Le fils d'un résident du CHSLD Santé Courville est révolté à l'idée que son père, atteint d'Alzheimer, soit forcé de partir.

Cri de révolte d'une famille

Éric Lapointe a été happé de plein fouet en apprenant que son père, âgé de 80 ans et atteint d'Alzheimer à un stade avancé, perdrait sa place au CHSLD Santé Courville de Waterloo, le 9 mai prochain. Rongé par l'incertitude, le Granbyen a « l'intention de se battre » pour éviter le transfert imminent de son père.
Le président du CHSLD Santé Courville, Kenneth Courville, se dit ouvert aux pourparlers avec le CIUSSS de l'Estrie pour dénouer l'impasse.
L'annonce de la fermeture imminente de la section privée du CHSLD Santé Courville de Waterloo a eu l'effet d'une bombe auprès de proches de résidents de l'établissement. « La maison de mon père est à Santé Courville depuis deux ans et demi. Les soins sont excellents et le personnel est très attentionné. Mais là, à cause d'une question de financement, tout va s'écrouler. C'est complètement fou et insensible ce qui se passe. Où sera envoyé mon père, à Trois-Rivières, à Sherbrooke ? Je n'en sais absolument rien. C'est insoutenable de vivre une situation comme ça », déplore M. Lapointe, qui se fait le porte-parole de toute sa famille. 
Loin de jeter la pierre aux dirigeants du Centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), Éric Lapointe déplore plutôt le « manque de vision » du ministère de la Santé dans le dossier. 
« Je sais que les gens à Santé Courville ont essayé de trouver une solution pour garder l'aile privée ouverte. Ils ont les résidents à coeur. C'est sans compter les gens qui vont bientôt se retrouver sans travail. Je pense que [le gouvernement] n'a vraiment pas évalué les répercussions de ses décisions. On entend souvent des histoires d'horreur dans le domaine de la santé. Là, on a un endroit où tout va bien, alors le financement doit suivre », a-t-il clamé.
En fait, l'établissement en activité depuis 1935 compte 55 lits, dont 31 sont répartis dans une aile privée, inaugurée en 2001. Cette section « non conventionnée » doit être fermée dans environ un mois, a annoncé lundi la direction. Une trentaine d'employés perdront alors leur boulot, soit près de la moitié des effectifs. Autant de résidents devront être transférés dans d'autres centres d'hébergement, a confirmé à La Voix de l'Est le président de l'organisation, Kenneth Courville.
Lueur d'espoir
Selon M. Courville, la fermeture de l'aile privée du CHSLD était « incontournable » pour assurer la survie de l'organisation. Le sous-financement de places par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie serait en cause. 
« Au fil des ans, on a eu des contrats avec le CIUSSS pour l'achat de places chez nous. [...] En ce moment, on a 5 personnes sur 31 qui ont été envoyées par eux. On a toujours été occupé à 99 % au cours des dernières années. Mais on a dû arrêter les admissions parce qu'on ne voyait pas de solution pour garder la tête hors de l'eau. L'entente [avec le CIUSSS] venait à échéance le 9 mai. Nous avons demandé qu'elle ne soit pas renouvelée. La décision nous crève le coeur. Pour les résidents, mais aussi pour les employés qui sont nos ressources les plus précieuses. »
Kenneth Courville affirme avoir sonné l'alarme à propos de la situation financière précaire du CHSLD, en vain. Le président du centre d'hébergement se toujours prêt à négocier pour dénouer l'impasse. « Dans le réseau public, les CHSLD reçoivent entre 280 $ à 300 $ par jour par personne. Le CIUSSS nous donnait 140 $. [...] On a vraiment tout en place pour offrir d'excellents services à la population. Si on peut avoir un nouveau contrat adéquat, on va maintenir les 55 lits ouverts. Tout le monde serait gagnant. J'ai de l'espoir. »
De son côté, Marie-France Thibeault, des communications au CIUSSS de l'Estrie, a refusé de préciser les termes du contrat entre les deux parties. « Il semble que nous ayons à revenir sur certains aspects de nos ententes contractuelles avec M. Courville afin de nous assurer d'une compréhension commune des conditions et clauses qui y sont rattachées, a-t-elle indiqué. Nous ne voyons pas la pertinence de discuter des ententes que nous avons avec nos partenaires dans les médias. »
Mme Thibeault a toutefois confirmé que le CIUSSS de l'Estrie va se charger de trouver de nouvelles places en centre d'hébergement pour la trentaine de résidents de l'établissement de Waterloo. « Le choix numéro un sera de garder les résidents le plus près de leur milieu actuel, a-t-elle mentionné. Mais on est tributaires des places disponibles. »
« Un manque flagrant de respect », clame Bonnardel
Outré par l'annonce de la fermeture de l'aile privée du CHSLD Santé Courville, François Bonnardel presse le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de dénouer l'impasse.
« Quand tu es dans une maison d'hébergement depuis des années, c'est ta maison maintenant. D'obliger ces gens dans les prochaines semaines à déménager, c'est très lourd et triste. [...] C'est un manque flagrant de respect pour les usagers, a déploré le député de Granby. Le ministre Barrette doit mettre son poing sur la table pour garder ces gens chez Santé Courville. »
De plus, le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec est d'avis que le centre d'hébergement de Waterloo doit être traité sur le même pied d'égalité que les autres CHSLD de la région. « Santé Courville jouit d'une excellente réputation dans le réseau. Autant pour la qualité des soins que pour les personnes qui y travaillent, a-t-il fait valoir. Je vois mal pourquoi le ministère de la Santé ne veut pas donner [à l'établissement] ce qu'on donne à d'autres CHSLD. »
Selon M. Bonnardel, croire que la trentaine d'usagers seront transférés dans des CHSLD dans les environs s'avère utopique. « On sait que nous n'avons pas de places pour ces gens dans la région. Le réseau des CHSLD est saturé. Alors où enverra-t-on ces personnes ? »