Une entreprise de Saint-Jean-sur-Richelieu et une autre à Granby auraient été flouées par un stratagème de chèques frauduleux qui imitent les chèques réels émis par ces compagnies.

De faux chèques en circulation

Une entreprise de Saint-Jean-sur-Richelieu et une autre à Granby auraient été flouées dans une histoire nébuleuse de faux chèques, tout comme une citoyenne de Granby.

Deux chèques totalisant un peu plus de 27 000 $ ont récemment été émis au nom des Plastiques Evolupak. Or, ceux-ci sont faux, clame le directeur général de l’entreprise johannaise, Stéphane Rouge, qui a eu le malheur de voir la somme débitée dans le compte corporatif.

« On a vu un retrait qu’on ne connaissait pas, et en regardant de plus près, on s’est rendu compte que ce n’était pas un chèque émis par nous. Ce sont des chèques semblables aux nôtres, et nos signatures ont été imitées. Mais il y avait de petites différences, minimes, notamment par rapport à la police de caractère utilisée », explique-t-il.

La situation est d’autant plus inquiétante que celui ou ceux à l’origine de l’arnaque semblent bien informés. « C’est quelqu’un qui a certainement eu accès à nos chèques, car ils ont même indiqué un numéro de chèque qui cadrerait avec la série qu’on utilise actuellement, précise M. Rouge. On se pose beaucoup de questions. »

L’un des deux faux chèques, daté du 17 mai et d’une somme de 12 760 $, s’est retrouvé dans la boîte postale de Kayssy Beaulieu, une mère de famille vivant de l’aide sociale ayant contacté La Voix de l’Est afin que personne d’autre ne tombe dans le piège qui lui a été tendu. « C’était un chèque émis à mon nom d’une compagnie, je me suis dit qu’elle voulait me commanditer pour un défilé de mode auquel j’allais participer », raconte-t-elle, ajoutant que rien ne lui avait été demandé en échange de ce qu’elle a considéré comme un « cadeau ».

Après avoir déposé le chèque à la caisse populaire, le 28 mai, puis en avoir retiré la totalité au comptoir quelques jours plus tard, la Granbyenne dit avoir dépensé environ 2000 $. Elle clame s’être fait dérober le montant restant dans des circonstances très floues.

Kayssy Beaulieu a eu la surprise de découvrir un chèque de plus de 12 760 $, daté du 17 mai et émis par les Plastiques Evolupak, dans sa boîte postale.

Entre temps, l’institution financière où elle avait déposé son chèque a réalisé l’arnaque et a débité le compte de Mme Beaulieu du montant de 12 000 $, que celle-ci doit maintenant rembourser.

La dame prétend que des retenues sont effectuées depuis sur ses allocations et sur les prestations qu’elle reçoit pour ses enfants. « C’est chien, je n’ai pas d’argent ! La caisse se paie avec ce que je reçois pour nourrir mes enfants ! », déplore-t-elle, clamant son innocence dans toute cette histoire.

Pas d’enquête pour l’instant

Kayssy Beaulieu a rencontré la police de Granby afin de déposer une plainte, mais celle-ci n’a pas été retenue pour l’instant, confirme Caroline Garand, porte-parole du Service de police de Granby.

« Il y a eu intervention d’un policier avec la dame, mais il nous manque encore des éléments d’information pour déterminer s’il y a eu fraude », dit-elle, ajoutant que la victime présumée serait à nouveau rencontrée.

Le Mouvement Desjardins a pour sa part comme politique de ne pas commenter les dossiers de ses membres. Il fournit cependant certains conseils pour éviter de tomber dans le piège de fraudeurs.

Kayssy Beaulieu a aussi communiqué avec Les Plastiques Evolupak afin de faire la lumière sur la situation. Elle a notamment parlé avec la chef comptable de l’entreprise.

M. Rouge accorde le bénéfice du doute à Mme Beaulieu, qu’il n’accuse pas d’avoir pris part activement à la fraude. « Parfois, les gens essaient de nouvelles arnaques en y mêlant des personnes vulnérables qui vont subir les conséquences du plan s’il ne fonctionne pas », dit-il.

Stéphane Rouge a refusé de révéler qui était le bénéficiaire du second chèque, d’un montant de 14 900 $, pour ne pas nuire à une future enquête.

L’agent Patrick Desjardins, du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu, confirme en effet que le propriétaire de Les Plastiques Évolupak a été rencontré par son service, mais qu’aucune plainte formelle n’était encore déposée.

« Pour l’instant, c’est l’institution financière de l’entreprise qui analyse la situation et qui déterminera de la suite des choses », a-t-il fait savoir.

Une autre entreprise, cette fois à Granby, aurait été la cible du même stratagème, aux dires de M. Rouge. Nos nombreuses tentatives pour communiquer avec un représentant de cette deuxième compagnie sont demeurées sans réponse.

Quelques conseils pour éviter la fraude

Tout le monde peut être victime de fraude à un moment ou un autre de sa vie, soutient Valérie Lamarre, conseillère principale, relations publiques au Mouvement Desjardins. Elle prodigue quelques conseils afin d’éviter de se faire prendre.

«Un chèque est une promesse de paiement entre deux personnes qui ont un lien de confiance. Le paiement, dans ce cas-ci, est attendu. Dans le doute, mieux vaut s’abstenir», indique d’abord Mme Lamarre, qui rappelle que le titulaire d’un compte bancaire «est toujours responsable» de ce qu’il y dépose.

«Bref, il faut se méfier d’un cadeau du ciel d’un inconnu, car si cela semble trop beau pour être vrai ou louche, c’est probablement le cas», mentionne la conseillère, qui recommande de demander une validation à l’émetteur du chèque pour s’assurer qu’il s’agit d’une opération légitime, ajoutant qu’il est anormal que celui-ci demande de remettre une partie des fonds après le dépôt du chèque.

Elle propose aussi de ne pas encaisser de chèque non sollicité dont on ignore la provenance. Si malgré tout cela est fait, la porte-parole invite à aviser immédiatement l’institution financière où s’est effectué le dépôt et de ne pas toucher aux fonds.

Des plaintes à la police et au Centre antifraude du Canada sont aussi conseillées.