La maison d’hébergement communautaire destinée aux adolescents Espace Vivant de Cowansville demeure elle aussi ouverte pendant la période de confinement.
La maison d’hébergement communautaire destinée aux adolescents Espace Vivant de Cowansville demeure elle aussi ouverte pendant la période de confinement.

Violence conjugale: vivre une crise, pendant la crise

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
La situation actuelle force les ménages à passer beaucoup plus de temps ensemble qu’à l’habitude. Si des tensions peuvent naître dans certaines résidences, ailleurs, elles étaient déjà bien présentes et peuvent être amplifiées par le confinement. Des organismes de Granby et de Cowansville sont toutefois prêts pour répondre à des appels à l’aide.

Jusqu’à présent, le nombre d’appels au Service de police de la Ville de Granby pour des cas de violence conjugale n’est pas significativement plus élevé qu’à l’habitude, malgré le confinement des ménages. « C’est plus au niveau des plaintes de bruit et du voisinage, indique Caroline Garand, porte-parole. Les gens sont tous isolés chez eux en même temps, alors la cohabitation est plus difficile. »

Du côté des organismes dédiés à soutenir les femmes victimes de violence conjugale, même si les rencontres physiques sont suspendues jusqu’à nouvel ordre, on ne chôme pas. « On reçoit beaucoup d’appels pour des consultations téléphoniques et des échanges sur Facebook. Des femmes ont peur, parce qu’elles doivent rester à la maison avec leur conjoint violent », indique Cathie Sombret, coordonnatrice de la Maison Horizon pour elles.

Un constat que partage et confirme Carmen Paquin, directrice de la Maison Alice-Desmarais. « En temps normal, il y a déjà beaucoup de contrôle et de domination de la part du conjoint. Être à temps plein ensemble, à la maison, ce pouvoir devient absolu. Quand on se transpose dans le contexte actuel, si le conjoint ne travaille plus, il est sans cesse à la maison. C’est plus difficile pour la conjointe de nous appeler ou de préparer son départ, car elle est plus surveillée, plus contrôlée », explique-t-elle.

La Maison Horizon pour elles est remplie à 60% de sa capacité. Néanmoins, l’organisme a pris entente avec un hôtel de la région qui lui réserve deux chambres, qui pourraient servir de quartiers d’isolement advenant l’arrivée de nouvelles bénéficiaires, fait savoir sa coordonnatrice Cathie Sombret.

Déstabilisant

La Maison Horizon pour elles est remplie à 60 % de sa capacité. « Il nous reste des chambres pour accueillir des femmes, mais nous sommes mal placées pour accueillir des femmes qui seraient infectées par le virus, parce qu’on n’a pas l’espace pour isoler qui que ce soit, indique Mme Sombret. On ne dispose que d’une seule salle de bain complète pour les 15 personnes, femmes et enfants, qui peuvent vivre ici. »

Néanmoins, l’organisme a pris une entente avec un hôtel de la région qui lui réserve deux chambres, qui pourraient servir de quartiers d’isolement advenant l’arrivée de nouvelles bénéficiaires. « Si on a de nouvelles demandes d’hébergement, les femmes vont passer 14 jours à l’hôtel avant d’être transférées chez nous, précise Mme Sombret. On est chanceux, on ne paiera ces chambres d’hôtel que si on y a recours. »

« De plus, ajoute-t-elle, SOS Violence conjugale nous a donné un budget pour du transport, alors si une femme nous appelle en situation d’urgence, on peut lui envoyer un taxi. Ou la police. »

À la Maison Alice-Desmarais, la cohabitation n’est plus permise dans les chambres. « On a modifié notre code de vie, et ça rend ça difficile pour certaines femmes, car elles ne peuvent plus sortir ou faire de visites, souligne Mme Paquin. Le tout est encore plus complexe quand on sait qu’on travaille avec des femmes vulnérables qui ont besoin d’aide et de soutien. »

Le confinement obligatoire, décrété pour limiter la propagation du coronavirus, peut aussi raviver certaines blessures chez celles qui ont fui la violence conjugale. « Ces femmes-là vivent déjà une situation difficile chez elles, et arrivées chez nous, elles en vivent une autre qui est aussi difficile. C’est déstabilisant », rappelle Mme Paquin.

La situation est particulièrement difficile pour certaines employées, relève également la directrice, qui doivent travailler en équipes réduites et qui, de retour chez elles, font aussi face au confinement. « La pression augmente, reconnaît-elle. C’est difficile, mais on est tous dans le même bateau. On y va une demi-journée à la fois. »

Le confinement obligatoire, décrété pour limiter la propagation du coronavirus, peut raviver certaines blessures chez celles qui ont fui la violence conjugale, estime la directrice de la Maison Alice-Desmarais, Carmen Paquin.

Un répit pour les jeunes

La maison d’hébergement communautaire destinée aux adolescents Espace Vivant de Cowansville demeure elle aussi ouverte pendant la période de confinement.

L’organisme, qui offre des services d’hébergement temporaire pour les jeunes de 12-17 ans vivant des difficultés au plan personnel, familial, scolaire ou social, n’affiche pas complet.

« On a dû s’adapter, mais ça va quand même bien », mentionne le directeur général, Maxime Rainville.

L’espace a été adapté pour permettre d’accueillir un plus grand nombre de pensionnaires, au besoin. Cela pourrait se produire dès les prochains jours.

« C’était plus tranquille la semaine passée. Normalement, la première semaine [de confinement], ça peut être une lune de miel pour les familles. Mais si ça perdure, des tensions peuvent revenir et ça peut éclater à tout moment », explique-t-il.

En temps normal, le mois de mars coïncide avec une période de bulletins et la fin de l’hiver, des moments où les disputes familiales amènent certains adolescents à trouver refuge auprès de l’organisme pendant quelque temps.

« Les jeunes sont ici avec l’autorisation de leurs parents. On peut en accueillir d’autres, après avoir évalué la situation de chaque jeune. Il faut rappeler qu’à 15 ans, ce n’est pas toujours évident de rester à la maison. »