Jean-Pierre Desroches est l’un des nombreux travailleurs autonomes à avoir dû fermer boutique temporairement.

Salons de beauté et de coiffure: le gouvernement appelé à l’aide

Les salons de beauté et de coiffure demandent l’aide du gouvernement. Certains ont décidé de fermer leurs portes pour diminuer tous les risques de contamination à la COVID-19 avant d’en être obligés, mais ils ne pourront pas recevoir d’aide financière du gouvernement dans les termes actuels. Ils pourraient perdre tous leurs investissements, même s’ils gardent espoir.

Ces services ne sont pas essentiels pour la population et une grande proximité existe entre le professionnel et le client. Pourtant, le gouvernement Legault ne leur a pas encore demandé de fermer.

Martine Fortin a choisi de fermer temporairement son salon Ongles lumineux, situé à l’Impérial Loft, à Granby. Les six autres personnes qui travaillent avec elle sont aussi travailleurs autonomes et paient un loyer à Mme Fortin. Or, c’est elle qui devra assumer 100 % du loyer pendant la fermeture. Elle a bien tenté de prendre un arrangement avec le propriétaire du bâtiment, sans succès.

« On n’a aucune obligation de fermer parce qu’on est dans une zone grise, mais on correspond à presque tous les critères, dit-elle. Mais le gouvernement ne nous a pas dit d’arrêter de travailler, alors on n’est pas admissible à l’aide financière. On a besoin d’aide. Si on est à la maison, on n’a plus de revenus. C’est très inquiétant, c’est un début de quarantaine qui fait peur », ajoute-t-elle.

Elle comprend tout de même la nécessité de faire sa part pour aplanir la courbe de contamination. Mme Fortin a choisi de fermer son local pour protéger ses clientes, mais aussi les familles de ses collègues et la sienne.

La santé d’abord

Jean-Pierre Desroches, massothérapeute qui a ouvert sa clinique l’Essence Ciel, à Granby en septembre dernier, a décidé de fermer ses portes temporairement mercredi. Les associations de massothérapeutes le conseillaient fortement.

« Par souci pour les personnes que je côtoie — il y en a qui sont immunodéficientes —, je ne veux pas propager ni pour moi, ni pour mon entourage, ni pour ma clientèle ce virus-là. »

Il espère lui aussi l’aide gouvernementale en tant que travailleur autonome. « Je vais faire une demande, puis je vais voir ce que ça va donner. Cependant, je préconise la santé plutôt que l’argent. »

« On a une responsabilité »

Lundi, Inspiration beauté, à Bromont, a aussi fermé et renvoyé à la maison ses deux employés. « On a une responsabilité, confie Sylvie Lévesque, la propriétaire du salon d’esthétisme. On travaille à proximité de la clientèle. Si ça dure, on a quand même des paiements qui continuent, comme le loyer. On attend de voir ce que le gouvernement va faire, mais en même temps, on ne s’attend pas à grand-chose. »

Maude Cotnoir a fermé son salon de coiffure à la fin de la dernière semaine. Comme son salon est dans le sous-sol de sa maison, à Granby, elle voulait éviter qu’un client malade contamine sa famille. Son avantage est, cependant, de ne pas payer de loyer.

« J’ai décidé d’appuyer les mesures, de rester chez nous le plus possible. Les gens sont très compréhensifs. »

Ouverts, mais déserts

Esthétique Derma-Beauté, à Cowansville, et le barbier José Lito Nunez, à Granby, ont décidé de rester ouverts. Du moins pour le moment, car leur clientèle a déserté les lieux.

À Cowansville, Julie McDuff a mis certaines conditions pour recevoir ses clients. Ceux-ci ne doivent pas avoir 70 ans et plus, ils ne doivent pas être revenus de voyage dans les 14 derniers jours et ne doivent pas avoir de symptômes grippaux.

Lundi et mardi, elle a accueilli deux clientes et elle n’a rien à l’agenda jusqu’à vendredi. « Systématiquement, en massothérapie, les gens ont annulé. En esthétique, j’ai encore un peu de circulation. »

Comme l’a demandé son association de massothérapeutes, elle s’assure d’avoir trente minutes entre chaque cliente pour éviter qu’elles se croisent et pour désinfecter la salle.

Mme McDuff a retiré les magazines et remplacé les serviettes à main lavables pour des serviettes de papier et elle exige à ses clientes de se laver les mains avant et après le traitement. Elle porte aussi un masque, comme elle avait déjà l’habitude de faire.

« Je veux que personne ne soit malade, mais pour l’instant je crois qu’avec mes précautions supplémentaires, je peux peut-être avancer comme ça pour cette semaine. »

Elle admet être inquiète par les impacts financiers que la crise peut avoir sur elle et sa clinique. Elle estime qu’elle aura accueilli le quart de sa clientèle cette semaine.

90 % moins de clients

José Lito Nunez a l’impression de faire une quarantaine à son salon autant qu’à la maison, tellement c’est calme.

« Je pense que je vais devoir fermer. Je suis en pleine réflexion de ce que je vais faire pour demain (mercredi), confiait-il en milieu d’après-midi. Je n’ai aucune protection financière, c’est pour ça que j’ai décidé de garder mon salon ouvert. »

En temps normal, il a entre 10 et 15 clients par jours, mais il n’a eu que deux personnes mardi. Il estime que l’affluence a diminué de 90 %.

M. Nunez regarde tout de même l’avenir avec optimisme et ne pense pas devoir fermer définitivement son salon. « Je suis très content que la population respecte les consignes du gouvernement. Tout va rentrer dans l’ordre dans le temps. De toute façon, c’est la vie qui prévaut. »