Il risque d’y avoir moins de chasseurs de dindons sauvages dans les champs de la région cette année.
Il risque d’y avoir moins de chasseurs de dindons sauvages dans les champs de la région cette année.

Une saison de la chasse sous le signe de la COVID-19

Il y aura beaucoup moins de chasseurs dans les champs agricoles de Brome-Missisquoi, dans les semaines à venir. La chasse aux dindons s’est ouverte vendredi dernier, mais comme les déplacements entre les régions ne sont pas considérés comme «essentiels» pour ce loisir, bien des chasseurs devront rester chez eux.

Le Suttonnais Danny Torresan a l’habitude de chasser avec des amis montréalais ainsi qu’avec son frère et un cousin du Saguenay. C’est toutefois seul qu’il chassera ce printemps.

«On va sur des terres environnantes sur lesquelles on a des autorisations, mais je serai seul cette année. La technique de chasse ne change pas, c’est l’aspect social qui est complètement différent. Si des gens s’inquiètent qu’on aille se promener, je les rassure, il n’y a pas un chat.»

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs et le ministre Pierre Dufour ont appelé plus tôt ce mois-ci, par voie de communiqué, les chasseurs à respecter les directives gouvernementales.

La première consigne est d’éviter de se déplacer d’une région ou d’une ville à l’autre, sauf en cas de nécessité. La chasse, comme tout autres loisir ou sport, n’est pas considérée comme nécessaire.

«La situation actuelle nous oblige à rappeler sans cesse les recommandations de la Direction nationale de la santé publique afin de minimiser la propagation de la COVID-19, avait déclaré le ministre Dufour. C’est pourquoi je compte sur la collaboration des adeptes de chasse, de pêche et de piégeage pour respecter toutes les consignes en vigueur.»

Vendredi, matin de l’ouverture de la chasse, M. Torresan est allé sur le terrain en observation — son arme entreposée chez son frère est dans la poste — et n’a vu aucun véhicule dans les entrées de champ, contrairement aux années passées.

«À Sutton, il y a beaucoup de gens qui ont des résidences secondaires et qui sont skieurs, randonneurs, chasseurs aux chevreuils, chasseurs aux dindons et évidemment ils ne sont pas ici. Ça change la donne.»

Pour permettre de respecter les directives gouvernementales, le MFFP permet même d’enregistrer ses prises en remplissant un formulaire en ligne.

Une hantise pour les agriculteurs

La population de dindons est bel et bien là. L’hiver ne semble pas avoir été trop rude pour eux. Les chasseurs ont le droit d’abattre deux mâles durant la saison, qui se termine le 18 mai.

Et comme la population de cet oiseau forestier grandit de façon importante depuis plusieurs années — le sud du Québec a une moins grande couverture de neige en hiver et plus de nourriture aux abords des champs — et que les dindons sauvages causent des dommages aux champs, les agriculteurs sont plus qu’heureux d’accorder leur autorisation aux chasseurs.

C’est en Estrie que la population de dindons est la plus abondante, selon le service des communications du MFFP. Environ 3600 personnes ont chassé ce gibier dans la zone 6, juste à l’est de Brome-Missisquoi, en 2019.

«Les dindons mangent des grains. Au printemps, lorsque les agriculteurs font les semences de maïs, par exemple, c’est comme un buffet pour les dindons, remarque Danny Torresan. C’est surtout au printemps que ça se passe. Après ça, le dindon passe une partie de son temps en forêt et il va réapparaître à la fin de l’été lorsque les agriculteurs vont récolter les champs. S’ils ont mis du blé ou de l’avoine, les dindons vont revenir sur le bord des champs pour manger les grains qui sont au sol. Le gros du dommage, c’est au printemps. Alors, quand on est là et qu’on fait du barda, les agriculteurs sont heureux.»

La chasse aux dindons sauvages, mâles et femelles, sera par ailleurs ouverte pour la toute première fois au Québec cet automne, du 24 au 30 octobre.

Un été à l’eau

Érick Chamberland, de Frelighsburg, chasse seul et près de chez lui. Il n’aura donc pas de mal à respecter les consignes du gouvernement Legault. Par contre, c’est son été qui risque de tomber à l’eau.

Chef-cuisinier et assistant-gérant, «je travaille en été dans une pourvoirie sur une rivière à saumon, dans la Côte-Nord. Ce sont des Montréalais et des Américains qui y vont. La pourvoirie ne sait pas si elle va pouvoir ouvrir.»

La Côte-Nord n’a que peu de cas du coronavirus et la région a été fermée à toute personne qui souhaiterait s’y rendre pour une activité non essentielle.

«J’ai mis une croix sur ma saison de travail à la pourvoirie puisque ça implique des déplacements interrégionaux qui sont interdits jusqu’à présent», note M. Chamberland.

Les propriétaires et plusieurs employés habitent par ailleurs une autre région que la Côte-Nord.