Selon les profs interrogées, la distanciation sociale de deux mètres entre les écoliers, notamment, n’est pas applicable dans la réalité.
Selon les profs interrogées, la distanciation sociale de deux mètres entre les écoliers, notamment, n’est pas applicable dans la réalité.

Retour en classe des élèves du primaire: inquiétudes sur fond d’anxiété

L’annonce du retour en classe des écoliers du primaire a semé la consternation chez des enseignantes avec qui La Voix de l’Est s’est s’entretenue. Ce sont surtout les mesures sanitaires qui seront difficiles à respecter, selon elles.

« Je ne suis pas contre le retour en classe, mais je suis contre dans la façon que ça se fait pour seulement cinq semaines restantes, alors qu’il n’y aura pas d’apprentissages nouveaux », lance d’emblée Mariette*, professeure en deuxième année du primaire.

Selon les enseignantes interrogées, la distanciation sociale de deux mètres entre les écoliers, notamment, n’est pas applicable dans la réalité.

« Nos classes ne sont pas très grandes. J’ai 20 élèves habituellement. Il faudrait que j’en aie entre six et huit pour respecter la distanciation demandée », soulève Jeanne*. Le gouvernement du Québec a prévu un maximum de 15 élèves par classe.

Et si les groupes doivent être divisés, qui assurera l’enseignement des autres groupes ? se questionnent-elles.

Le gouvernement a demandé à ce que tous les professionnels de l’éducation ayant la santé fragile, ou 60 ans et plus, demeurent à la maison.

« C’est déconnecté. On va les remplacer comment ? demande Jeanne. Oui, on va faire appel à la banque de suppléances, mais ça arrive souvent pendant l’année qu’on ne peut même pas se faire remplacer une journée quand on est malade. On est tellement en pénurie que les personnes en suppléances se font engager vite. »

De surcroît, on recommande de nettoyer les locaux régulièrement et d’éviter de partager crayons et jouets.

« [Mes élèves] ont cinq ans… je vais devoir faire comme une gardienne. Ils vont apprendre quoi tout ce temps-là... à gérer de l’anxiété ? » demande Carole*, enseignante à la maternelle.

De son côté, Mariette ne cache pas sa colère quant à la manière dont le gouvernement gère la situation : « Ça fait 24 ans que j’enseigne, et ça fait 24 ans que je ne suis pas consultée. On est censé être les experts, mais on a toujours le résultat dans la face. »

Gérer le lavage de mains des enfants et voir à ce qu’il n’y ait aucun contact entre eux ajoute davantage de responsabilités pour les profs, ajoute-t-elle.

« Les enfants, c’est spontané, ils vont être heureux de nous revoir. Moi, je vais devoir agir de façon froide et leur dire toujours non. Après, on me dit que c’est pour le bien-être psychologique de l’enfant, alors qu’on va toujours être dans la négation. »

Comme plusieurs de ses collègues, Carole a peur d’augmenter ses risques d’être infectée à la COVID-19.

« Déjà, mon chum est policier, il sort tous les jours. Ma tante est décédée la semaine passée de la COVID », laisse-t-elle tomber.

Le fait qu’aucun masque sera fourni au personnel enseignant indigne Mariette, qui perçoit cette décision comme du mépris envers sa profession. Ceux qui en voudront devront débourser de leurs poches.

« On m’envoie au travail sans protection, c’est du gros bâclage », lance-t-elle.

* Prénoms fictifs