Sébastien Demers possède une collection de près de 50 bonsaïs, dont certains spécimens ont plus de 300 ans.
Sébastien Demers possède une collection de près de 50 bonsaïs, dont certains spécimens ont plus de 300 ans.

Cultiver l’art du bonsaï

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
L’esthétisme millénaire du bonsaï, indissociable de l’art japonais, a des racines à Bromont. Une passion que cultive Sébastien Demers depuis des années et qui l’a mené aux quatre coins du globe.

Comme plusieurs jeunes de sa génération, Sébastien a été captivé par le premier film de la série Karaté Kid, au milieu des années 1980. Non pas par les prouesses physiques de M. Miyagi, maître des arts martiaux, mais plutôt par son adresse inouïe à façonner ces petits arbres en pot. « Dès que j’ai vu les bonsaïs de M. Miyagi, avec leurs formes particulières et leur aura mythique, ça a instantanément piqué ma curiosité. J’avais 10 ans, mais déjà, je savais que je voulais pratiquer cet art un jour. »

Jamais Sébastien n’aurait cru que 29 ans après ce coup de foudre, il posséderait une collection d’une cinquantaine de bonsaïs.

Or, le premier contact direct du néophyte avec cet art unique en son genre fut lié à un échec. « Mes parents ont acheté un bonsaï à mon frère plus jeune et un magazine sur le sujet. C’était en 1989. Mais l’arbre n’a pas survécu. Ça ne m’a pas empêché de continuer à m’intéresser aux bonsaïs. Alors, j’ai récupéré la fameuse revue. J’ai dû la lire au moins 100 fois d’un bout à l’autre. J’ai vite compris qu’il y a toute une science derrière le bonsaï. »

En fait, l’origine de la culture d’arbres en pot émane de l’Égypte il y a des milliers d’années. Les Chinois ont propulsé cet art à un autre niveau en y intégrant l’aspect esthétique durant l’ère de la dynastie des Han (penjing). L’idée maîtresse de cette discipline consiste à créer un paysage naturel dans une coupe. Les Japonais ont par la suite peaufiné cet art ancestral et lui ont donné leur propre nom, le bonsaï.

Bonsaïste

Sébastien a dû mettre en veilleuse sa passion pour les bonsaïs durant ses études universitaires. C’est à 24 ans, une fois sa formation en chimie terminée, qu’il a renoué avec ce fascinant univers. « Après mes études, je suis parti durant un an en voyage à travers le monde. J’ai passé beaucoup de temps en Asie et ça m’a permis de reconnecter avec la culture du bonsaï. Ma passion était décuplée à mon retour au Québec. »

Ce ne fut pas le dernier périple du Bromontois. Il a visité les États-Unis, le Japon, la Chine et plusieurs pays européens, entre autres, pour peaufiner ses techniques avec de grands maîtres et pour partager son savoir-faire.

Au fait, quels sont les ingrédients pour devenir un bon bonsaïste ? « Pour bien réussir, ça prend de la curiosité pour connaître les particularités de nos arbres. Et on s’en doute, beaucoup de patience. C’est extrêmement demandant et il faut prendre le temps pour bien faire les choses », indique Sébastien, précisant qu’en moyenne, chaque spécimen demande quotidiennement près de 30 minutes d’entretien.

C’est sans compter toutes les autres interventions pour amener l’arbre à avoir la forme voulue. On parle notamment de ligaturer les branches, de fertilisation, de coupe du feuillage, de taille des racines lors du rempotage une fois par année.

Malgré la somme des efforts, pour Sébastien, chaque minute où il est en osmose avec ses arbres a une valeur inestimable. « Ce qui fascine le plus avec les bonsaïs, c’est d’avoir le sentiment de se trouver devant un arbre gigantesque. Le travail de proportions est extrême. Et contrairement à la peinture et à la sculpture, je travaille avec un sujet vivant. Je dois constamment être en relation pour maintenir l’arbre à son plein potentiel. Si je quitte la maison durant deux jours sans que personne ne s’occupe de mes bonsaïs, je perds l’ensemble de ma collection, évoque-t-il, précisant que certains spécimens ont plus de 300 ans. C’est pire que d’avoir un animal de compagnie parce que l’arbre ne peut pas communiquer. »

Accessibilité

Le monde des bonsaïs, bien qu’en effervescence en Amérique et en Europe, demeure méconnu du grand public. Pourtant, selon Sébastien, il s’agit d’un art « très accessible ».

On pourrait croire que les plus beaux arbres en pot sont issus de contrées japonaises lointaines, la Mecque du bonsaï. Or, plusieurs essences du Québec s’y prêtent. Les mélèzes, les genévriers sont parmi les essences prisées des bonsaïstes. « En fait, presque tous les types d’arbres peuvent devenir des bonsaïs. Mais, si je choisis un érable d’ici, les feuilles vont rester grosses. Le résultat peut alors être un peu moins concluant », résume Sébastien.

« Le monde des bonsaïs est envoûtant, enchaîne-t-il. Chacun d’eux a sa propre aura et provoque un sentiment particulier dès qu’on le regarde. Il faut juste avoir le goût de s’y intéresser et la piqûre est instantanée. »