Lors d'une formation donnée à l'Hôpital de Gatineau, au moins une quinzaine d’employés sont entassés dans une chambre pour écouter les explications de deux urgentologues sur les précautions à prendre afin de limiter la propagation de la COVID-19.
Lors d'une formation donnée à l'Hôpital de Gatineau, au moins une quinzaine d’employés sont entassés dans une chambre pour écouter les explications de deux urgentologues sur les précautions à prendre afin de limiter la propagation de la COVID-19.

Trop à risque pour faire l’épicerie, mais pas pour travailler aux soins intensifs

Alors qu’ils n’ont même pas le droit d’aller faire leur épicerie, des membres du personnel de l’unité des soins intensifs de l’Hôpital de Gatineau ayant été en contact avec une collègue infectée par la COVID-19 doivent continuer d’aller travailler. Une façon de faire qui est autorisée par les autorités de santé publique en cas de risque de bris de service.

Mardi 14 avril, 6e étage de l’Hôpital de Gatineau. Selon ce que rapporte le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO), au moins une quinzaine d’employés sont entassés dans une chambre pour écouter les explications de deux urgentologues sur les précautions à prendre afin de limiter la propagation de la COVID-19.

Une personne présente dans cette chambre – qui a demandé l’anonymat par crainte de représailles – a confié au Droit que seuls les employés de l’unité où a eu lieu la formation portaient des masques.

«On se touchait les épaules, ça débordait, a indiqué cette personne. La distanciation n’était aucunement respectée, c’était aberrant.»

Selon nos informations, cette formation réunissait notamment des médecins, des inhalothérapeutes, des infirmières et des préposés aux bénéficiaires.

Vendredi 17 avril, trois jours après la formation. Les employés qui ont assisté à cette formation sont avisés par la santé publique qu’ils ont été en contact avec une personne ayant reçu un diagnostic de COVID-19. Plusieurs sont alors retirés de l’horaire de travail. Mais ce n’est pas le cas pour ceux qui oeuvrent au sein de l’unité des soins intensifs de l’Hôpital de Gatineau.

Tous les employés présents à la formation du 14 avril ont reçu la consigne d’être en «quarantaine stricte», nous indique-t-on. Cela signifie qu’ils ne doivent pas se rendre à l’épicerie, même s’ils portent un masque et des gants, a rapporté le membre du personnel à qui nous avons parlé. À la maison, ils doivent s’isoler de leurs proches.

Seule exception à ces consignes: s’ils n’ont pas de symptômes, les employés de l’unité des soins intensifs doivent se présenter au travail même s’ils ont été en contact avec une personne infectée par la COVID-19. Une exigence qui découle du risque de bris de service s’ils s’absentent.

Le président du SPSO, Patrick Guay, juge cette façon de faire illogique.

Le président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais, Patrick Guay

«C’est deux poids, deux mesures, dénonce-t-il. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) perd de la crédibilité, parce qu’on met à risque la santé des autres travailleurs et des patients. Aux soins intensifs, on ne peut pas respecter la distanciation de deux mètres, mais ce sont souvent des patients très, très malades, donc on les met à risque. Les infirmières font attention, mais on les met quand même en contact avec des patients fragiles.»

Selon M. Guay, l’unité des soins intensifs de l’Hôpital de Gatineau est à risque de bris de service entre autres parce que deux professionnelles qui y travaillent normalement sont actuellement affectées au centre désigné COVID-19, situé à l’Hôpital de Hull.

Les explications du CISSSO

Le directeur des ressources humaines du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), Martin Vachon, n’était pas au courant des détails de cette histoire lorsque questionné à ce sujet en point de presse, lundi après-midi. Il a tout de même affirmé que cette procédure est conforme aux directives en vigueur.

«Il est possible que des gens soient contactés par la santé publique et qu’on leur demande de limiter leurs déplacements dans la population, mais qu’on leur demande quand même d’entrer travailler, a confirmé M. Vachon. Cette consigne-là s’applique lorsque les travailleurs sont dans un secteur critique. Donc un travailleur qui est dans un secteur critique, [ça signifie] que s’il ne se présente pas, nous pourrions nous retrouver dans une situation de bris de service.»

M. Vachon a précisé que les employés concernés doivent donc limiter leurs «contacts dans la population», «mais quand même venir travailler en appliquant les règles de sécurité et en portant le matériel de protection».

Dans la plus récente version de ses «recommandations pour la levée des mesures d’isolement des travailleurs de la santé», l’INSPQ indique que les employés asymptomatiques présentant un risque élevé doivent être en «isolement jusqu’à 7 jours après la dernière exposition», après quoi ils peuvent retourner au travail «avec respect des mesures». «En cas de rupture sévère de service, il est possible de retourner au travail avant en respectant les mesures», est-il précisé.

Les mesures en question sont les suivantes: «port du masque de procédure, hygiène des mains stricte, autosurveillance des symptômes avec prise de température deux fois par jour, distanciation physique (p. ex. lors des pauses, heure de repas), pour compléter le 14 jours après la dernière exposition».