La compagnie Bioserres Canada planifiait de construire deux serres sur un terrain attenant à l’usine de Planchers des Appalaches, à Cowansville. Entre 20 et 25 emplois allaient être créés.

Cowansville: le projet de serres abandonné

Cowansville n’accueillera finalement pas de serres de tomates et de concombres. Bioserres Canada abandonne son projet de 3,9 millions de dollars parce que l’entreprise devait débourser environ 200 000 $ pour compenser la destruction d’un milieu humide où elle projetait de construire ses serres.

« On a fait le calcul et le projet n’est plus rentable. On avait un budget assez serré et ça ne rentre plus », a expliqué Antonio Rosillo, président de Bioserres Canada. « On cherche ailleurs », a-t-il dit lundi en entrevue avec La Voix de l’Est.

L’entreprise convoitait un terrain adjacent à celui occupé par les Planchers des Appalaches sur la rue de Rochefort, à Cowansville. Le site avait été choisi parce qu’il aurait permis à Bioserres Canada d’utiliser les résidus de bois de l’entreprise voisine comme biomasse pour chauffer ses serres. Un système de convoyeur aurait été mis en place pour acheminer les résidus de bois de l’usine de Planchers des Appalaches aux serres.

La Loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques, adoptée en juin 2017, exige que des compensations financières soient versées lorsque des milieux humides sont détruits ou altérés. Les compensations sont utilisées pour créer de nouveaux milieux humides ou pour en restaurer. Auparavant, les promoteurs pouvaient offrir des terrains en échange des milieux humides détruits. Ce n’est plus possible.

Le projet prévoyait deux phases : la construction d’une serre de 2000 m2, puis celle d’une serre de 10 000 m2 deux ans plus tard. La production de tomates et de concombres aurait atteint 500 000 kg par année. Entre 20 et 25 emplois auraient été créés.

La Ville de Cowansville misait gros sur le projet. En janvier 2018, le conseil avait accepté de verser 50 000 $ à l’entreprise pour l’aider. L’argent était destiné à payer les coûts pour aménager un chemin d’accès au terrain.

« Projet parfait »

Le terrain de 12 hectares (30 acres) convoité appartient à Jean Leduc et Daniel Morgan. « Il était parfait pour ce projet », soutient M. Morgan. « La biomasse était disponible, le gaz naturel, le chemin de fer passe à côté et on est près de l’autoroute 10. C’est dommage que ça ne se fasse pas parce qu’on a vraiment eu une belle collaboration de la Ville et de la MRC pour que ça fonctionne. »

L’homme d’affaires se dit sûr qu’un autre acheteur se pointera avec un projet industriel intéressant, et ce, malgré la présence d’un milieu humide.

Il fait le pari que la vocation de la future entreprise qui s’y établira sera dans l’alimentation. « Il y a beaucoup de créativité dans la région. Bromont a la microélectronique. On peut développer l’agroalimentaire. Il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce domaine. »

Concernant les nouvelles exigences de compensations pour la destruction de milieux humides, M. Morgan les juge sévères, mais nécessaires. « Il faut travailler autrement. On peut développer autour ou le faire sans détruire. Il ne faut plus détruire la nature pour faire une piasse », dit-il.

« C’est une entreprise qu’on aurait aimé avoir à Cowansville. C’est dommage parce que c’était vraiment un super projet », a indiqué Olivier Ricard, directeur du service de l’aménagement urbain et de l’environnement.

Malgré ce revers, M. Ricard ne croit pas que la Loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques est nuisible au développement des municipalités. Elle a été adoptée pour protéger les milieux humides, a-t-il rappelé. « On va devoir s’ajuster. »

La Ville, a souligné M. Ricard, travaille depuis quelques mois à cartographier tous les milieux humides sur son territoire. Les données permettront de produire un plan de conservation de ceux-ci et de planifier le développement de la municipalité, a-t-il dit.

«ÇA N’AIDE PAS»

Le régime de compensation financière de la Loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques est peut-être trop exigeant et peut nuire au développement des municipalités, croit la mairesse de Cowansville, Sylvie Beauregard.

« On est favorable à une loi qui protège les milieux humides, mais tant que ça ne réduit pas trop le développement de la municipalité », a-t-elle dit lorsque jointe mardi après-midi pour commenter l’abandon du projet de serres.

Les compensations financières exigées de la part des promoteurs sont des « contraintes », déplore Mme Beauregard. Elle estime que l’ancien système de compensations permettant d’offrir des terrains lorsque des milieux humides étaient détruits pour faire place à la construction d’un quartier ou d’un bâtiment commercial ou industriel était plus équitable. « On est passé à une autre extrémité », dénonce-t-elle, qui fait que les promoteurs « se ramassent avec des factures » pour rétablir des milieux humides. « Ça n’aide pas », conclut-elle.

Cela dit, la mairesse ne croit pas que la Ville de Cowansville pâtira de cette loi. Plusieurs terrains en zone industrielle sont disponibles pour accueillir de nouvelles entreprises, soutient-elle. La rue Albany, près de la route 139 dans l’ouest de la municipalité, a été ouverte à cette fin, rappelle-t-elle. Des terrains sont également disponibles sur la rue Miner, ajoute Mme Beauregard.