Robert Gaucher est copropriéraire de cinq immeubles, totalisant 39 logements, à Granby, Waterloo et Roxton Pond. Il se dit inquiet de voir des pétitions réclamant l’annulation des loyers du mois d’avril en raison de la crise économique provoquée par la pandémie de COVID-19.
Robert Gaucher est copropriéraire de cinq immeubles, totalisant 39 logements, à Granby, Waterloo et Roxton Pond. Il se dit inquiet de voir des pétitions réclamant l’annulation des loyers du mois d’avril en raison de la crise économique provoquée par la pandémie de COVID-19.

Un proprio prie les locataires de payer leur loyer

Un propriétaire d’immeubles à logements de Granby sonne l’alarme. Dans un courriel qu’il a fait parvenir à La Voix de l’Est, il souhaite sensibiliser les locataires — pas seulement les siens — à l’importance de s’acquitter de son loyer, même en temps de crise.

Robert Gaucher est copropriéraire de cinq immeubles, totalisant 39 logements, à Granby, Waterloo et Roxton Pond. Il se dit inquiet de voir des pétitions réclamant l’annulation des loyers du mois d’avril en raison de la crise économique provoquée par la pandémie de COVID-19.

«Ça commence à être inquiétant, dit-il au cours d’un entretien téléphonique. Pour ma part, je paie mes hypothèques avec les loyers. On n’a pas de congé d’hypothèque, nous, alors soit on doit avancer l’argent qui manque de notre poche, soit on se retrouve avec un problème vis-à-vis les banques.»

«Même si dans certains cas, l’on pourra reporter le paiement du capital, nous devrons quand même continuer de payer les intérêts qui représentent à eux seuls souvent plus de la moitié du paiement de l’hypothèque. De plus, les frais d’intérêts continueront de courir et nous, les proprios, payerons intérêt par-dessus intérêt», ajoute-t-il.

La part des loyers qui ne sert pas à payer les hypothèques rembourse l’entretien des immeubles, les taxes, les assurances, l’électricité et la conciergerie, par exemple, énumère le propriétaire. «Comment pourrons-nous payer tous ces gens et services si les locataires n’effectuent par leurs paiements de loyer ?» demande-t-il.

M. Gaucher est bien au fait que partout, des locataires ont pu être mis à pied en raison des mesures décrétées par Québec, et qu’ils sont donc privés de salaire, ce qui peut compliquer grandement le paiement des loyers.

«Pour ces cas-là, il faut être flexible, reconnaît-il. Qu’on en parle entre locataires et propriétaires, et c’est sûr qu’on va trouver un compromis d’ici à ce que les chèques du gouvernement arrivent.»

Mais cela ne doit pas mettre tout le fardeau sur les épaules des propriétaires, dont une grande partie «sont des gens ordinaires qui ont également perdu leur emploi [et] qui ont les mêmes paiements de base que tout le monde», rappelle-t-il dans son courriel.

«J’ai de très bons locataires, mais ce qui me fait un peu plus peur, ce serait que des gens qui auraient les moyens de payer leur loyer à temps profitent de la situation pour ne pas le faire, ajoute le propriétaire. Ceux qui vivent de l’aide sociale ou qui reçoivent leur pension n’ont pas d’excuses; ils reçoivent déjà leur chèque.»

Aucun report ordonné par Québec

Aucun report du paiement des loyer n’a été décrété par le gouvernement du Québec. Lors d’un de ses points de presse quotidiens, le premier ministre François Legault a appelé à la compréhension des propriétaires face aux retards de paiement, sans plus.

La Régie du logement du Québec a pour sa part suspendu ses audiences jusqu’à la fin de la crise sanitaire. Un arrêt ministériel du 17 mars suspendait par ailleurs les effets de toute décision de la Régie qui autorise la reprise d’un logement ou l’éviction du locataire d’un logement, comme toute expulsion d’un locataire, sauf si le logement a été reloué par le locateur avant le 17 mars 2020 et que cette suspension empêcherait le nouveau locataire de prendre possession des lieux.