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Un projet-pilote pour détecter le coronavirus dans les eaux usées au Québec

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne
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MONTRÉAL - Des travaux réalisés à l’Université McGill pourraient permettre aux responsables de la santé publique de se préparer à une éclosion imminente de COVID-19 en détectant une hausse de la présence du virus dans les eaux usées.

Le projet-pilote mis en place par le professeur Dominic Frigon et son équipe englobera les villes de Montréal, de Québec et de Laval, ainsi que de petites municipalités des régions du Bas-Saint-Laurent et de la Mauricie-Centre-du-Québec.

Cela pourrait permettre de suivre le virus en temps réel, par l’entremise des eaux usées, dans environ 50 % de la population québécoise.

«Le virus qu’on connaît comme étant un virus respiratoire est aussi un virus qui peut infecter les intestins, a expliqué le professeur Frigon, du département de génie civil de McGill. Un des symptômes de la COVID-19 est la diarrhée, alors il y a un relargage assez important dans les excréments.»

Plusieurs techniques permettent de retrouver le virus, même s’il a été dilué dans des milliards de litres d’eaux usées.

Dans un premier temps, les chercheurs profitent du fait que le virus a une charge négative pour le capturer à l’aide d’une membrane qui, elle, est chargée négativement.

De plus, parce qu’on sait que le virus est principalement associé aux solides en suspension, il est possible de récupérer ces solides et de les concentrer.

«On fait une extraction de l’ARN, et à partir de ce moment-là, c’est le même procédé que ce qu’on fait avec les échantillons nasopharyngés», a expliqué M. Frigon.

La même stratégie est utilisée depuis les années 1990 pour détecter le virus de la polio.

Préavis de quelques jours

Une hausse de la concentration de coronavirus dans les eaux usées d’une petite municipalité et du quartier d’une grande ville pourrait laisser présager une éclosion quelques jours plus tard.

«Habituellement on voit la quantité virale augmenter dans les eaux usées de deux à sept jours avant l’augmentation des cas cliniques, a dit M. Frigo. Alors il y a un petit délai pendant lequel la santé publique peut voir venir les choses.»

Cela pourrait permettre de déployer de manière anticipée des ressources là où une éclosion est attendue, avant que le système de santé ne soit pris d’assaut par des patients qui présentent soudainement des symptômes.

L’analyse des eaux usées pourrait aussi permettre de brosser un portrait d’ensemble de l’évolution de la situation au sein de la population.

«On pourrait identifier que dans un quartier ou une région spécifique, il y a quelque chose qui se passe et qu’il faut aller investiguer de manière plus poussée», a illustré M. Frigon.

Ce projet-pilote, qui est en développement depuis près d’un an en collaboration avec les responsables de la santé publique, pourrait enfin permettre d’en apprendre un peu plus au sujet de quartiers pour lesquels on dispose de moins d’informations, comme ceux où on retrouve une grande population de travailleurs qui n’y résident pas nécessairement. On dépend souvent, dans ces quartiers, des informations fournies par les employeurs, et des cas asymptomatiques peuvent donc passer sous le radar.

M. Frigon reconnaît qu’un des grands défis du projet sera d’identifier la meilleure stratégie pour le déployer dans les régions plus reculées, où les municipalités sont souvent plus petites et éloignées les unes des autres.