La livraison des commandes du supermarché Metro de Sainte-Anne-des-Monts est assurée par des bénévoles uniquement sur le territoire couvert par la municipalité.
La livraison des commandes du supermarché Metro de Sainte-Anne-des-Monts est assurée par des bénévoles uniquement sur le territoire couvert par la municipalité.

Une dame âgée de Cap-Chat privée de livraison par l’unique supermarché

Les proches d’une femme âgée de Cap-Chat, une municipalité où il n’y a plus d’épicerie, déplorent que le seul supermarché de La Haute-Gaspésie ne puisse lui livrer sa commande de nourriture. Le marché Metro, situé à 16 km de son domicile, livre uniquement dans la municipalité où il a pignon sur rue, soit à Sainte-Anne-des-Monts.

«Le Metro est bien content d’avoir cette clientèle-là en temps normal, d’autant plus qu’il est en situation de monopole, soulève sa belle-fille, Karyne Boudreau, qui habite la Baie-des-Chaleurs. Ma belle-mère est prête à payer pour la livraison. Je suis consciente qu’on est en situation de crise, mais elle est seule, n’a pas d’auto et de toute façon, comme elle a plus de 70 ans, on lui dit de ne pas sortir. Elle est paniquée! On est inquiets pour elle et on se sent loin! Il y a sûrement aussi d’autres personnes âgées qui sont seules, qui n’ont pas d’aide et qui n’ont peut-être plus rien à manger. Le Metro de Sainte-Anne-des-Monts laisse des dizaines de personnes âgées sans service en Haute-Gaspésie! Ça me donne envie de pleurer…»

Sa belle-mère pouvait compter sur une personne dévouée qui allait faire ses emplettes. Mais, comme elle habite aux Méchins, l’accès vers Sainte-Anne-des-Monts lui est interdit depuis que le gouvernement Legault a annoncé la fermeture de huit régions, dont le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie. «Ma belle-mère n’avait plus de lait, raconte Karyne Boudreau. Elle a voulu aller lui en porter, mais au barrage des Méchins, on ne l’a pas laissé passer. Je comprends qu’ils ne peuvent pas faire d’exception. Mais, en termes de droits des personnes âgées, je suis outrée!»

Mme Boudreau sait qu’il y a d’autres épiceries à Sainte-Anne-des-Monts, bien que plus petites qui, comme Chez Cévic, offrent la livraison. «Ce sont des prix de dépanneurs, estime Mme Boudreau. Il n’y a pas de spéciaux de supermarché.»

Metro incapable d’en faire plus

Selon la porte-parole de la compagnie Metro, le magasin de Sainte-Anne-des-Monts est incapable de faire plus. «Il fait son gros, gros possible au moment où la livraison a été mise en place la semaine passée, estime Geneviève Grégoire. Il a dû ajuster son personnel. Il a placé quelqu’un pour prendre les commandes et ce sont des bénévoles qui font la livraison. Notre franchisé vise d’aller jusqu’à Cap-Chat. Mais pour l’instant, il n’est pas capable. Il travaille fort, mais il manque de monde et ce sont des bénévoles. C’est tout un casse-tête de logistique! La situation de la pauvre dame, il y en a sûrement d’autres!»

Le système de livraison est coordonné par l’organisme à but non lucratif «Nourrir notre monde Haute-Gaspésie». «Je comprends la madame de paniquer, surtout qu’elle est seule, indique Marie-Eve Paquette. Je la comprends de se questionner. Le marché Metro a été pris de court parce qu’il n’offrait plus de livraison. Il est en manque de «staff» total! Prendre des commandes par téléphone, c’est super long, c’est exigeant pour les épiceries. Ça prend 20 minutes par personne. Le Metro est à pleine capacité! Il ne peut pas en faire plus.»

La chargée de projet assure que son organisme travaille actuellement à mettre en place un système de livraison citoyen pour toute la Haute-Gaspésie. «On est en train de travailler avec les municipalités, explique-t-elle. Dans les villages, les épiceries se sont revirées de bord sur un 10 cents. Dans l’est, ce sont les épiceries locales qui ont pris en charge la livraison des citoyens. Puis, les conseillers municipaux se sont jumelés avec les personnes âgées. Mais, pour Sainte-Anne-des-Monts et Cap-Chat, il y a plus de monde. C’est plus lent à mettre en place.»

Les autres options

Mme Paquette souligne que le marché d’alimentation Chez Cévic livre à Cap-Chat pour un coût de 5 $ par adresse. Depuis quelques jours, le supermarché Maxi de Matane livre aussi jusqu’à Sainte-Anne-des-Monts, moyennant des frais de 20 $ par commande. Les agents responsables du contrôle routier des Méchins laissent passer le camion réfrigéré. «C’est pour les grosses commandes, reconnaît Marie-Eve Paquette. Pour une personne seule, ce n’est pas approprié. Mais, quatre personnes pourraient faire une commande en se donnant un seul point de livraison.»

La porte-parole de «Nourrir notre monde» ajoute que le Centre d’action bénévole des Chic-Chocs, en partenariat avec le restaurant La Broue dans l’toupet de Sainte-Anne-des-Monts, offre un service de livraison de repas cuisinés congelés à faible coût. «La popote roulante est disponible partout sur le territoire», fait aussi savoir Mme Paquette. Mais, pour Karyne Boudreau, ces services ne correspondent pas aux besoins de sa belle-mère. «Elle est habituée de se faire à manger et elle veut continuer à le faire», précise-t-elle.

«On est plus que motivés et on fait vraiment ce qu’il faut pour que le monde ait des services, assure Marie-Eve Paquette. En même temps, les gens doivent comprendre que ce n’est pas parfait. Mais, il n’y a personne qui n’a pas accès à la livraison. Ça a été notre cheval de bataille. Notre première rencontre d’urgence dans la crise, ça a été de savoir comment livrer aux personnes âgées à la grandeur du territoire.» Quoi qu’il en soit, la chargée de projet est consciente que le service n’est pas uniforme à l’ensemble de La Haute-Gaspésie. 

Marie-Eve Paquette aborde la situation avec philosophie. «On est tous en train d’inventer une façon de favoriser une alimentation dans un contexte de crise auquel on n’était pas préparés. Ça crée de beaux partenariats.»