Entre 800 et 1100 articles sont entreposés chaque année dans une pièce verrouillée et protégée par des caméras de surveillance 24 heures sur 24 dans la salle des exhibits du Service de police de Granby.

Dans l'antre de la salle des exhibits

N'entre pas qui veut dans la salle des exhibits. La pièce est verrouillée et protégée par des caméras de surveillance 24 heures sur 24. Seuls trois membres du personnel, dont le préposé responsable d'assurer la gestion des pièces à conviction, peuvent y entrer. C'est incontestablement l'un des endroits les plus protégés du bâtiment.
«Ce sont des accès très limités. Et c'est comme ça dans tous les services de police», explique Stéphane Cabana, capitaine aux enquêtes au Service de police de Granby.
« Ce sont des accès très limités. Et c'est comme ça dans tous les services de police, explique Stéphane Cabana, capitaine aux enquêtes au Service de police de Granby. Les exhibits nous permettent d'accuser un suspect. C'est fait de façon très consciencieuse. »
Chaque année, entre 800 et 1100 lots - un lot peut comporter plusieurs objets - prennent le chemin de la salle des exhibits dans l'attente de l'arrestation d'un suspect, de procédures judiciaires ou de la récupération d'un bien. Toutes ces pièces à conviction sont saisies en vertu de différentes procédures : une saisie avec mandat, une saisie sans mandat et un abandon. 
Démêlons le tout.
Dans une saisie avec mandat, il y a eu une autorisation judiciaire, c'est-à-dire que le service de police a demandé et obtenu l'autorisation du tribunal dans le but de rechercher ou de saisir une chose précise. Prenons l'exemple d'une perquisition en matière de stupéfiants. Les policiers chercheront de la drogue, une liste de clients, une balance, des objets souillés par la drogue et de l'argent. 
Un bien peut aussi être saisi sans mandat par des policiers s'ils ont des motifs de croire qu'il a servi à commettre un crime.
Quant à la saisie par abandon, il s'agit d'un objet abandonné qui a été retrouvé par les policiers. Un sac à dos ne contenant aucune pièce d'identité découvert dans un terrain vacant sera saisi comme un bien abandonné, par exemple. « Des gens vont appeler ici pour dire qu'ils ont perdu leur sac à dos et on leur demande de décrire ce qu'il y a l'intérieur. Des fois, ça va correspondre et il va s'agir de quelqu'un qui l'a oublié et un autre l'a ramassé. Il a regardé à l'intérieur et rien ne l'intéressait, donc il l'a laissé là », explique le capitaine Cabana.
Chaîne de possession
Les saisies d'armes à feu, de stupéfiants ou d'objets contenant de l'ADN se font selon des règles et des procédures strictes. Au départ, le patrouilleur localise la pièce en question, enfile des gants et la saisit. S'il s'agit de stupéfiants, il en prélèvera un échantillon qui permettra d'en établir sa nature. « Le cannabis, avec l'expérience policière, on détermine que c'est du cannabis. Toute capsule par contre, même si c'est écrit ice par exemple, on la fait analyser », explique le policier.
Un rapport d'exhibit est systématiquement rédigé par le policier. Au poste, il déposera ses pièces à conviction dans un casier transitoire qu'il verrouille, mais dont il ne possède pas la clé. 
En façade, ces casiers permettent au policier d'y déposer les objets tandis qu'à l'endos, qui donne sur la salle des exhibits, le préposé aux pièces à conviction les récupère. Ce dernier vérifie chaque article en s'assurant qu'il concorde avec les informations colligées au rapport. 
Chaque objet saisi est photographié - ce qui permet à l'enquêteur de revoir les pièces à conviction - et rentré dans une banque de données informatiques. Un code-barre est créé pour chacun d'eux avant qu'il ne soit entreposé. 
Dans le cas de drogues, l'échantillon est acheminé au laboratoire de Santé Canada. Lorsque les résultats concluent qu'il tombe sous le coup de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, une demande d'intenter des procédures contre le suspect en lien avec cette saisie sera rédigée. 
Les procédures judiciaires sont ensuite enclenchées. 
Destruction et confiscation
Ce n'est qu'une fois celles-ci terminées et le délai pour faire appel expiré que les policiers obtiennent l'autorisation du tribunal pour détruire ou confisquer les pièces à conviction reliées à une affaire. Si on parle de stupéfiants, en plus de l'aval de la cour, les policiers doivent obtenir le feu vert de Santé Canada. 
Les substances sont détruites dans un site d'enfouissement, où l'opération est supervisée de A à Z par un policier. Et impossible de les retrouver une fois l'enfouissement terminé. « Les chances de trouver quelque chose sont aussi bonnes que de gagner à la loterie, illustre Stéphane Cabana. C'est anéanti par la machinerie et enterré. »
Les objets de valeur qui ont été saisis à titre de biens infractionnels ou utilisés pour commettre d'un crime - une voiture par exemple - sont acheminés au centre de gestion des biens saisis à Montréal, où ils seront vendus à l'encan. L'argent sera distribué en partie aux victimes d'actes criminels, au gouvernement et au service de police impliqué dans le dossier. 
Si le coupable d'un crime court toujours, les pièces à conviction et prélèvements seront entreposés dans la salle des exhibits pendant de nombreuses années. Tous les cinq ans, les dossiers sont rouverts pour vérifier les éléments qu'ils comportent et décider s'ils sont conservés pour cinq autres années, ce qui est régulièrement le cas, précise le capitaine Cabana. 
Dans le cas d'un prélèvement d'ADN, qui est toujours acheminé au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale lors de la saisie, celui-ci est enregistré dans une banque de données. Lorsqu'il y a concordance avec un profil génétique, soit après qu'un suspect eut fourni un échantillon d'ADN à la suite d'autre crime, le service de police est avisé, même au bout de plusieurs années. Et des démarches sont entreprises pour déposer des accusations.