Les enfants retourneront progressivement dans leur service de garde habituel à partir du 11 mai prochain.
Les enfants retourneront progressivement dans leur service de garde habituel à partir du 11 mai prochain.

Reprise des services de garde réguliers: «Il y a peu d’emplois aussi valorisants»

Malgré la reprise graduelle des services de garde réguliers annoncée par le gouvernement Legault, la pandémie de la COVID-19 amène plusieurs éducatrices à reconsidérer leurs options. Véritable passionnée de son métier, une sexagénaire interrogée par La Voix de l’Est rejette toutefois catégoriquement l’idée d’une retraite hâtive.

« J’adore les enfants, il y a peu d’emplois aussi valorisants. Les enfants disent qu’ils nous aiment plusieurs fois par jour, ils sont heureux de nous voir. À mes yeux, ça vaut beaucoup », a expliqué Lucie*, qui travaille à partir de sa résidence à Upton.

La dame de 64 ans accueillera même de nouveaux poupons l’automne prochain et elle compte les accompagner jusqu’à leur entrée à l’école. « Je suis en bonne santé. Je fais de l’arthrose, mais je ne prends aucun médicament. [...] Pour moi, l’âge n’a pas d’importance », a-t-elle affirmé.

Afin d’être prête pour le 11 mai, Lucie a pris l’initiative de fabriquer ses propres masques, en plus de se procurer des gants et des visières. Elle estime néanmoins que certaines consignes sanitaires pourront difficilement être suivies à la lettre.

« C’est impossible de toujours garder une distance de deux mètres avec les enfants, par exemple lorsqu’ils jouent ou pendant le changement de couche. Mais c’est certain qu’on va éviter de leur faire des câlins au niveau du visage. »

Inquiétudes dans les CPE

Nadia* œuvre comme éducatrice dans un Centre de la petite enfance (CPE) de Granby qui est actuellement converti en service de garde d’urgence. Puisqu’elle désire aussi protéger sa propre famille, la femme de 32 ans est heureuse de savoir que les consignes sanitaires seront resserrées pour le retour de la clientèle régulière. Elles viendront néanmoins alourdir la tâche d’employés qui en ont déjà plein les bras.

« Présentement, j’ai des collègues qui s’occupent de désinfecter nos locaux à temps plein, le matin et l’après-midi. Est-ce qu’elles devront recommencer à s’occuper des enfants ? On a plein d’idées, nous sommes créatives, mais tout ça ajoute à nos inquiétudes », explique la Granbyenne.

« On travaille avec des petits humains très précieux. On ne veut pas que leur cheminement écope à cause de la crise. » Nadia estime par ailleurs que les ratios imposés dans les différents milieux de garde pénaliseront de nombreux parents qui souhaitent retourner au travail.

Les deux éducatrices feront néanmoins contre mauvaise fortune bon cœur au cours des prochains mois.

« Il faut penser au bien-être des enfants et rester optimistes », conclut Lucie.

* Des prénoms fictifs ont été utilisés puisque les intervenantes sondées désiraient préserver leur anonymat

Directrice générale du bureau coordonnateur Familigarde, France Aubry croit qu’on pourra tirer du positif de l’expérience des services de garde d’urgence, lancés à la mi-mars.

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SOUTENIR DES «MAILLONS ESSENTIELS DU SYSTÈME»

Directrice générale du bureau coordonnateur Familigarde, France Aubry reconnaît que certaines éducatrices sont inquiètes à l’approche de la fameuse date du 11 mai. La gestionnaire granbyenne souhaite néanmoins rassurer celles qu’elles considèrent comme des « maillons essentiels du système ».

« Certaines éducatrices ont hâte de revoir les enfants et souhaiteraient même retrouver toute leur clientèle. Mais d’autres ont des craintes, et c’est parfaitement normal. Nous restons des humains », a affirmé la DG de Familigarde, notamment responsable de 158 services de garde en milieu familial subventionnés sur le territoire de la Haute-Yamaska. 

Mme Aubry confirme que plusieurs éducatrices dans la soixantaine réfléchissent à la possibilité de se réorienter, ou tout simplement prendre leur retraite plus tôt que prévu.

La Granbyenne croit cependant qu’on pourra tirer du positif de l’expérience des services de garde d’urgence, lancés à la mi-mars.
Familigarde gère aussi un CPE qui compte normalement 60 places.

Au cours des dernières semaines, son équipe a côtoyé jusqu’à 15 enfants dont au moins un parent contribue à offrir un service essentiel.

« Ce qui fonctionne bien dans les installations, on pourra le transposer en milieu familial », a-t-elle fait valoir. 

France Aubry est également bien consciente de la situation tendue dans le secteur non subventionné.

« J’ai parlé à plusieurs parents dont les milieux privés vont fermer puisqu’ils ne peuvent pas fonctionner à 50 % et sans compensation. Ces responsables devraient vraiment considérer l’option de se faire accréditer. Tout le monde en sortirait gagnant », a-t-elle plaidé. 

Mme Aubry estime qu’une cinquantaine de services de garde en milieu familial pourraient s’ajouter au réseau reconnu et subventionné en Haute-Yamaska, ce qui permettrait d’offrir jusqu’à 300 places supplémentaires.  

« C’est certain qu’il faut respecter le processus d’accréditation, faire les choses de la bonne façon. Mais les besoins sont définitivement là. »