Léa Nadeau et son conjoint, Patrick Esculier et leurs deux jeunes enfants de 2 et 3 ans.
Léa Nadeau et son conjoint, Patrick Esculier et leurs deux jeunes enfants de 2 et 3 ans.

Une famille met son rêve sur pause

Léa Nadeau et son conjoint, Patrick Esculier, caressaient un rêve depuis longtemps : celui de compléter un tour du monde avec leurs deux jeunes enfants de 2 et 3 ans. Si ce voyage devait prendre fin en juillet, le retour de la famille au Canada a toutefois eu lieu plus rapidement que prévu, devant l’avancée fulgurante de la propagation du coronavirus sur la planète.

Avec un budget d’environ 70 000$ dans les poches et des rêves plein la tête, le couple de Québec partait à l’aventure avec le souhait de bourlinguer de continent en continent pendant une année complète. Après quatre ans de planification, ils ont quitté leur maison, leur famille et leurs amis pour un an de cavale autour du monde, en juillet 2019. Neuf mois plus tard, Léa, Patrick, Ély et Téo sont de retour au pays. Non sans amertume face à ce projet inachevé, mais sains et saufs tout de même. 

«En suivant les médias internationaux, on sentait bien qu’autre chose nous pendait au bout du nez et on est content de voir qu’on n’a pas joué trop safe en revenant», se souvient celle qui s’est résignée pour la sécurité de sa famille. 

«Depuis mi-décembre on suivait l’évolution du virus. En février, on était en direction de Singapour, où il y avait alors 150 cas et nos familles frissonnaient déjà pour nous. Ça a été fulgurant.»

«Branlebas de combat»

De la Nouvelle-Zélande, Léa et Patrick ont donc pris la décision crève-cœur de revenir en urgence au Canada, vers la mi-mars. «On n’était déjà plus en mode voyage depuis deux semaines. Cinq jours après avoir fait notre choix, on quittait pour de bon», raconte Léa. Parce qu’après la Nouvelle-Zélande, l’itinéraire planifié prévoyait une remontée vers l’Asie. 

«Ce n’était plus le temps d’avancer, on savait bien qu’à un moment donné on ne serait plus les bienvenus, ayant voyagé dans des pays limitrophes à ceux où le nombre de cas était élevé, poursuit la globetrotteuse. Mais on ne voulait pas encore y croire. Chaque journée était de plus en plus crève-cœur. On tergiversait entre le désir de voyager et celui de mettre notre famille à l’abri. Il y a eu des pleurs et de l’espoir chaque jour, mais au final on ne regrette pas.»

C’est ainsi qu’après des appels et de longs instants de gestion de billets d’avion, un premier vol les a amenés en direction de la Colombie-Britannique. Depuis la maison de Sacha, la sœur de Léa avec qui elle gère le blogue Sparks and Bloom, ils complétaient leur quarantaine, près de Vancouver. Leur départ vers Québec était quant à lui réservé pour la mi-avril. 

«De fil en aiguille, on se faisait dire qu’il n’y aurait plus de vol Vancouver-Québec avec notre compagnie aérienne», détaille Léa, en plein processus de fixer une nouvelle date de départ. Devant des prix gonflés et des annulations ci et là, la famille a ultimement pu dénicher un tracé pour rentrer à la maison, le 28 mars. 

Sans domicile

Et rentrer à la maison ne veut pas vraiment dire rentrer à la maison. «Notre maison est louée jusqu’au 1er juillet, alors on a lancé un appel au secours parce qu’on n’a rien, pas de meubles et juste de l’équipement pour survivre à 30 degrés, poursuit la maman. Les étoiles se sont alignées et un bon samaritain a accepté de nous louer une résidence au Mont-Sainte-Anne jusqu’au moment où on récupèrera notre maison.»

Tant de péripéties qui inquiétaient les parents, à la veille de remettre une fois de plus les pieds dans les aéroports. «Tout va bien jusqu’à présent, on va commencer une nouvelle quarantaine à notre arrivée au Québec parce qu’on s’apprête encore à traficoter dans les aéroports alors il y a toujours le souci de se dire ‘’est-ce qu’on va être contaminés?’’», se questionne Léa Nadeau. 

Souvenirs et rapprochements

Néanmoins, le couple a pu explorer plus d’une quinzaine de pays en compagnie de ses enfants. Une expérience qui, aux dires de Léa Nadeau, «change complètement la dynamique». «Notre vision de la vie et de la planète sur laquelle on habite a changé et on a appris jusqu’où on pouvait aller en tant que famille», ajoute celle qui offre en rigolant ses services de conseils aux parents confinés avec les enfants 24/7 depuis le début de la crise. 

Avant que la poussière créée par la pandémie ne retombe, la famille continue d’espérer la santé et demeure optimiste d’un jour compléter ce tour du monde inachevé. «J’y retournerai peut-être un jour, pour boucler la boucle.»