Richard Maziade, propriétaire de la résidence Le Jardin, de Trois-Rivières, en compagnie de ses préposés aux soins.
Richard Maziade, propriétaire de la résidence Le Jardin, de Trois-Rivières, en compagnie de ses préposés aux soins.

Résidences privées pour aînés: «Venez vous inspirer de ce qu’on fait!»

TROIS-RIVIÈRES — La résidence Le Jardin, à Trois-Rivières, abrite 55 personnes âgées. À l’instar de la majorité des résidences privées pour aînés (RPA) du Québec, elle a réussi à contenir la COVID-19 hors de ses murs. Son propriétaire, Richard Maziade, qui agit également comme porte-parole de la Table des RPA de la Mauricie-et-du-Centre du Québec, pèse chacun de ses mots en posant un regard sur la crise. Diplomate, il soutient que l’heure n’est pas à trouver des coupables. Il lance cependant une invitation à nos dirigeants: «ne venez pas nous inspecter, venez vous inspirer de ce qu’on fait!»

M. Maziade déplore qu’un amalgame soit fait entre la crise qui sévit actuellement dans les CHSLD et la situation qui prévaut dans la vaste majorité des résidences pour aînés. Les statistiques tendent à donner du poids à son argumentaire. Dans une lettre ouverte diffusée vendredi, le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) félicitait ses membres de leur «impressionnante efficacité». La lettre souligne, tout en se désolant pour les victimes, que sur les 143 000 aînés qui logent à l’enseigne du réseau privé, ils n’étaient que 500 à avoir contracté la maladie. Sur les 1746 résidences privées pour aînés que compte le Québec, seulement 67 seraient touchées par l’infection, toujours selon le RQRA.

Si dans les circonstances ces statistiques donnent à se réjouir, elles occultent néanmoins le fait que les résidences privés doivent composer sans financement public. La raison d’être de la Table des RPA de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec est précisément de dresser des ponts entre le public et le privé, souligne M. Maziade. «C’est normal que les personnes âgées qui vivent chez nous soient aidées financièrement pour les soins qu’elles reçoivent», plaide le porte-parole. «On ne veut pas avoir de l’argent pour nous autres, on le veut pour les personnes âgées qui perdent de l’autonomie, qui n’ont pas de place dans le réseau, qui restent chez nous. On veut qu’elles aient de bons soins, mais si on les assume, les loyers vont coûter 5000 $ par mois», maintient-il. En voie de trouver des solutions avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ), la pandémie est venue mettre en suspens les démarches du regroupement.

Appelé à poser un regard sur la crise actuelle, M. Maziade déclare que «c’est gentil les hausses de salaire pour les employés, mais ça ne règle rien». Pour lui, la motivation du personnel et la santé des résidents vont de pair et passent par un développement axé sur la qualité des milieux de vie. «Il faut qu’ils arrêtent de gérer la bureaucratie et les statistiques puis de déplacer les personnes âgées d’un endroit à l’autre», soutient-il.

Il raconte que certains de ses employés sont avec lui depuis 25 ans et que d’autres, optant pour de meilleures conditions de travail, ont choisi de quitter le réseau public pour travailler chez lui, même si les salaires y sont moins avantageux.

«On promène les bénéficiaires et les employés d’un endroit à l’autre», déplore encore Richard Maziade. Un style de gestion davantage axé sur l’évaluation que les soins au bénéficiaire, qui a des conséquences négatives sur la santé des usagers du réseau et sur le sentiment d’appartenance du personnel, analyse-t-il. Il se demande incidemment si la pénurie de personnel dont on parle tant ne cache pas plutôt une problématique d’absentéisme.

«Dans nos RPA, où on n’a pas beaucoup de cas, on a un gestionnaire sur place, qui gère les troupes, qui motive le monde», maintient M. Maziade. Il dit avoir refusé de son côté tout nouveau résident depuis le début de la pandémie et se targue d’avoir gardé tout son personnel – une vingtaine de travailleurs. Et qu’au lieu d’avoir à faire face à de l’absentéisme, il a plutôt affaire à des employés désireux de mettre l’épaule à la roue et de faire leur part dans le contexte de crise.

Richard Maziade se questionne enfin sur l’inspection générale du réseau qui vient d’être décrétée, en rappelant que toutes les résidences détiennent un permis d’opérer délivré par les autorités sanitaires. «À partir du moment où tu m’as obligé d’avoir une certification, d’avoir des critères de soins et que tu viens les vérifier ponctuellement, tu as aussi une obligation de dire ‘‘je suis au courant de ce qui se passe là’’», plaide-t-il.

Optimiste, le porte-parole de la Table des RPA de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec dit croire que la pandémie donnera lieu à une profonde remise en question de notre approche de soins aux aînés. «Il faut arrêter de déplacer les aînés, il faut les laisser dans des environnements qu’ils connaissent, puis aller les soigner là. Tu ne peux pas les déménager vers une nouvelle ressource chaque fois qu’ils perdent de l’autonomie, les gens viennent tout désorientés et leur état se dégrade encore», soutient-il. Jusqu’où va M. Maziade dans l’accompagnement de ses résidents dont l’état de santé décline? «Je ne les abandonne pas», offre-t-il pour toute réponse.