Près de 6100 personnes ont passé des tests de dépistage de COVID au cours du dernier mois en Estrie.
Près de 6100 personnes ont passé des tests de dépistage de COVID au cours du dernier mois en Estrie.

COVID: la région de Granby ne dérougit pas

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Alors que l’Estrie vient officiellement de passer jeudi au palier d’alerte maximale, plusieurs éclosions de cas positifs à la COVID-19 dans la région de Granby tiennent toujours la Santé publique en haleine.

Avec 73 nouveaux cas positifs au coronavirus jeudi, l’Estrie se dirige vers une centaine de personnes infectées de plus que la semaine précédente. C’est largement au-dessus d’une des cibles pour se maintenir au palier d’alerte inférieur, orange, qui est de 50 cas.

«Nous étions la dernière région orange, a indiqué en soupirant le directeur de la santé publique en Estrie, Dr Alain Poirier, lors du point de presse quotidien sur la COVID. Mais, durant la dernière semaine, dans toutes les catégories d’âge, dans tous les RLS [réseaux locaux de services] les cas ont augmenté.»

La région de Granby ne fait pas exception. Dans le seul RLS de la Haute-Yamaska (incluant Bromont), on a dénombré 75 cas positifs de COVID dans la dernière semaine. Parmi les éclosions répertoriées, on note un nouveau cas à l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins, à Cowansville. On y dénombre en date de jeudi 10 usagers et deux employés infectés.

La situation demeure aussi critique dans plusieurs centres d’hébergement pour personnes âgées. C’est le cas à la Résidence du Mont. L’établissement de la rue Denison à Granby compte 11 employés ayant contracté le virus et 36 résidents, dont deux sont décédés.

Les effectifs du CHSLD Leclerc, sis à même l’hôpital de Granby, combattent aussi la COVID-19. Jusqu’ici, 11 résidents, dont un a succombé, et 9 employés ont été déclarés positifs. De plus, 12 résidents du Riverain, à Granby, ont contracté le coronavirus au cours des derniers jours. Parmi ceux-ci, une personne est décédée après avoir été infectée. Cinq employés de l’établissement sont également en confinement après avoir eu des tests positifs.

De son côté, le Collège Mont-Sacré-Coeur à Granby, compte un cas supplémentaire, portant le total à 10. On a aussi recensé un nouveau cas dans un lieu de culte du RLS de la Haute-Yamaska, portant le total à 5. Un organisme communautaire du même secteur en compte 6.


« Des parents devront frotter des oreilles. (...) Il faut rappeler à vos enfants qu’ils ont un travail à faire. »
Dr Alain Poirier

Selon le relevé de la Santé publique, plusieurs autres organisations sont toujours aux prises avec de plus petites éclosions (moins de 5 cas) : le Pub du Village, la Garderie de l’Espoir, une entreprise agroalimentaire, une compagnie spécialisée dans les produits métalliques et un service de location de logements, tous en Haute-Yamaska, ainsi qu’un atelier mécanique et une entreprise agricole dans La Pommeraie.

Le directeur de la santé publique en Estrie, Dr Alain Poirier.

La plus importante éclosion dans la région est celle qui a lieu au sein des effectifs d’Équipe Sarrazin à Granby, spécialisée dans l’attrapage de volaille. Jusqu’ici, 53 membres du personnel ont contracté la COVID-19.

Sensibilisation

Malgré le nombre croissant de cas positifs à la COVID en Estrie, la «situation est toujours sous contrôle», a mentionné le directeur de la Santé publique. «Notamment lorsqu’on regarde les hospitalisations et les gens aux soins intensifs. C’est moins élevé que lors de la première vague, mais c’est là qu’il faut s’en préoccuper.»

L’obligation pour les élèves du secondaire de porter leur masque en tout temps dès leur entrée sur le site de l’école est un enjeu de premier plan, a fait valoir Alain Poirier. Faire respecter cette règle ne sera toutefois pas une sinécure, a-t-il concédé. «Des parents devront frotter des oreilles, a-t-il imagé. (...) Il faut rappeler à vos enfants qu’ils ont un travail à faire. C’est là qu’il y a le plus d’éclosions. Autour de 16 dans la région.»

Le Dr Poirier a également réitéré l’importance du respect de la période d’isolement pour les gens ayant été en contact avec des personnes infectées. «Le développement, la multiplication du virus et la capacité de le retrouver quand on fait le test par écouvillon (bâtonnet pour prélever les échantillons), ce n’est pas immédiat le premier jour. Ça peut prendre jusqu’à 14 jours pour la période d’incubation.»

Dépistage

La Santé publique mise «fortement» sur des équipes de dépistage mobile pour éviter la propagation du virus, a indiqué en point de presse la directrice adjointe en mesure d’urgence, sécurité civile et enjeux organisationnels au CIUSSS de l’Estrie, Nancy Desautels. «L’objectif est de dépister rapidement une population ciblée pour déterminer si elle est en éclosion, a-t-elle dit. Et aussi pour circonscrire les besoins et mettre en place les mesures de protection.»

Le dépistage massif sert également à faciliter l’accès aux services à des clientèles vulnérables. Entre autres dans des unités hospitalières et des CHSLD.

Du 12 octobre au 8 novembre, 100 événements de dépistage massifs ont été réalisés. On parle d’une moyenne de 24 par semaine. Près de 6100 personnes ont passé des tests pour déterminer si elles ont contracté le virus au cours du dernier mois, a spécifié Mme Desautels. Notons que le temps moyen pour obtenir des résultats (négatifs) après un test de dépistage est de 24h à 30h.

Du rouge... à l’orange

Le retour en zone orange pour l’Estrie ne se fera pas en claquant des doigts, a fait valoir le Dr Poirier. Le nombre de cas devra d’abord baisser, mais ce n’est pas le seul indicateur sur lequel la Santé publique se base.

La directrice adjointe en mesures d’urgence, sécurité civile et enjeux organisationnels au CIUSSS de l’Estrie, Nancy Desautels.

La région doit se maintenir sous la barre de 10 nouveaux cas quotidiens par 100 000 habitants. L’Estrie en compte 500 000. La quantité d’éclosions en cours pèse dans la balance. De plus, le système de santé, principalement les hôpitaux, devra aussi être en mesure d’accueillir de nouveaux patients. À ce chapitre, on ne doit pas dépasser quatre nouvelles hospitalisations par jour. Ce qui est loin d’être atteint en Estrie, où l’on en recense entre 0 et 3 liés à la COVID quotidiennement.

Le directeur de la Santé publique se dit enthousiaste pour la suite. «Si on revient vers les critères que l’on connaissait dans le orange, je serai le premier à vouloir réclamer que l’on diminue plusieurs restrictions. (...) Si tout va bien, dans trois semaines, on aura bien contrôlé la situation.»