la jeunesse des vignes.

Le vin de glace de l’Orpailleur l’a également beaucoup impressionné. « Ils sont vraiment de grande classe dans la région. En Australie, ils font du vin de glace, mais c’est plus industriel. Ils n’utilisent pas la même technique, c’est-à-dire de laisser les grappes geler avec le froid de l’hiver jusqu’à -10 degrés. Ce qu’on fait en Australie, c’est qu’on réplique ça en les gelant mécaniquement avant de presser le fruit pour récupérer le sucre. Maintenant, je comprends d’où vient la saveur de ces délicieux vins de glace, avec les gels et dégels. Le fruit est cuit par le froid. C’est délicieux. »

Des moutons à travers les vignes
Il a ensuite pris la direction du vignoble La Bauge. « Ils font des choses vraiment intéressantes avec les vignes biologiques, mentionne le chroniqueur vin. J’aime la façon avec laquelle ils intègrent les animaux de ferme à leur expérience au vignoble. L’an prochain [au vignoble La Bauge] ils vont intégrer des moutons dans leur vignoble, comme les vignerons le font en Nouvelle-Zélande, où les moutons participent à la fertilisation biologique. »

Les moutons permettront également de se débarrasser des feuilles mortes et de l’herbe, évitant ainsi d’utiliser la machinerie pour tondre la pelouse.

Drew Lambert s’est dit très excité de mettre la lumière sur cette partie encore méconnue du monde viticole au Canada. Il le fera en publiant un article sur son blogue et dans les nombreux réseaux des Wine Wankers.

Le terme « wine wankers » est une boutade envers les gens qui consomment le vin avec prétention et qui font l’étalage de leurs connaissances dans leur entourage, explique l’Australien. « On est complètement à l’opposé de ça. On essaie de faire du vin un plaisir et que ce soit inclusif pour tout le monde. Il y a moyen d’avoir du plaisir tout en apprenant sur le vin, pas seulement en lisant des chroniqueurs ennuyeux. La plupart des chroniqueurs vin dans le monde, ils s’adressent à un public vraiment sélect. Nous, on le fait avec humour et on transmet un peu de connaissances. »

Les Wine Wankers se retrouvent sur Facebook, Instagram et Twitter pour y lire le blogue de Dre Lambert, entre autres.

Charles-Henri de Coussergues, propriétaire du vignoble de l’Orpailleur, s’apprêtant à faire déguster l’un de ses vins au blogueur australien Drew Lambert.

LES PROJECTEURS BRAQUÉS SUR LA RÉGION

Charles-Henri de Coussergues, propriétaire du vignoble de l’Orpailleur, a passé une partie de sa journée de samedi à faire visiter ses installations au blogueur et chroniqueur vin Drew Lambert. Il s’agit d’une belle opportunité de faire rayonner la région, selon lui.

« J’ai un associé qui était agent d’artiste et, souvent, ses artistes devenaient populaires quand ils devenaient connus à l’international », dit-il pour illustrer le même phénomène dans le monde de la viniculture québécoise.

Lorsqu’un vin remporte un prix dans un concours international, les chroniqueurs et les consommateurs québécois s’y intéressent soudainement. Même chose lorsqu’un chroniqueur international commente les vins du Québec. 

« Ça ne nous ouvre pas des marchés à l’international, parce qu’on n’en a pas la capacité, mais ça brise les préjugés qu’on a face aux vins québécois. Ça apporte une crédibilité. C’est sûr que, dans le passé, on a été frustrés parce que nos bons sommeliers et chroniqueurs du Québec avaient tendance à snober les produits d’ici. Depuis trois ou quatre ans, ça se place. »

Changements climatiques

Contrairement à bien des secteurs, les changements climatiques sont favorables au domaine de la viniculture et permettent dorénavant de faire de bons vins rouges à l’avenir plus prometteur.

« Le Québec est considéré comme un endroit qui est enseveli neuf mois par année sous la neige. Ce qui est important est de calculer la période entre le dernier gel avant l’été et le premier gel de l’automne. Durant nos premières années, on avait à peu près 135 jours sans gel, ce qui était un minimum pour faire mûrir le raisin. Aujourd’hui, on a 185 jours sans gel. L’an passé, ça a gelé le 3 novembre. C’est de 5 à 6 semaines de plus qu’il y a trente ans. »

Le climat du Québec permet désormais la production de cépages plus connus, comme le chardonnay ou le cabernet franc, ce qui donne une référence aux chroniqueurs internationaux dans la dégustation des produits. Selon M. de Coussergues, la région a le même climat que la Haute Bourgogne. Il a réussi à démontrer à Drew Lambert que le Québec tire bien son épingle du jeu.