L’Estrie demeure la deuxième région la plus touchée au Québec après la Ville de Montréal.
L’Estrie demeure la deuxième région la plus touchée au Québec après la Ville de Montréal.

Une équipe d’enquêteurs lutte contre la pandémie en Estrie

PRIMEUR / Le nombre de personnes infectées ne cesse d’augmenter en Estrie. Il y avait 329 personnes testées positives à la COVID-19 lundi en début d’après-midi, un bond de 33 personnes de plus par rapport à dimanche. Le nombre de cas identifiés à Sherbrooke est passé de 95 cas dimanche à 113 personnes infectées lundi.

L’Estrie demeure la deuxième région la plus touchée au Québec après la Ville de Montréal.

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Or la situation pourrait être bien plus grave encore sans l’équipe d’une centaine de personnes passionnées - médecin, infirmières et autres professionnels - travaillant à la Direction de la santé publique de l’Estrie. Depuis deux semaines, cette équipe est très fortement sollicitée.

« Je ne sais plus ce que c’est d’avoir du temps libre », clame la Dre Mélissa Généreux, médecin-conseil à la direction de santé publique de l’Estrie et professeure agrégée à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.

La Dre Généreux tient à mettre en valeur tous les membres de cette équipe tissée serrée et qui traverse en même temps une dure épreuve : celle de voir près de la moitié de ses membres frappés le coronavirus en même temps qu’ils cherchent tous et toutes à en freiner la propagation (voir l’écran suivant).

« En santé publique, nous avons un rôle ingrat dans le sens où on travaille en prévention. Les gens n’entendent pas parler de nous si on fait bien notre travail, parce qu’on prévient des situations. C’est encore le cas plus que jamais avec nos enquêtes », explique Dre Généreux.

Pour comprendre le travail de son équipe, prenons un cas concret.

« Quand on reçoit un test positif du laboratoire, nous appelons la personne testée positive. La question fondamentale, c’est : où tu l’as attrapé? Dans les premiers jours, c’était facile, les gens revenaient tous de voyage. Mais si les gens ne le savent pas, c’est là que notre enquête est la plus importante. Ont-ils été dans une fête, un rassemblement, dans une école, un hôpital, habitent-ils tous dans la même rue, vont-ils à la même pharmacie? » 

Comme les enquêtes se font encore principalement sur des dossiers papier, il fallait quelqu’un pour relire les enquêtes et tenter de faire des liens entre chacune d’entre elles. C’est ce rôle critique qu’occupent maintenant la Dre Généreux et son collègue Dr Guillaume Vandal. « On est ceux qui étudient les dossiers de tous les enquêteurs pour avoir une vision globale. Ça prend une capacité à avoir la tête pleine d’informations et à faire des liens entre toutes ces infirmations », ajoute-t-elle.

Elle donne l’exemple d’une fête de famille à Racine qui réunissait de nombreuses personnes. Un seul voyageur porteur du coronavirus a infecté plusieurs personnes de sa famille. Cette seule célébration familiale a entraîné une vingtaine de cas de coronavirus à Racine. 

Une de ces personnes nouvellement infectées a ensuite amené le virus dans une entreprise où il a infecté un travailleur qui, lui, a visité sa mère dans une résidence pour aînés. C’est ce qui a mené à l’éclosion au Manoir Sherbrooke.

Un seul voyageur infecté peut donc être à l’origine de dizaines de cas de transmissions dans la communauté d’où l’importance de rejoindre toutes les personnes qui auraient pu être en contact avec chaque personne infectée.

« Pour chaque cas positif, on peut appeler des dizaines de personnes pour les aviser de se mettre en isolement et de surveiller les symptômes », indique la Dre Généreux.

Les liens entre ces deux éclosions étaient loin d’être évidents. C’est grâce aux enquêtes menées par l’équipe de la Santé publique de l’Estrie si l’histoire a pu être écrite aussi rapidement… sauvant certainement de nombreuses vies au passage.

 « C'est moi qui ai fait le lien entre les deux éclosions. Quand on fait un lien comme ça, le cœur se met à nous débattre. On arrête tout ce qu’on fait et on avise rapidement l’équipe en charge des milieux afin qu’on protège les résidents du Manoir et qu'on y ralentisse la propagation », explique-t-elle.

« Grâce à ça, on a pu tout de suite isoler tous les résidents correctement et prendre des mesures importantes très rapidement pour limiter la propagation dans la résidence. La situation aurait pu être beaucoup plus grave », soutient la Dre Généreux.

« Sans nos enquêtes, la situation serait probablement beaucoup plus catastrophique en Estrie. Mais on ne pourra jamais avancer de chiffres parce qu’on travaille en prévention », insiste-t-elle.

Car la médecin-conseil le constate : la COVID-19 est extrêmement contagieuse. « La preuve, c’est de voir la vitesse à laquelle elle s’est propagée dans notre équipe à la Santé publique, même si c’était parfois difficile de rester à deux mètres de nos collègues parce qu’on devait notamment partager des dossiers papier », ajoute-t-elle.