François Lamontagne
 François Lamontagne

Un Sherbrookois recommande à l'OMS le recours aux corticostéroïdes

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé au professeur-chercheur de l’Université de Sherbrooke François Lamontagne de diriger, cet été, une équipe qui avait pour objectif de trouver un traitement efficace pour soigner les personnes atteintes de la COVID-19. Après l’analyse des résultats de différentes études, cette équipe recommande le recours aux corticostéroïdes dans le traitement des formes graves de la COVID-19.

L’équipe de recherche, composée d’une trentaine de spécialistes provenant des quatre coins du monde, s’est penchée sur différentes études ayant mesuré les effets des corticostéroïdes, une classe de médicaments peu coûteuse et facile d’accès par la plupart des systèmes de santé à travers le monde.

« C’était une entreprise énorme, mais vraiment importante, et le résultat dépasse nos attentes «, souligne le Dr Lamontagne, intensiviste-interniste au CIUSSS de l’Estrie – CHUS et professeur-chercheur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS et au Centre de recherche du CHUS.

« C’est la première recommandation de l’OMS qui n’est pas qualifiée d’intérimaire. C’est aussi la première fois que l’OMS confie ce genre de responsabilité à des experts externes. Normalement, ça prend beaucoup plus de temps pour faire ce qu’on a fait en un été, mais la situation l’exigeait. Cette réalisation marque une nouvelle culture de collaboration internationale qui fait beaucoup de bien par les temps qui courent », ajoute l’expert Sherbrookois.

Les corticostéroïdes, c’est le nom scientifique d’une classe de médicaments qui comprend, par exemple, la cortisone. « C’est un scénario idéal, car c’est un traitement peu dispendieux qui est accessible pour les systèmes de santé de tous les continents, incluant les plus pauvres », précise le Dr Lamontagne, ajoutant que les patients de la région qui seraient hospitalisés lors d’une potentielle deuxième vague de COVID-19 pourraient assurément se voir administrer de la cortisone.

Réduction des décès 

Les résultats de la méta-analyse de ces études démontrent que les corticostéroïdes réduisent de 20 % les risques de décès chez les personnes atteintes d’une forme sévère de la COVID-19. Ce médicament aurait un effet bénéfique sur l’inflammation potentiellement mortelle qui sévit au cours du stade avancé de la maladie.

L’étude révèle aussi que les corticostéroïdes diminueraient le besoin de ventilation mécanique invasive, et donc les séquelles physiques pouvant en découler. En revanche, elle montre que les effets de cette médication sont incertains chez les personnes développant la forme bénigne de la COVID-19.

Au 1er septembre, plus de 25 millions de personnes dans le monde avaient reçu un diagnostic de COVID-19, selon l’OMS. À cette date, la pandémie avait causé 848 255 décès. Le nombre de cas est en constante augmentation, tant dans les pays à revenu élevé que dans ceux en développement.

Intégrer la recherche au système de santé

Au total, huit essais cliniques randomisés ont été réalisés, pour lesquels on a recruté 7184 participantes et participants.

« On doit une fière chandelle au système de santé de l’Angleterre, car la très grande majorité des participants sont Anglais. Si leur système marche si bien, c’est qu’ils ont intégré dans leur système de santé public le travail de recherche », note le Dr Lamontagne, précisant que pour la même période, le Canada a peiné à recruter 200 participants.

« On aurait tout intérêt à se questionner et à nous aussi intégrer la recherche à notre système pour arrêter de donner des traitements délétères à nos patients et opter plus rapidement pour ceux qui sont efficaces. Si on ne trouve pas le moyen de le faire, on est toujours à la remorque d’un autre pays ou groupe et en attendant, on ruine le système de santé et on expose nos patients à des risques », soutient le professeur-chercheur, donnant l’exemple de l’hydroxychloroquine comme traitement délétère.

« La pandémie nous montre qu’on est dû pour une réflexion sérieuse sur l’évaluation des soins qu’on administre dans notre système de santé. On peut s’inspirer de ceux qui font mieux que nous dans le monde au niveau de l’intégration de la recherche », résume-t-il.