Le plan de réouverture des écoles a été annoncé, lundi.
Le plan de réouverture des écoles a été annoncé, lundi.

Réouverture des écoles: Legault et Arruda défendent leur position

Le premier ministre François Legault et le Dr Horacio Arruda ont dû défendre leur position sur la réouverture des écoles, mardi, au lendemain de la publication de la mise en garde de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) sur l’immunité de groupe et le retour des enfants à l’école.

Lors de son point de presse, jeudi dernier, le premier ministre avait abordé le sujet de la réouverture des écoles en expliquant notamment le concept de l’immunité naturelle. 

«Vous voyez, la situation est beaucoup plus sous contrôle si on arrive à avoir une partie de la population qui est immunisée. C’est ce que les spécialistes appellent l’immunité naturelle. Donc, ce qu’on a fait au cours du dernier mois, c’est de ralentir la propagation […]. Par contre, si tout le monde reste à la maison, la situation reste la même, et on se retrouve dans une situation où on doit attendre le vaccin, qui va arriver peut-être dans un an, peut-être dans deux ans. On ne peut pas demander aux gens de rester chez eux pendant deux ans. Donc l’idée, c’est d’y aller très graduellement pour que les personnes qui sont moins à risque puissent développer des anticorps, être capables de devenir immunisées», avait exposé François Legault le 23 avril.

Lorsque le plan de réouverture des écoles a été annoncé, lundi, le concept d’immunité collective n’était plus présenté comme un argument. «C’est ce que l’on souhaite tout le monde [que les gens qui l’ont eue soient protégés] sinon ça pourrait même être difficile d’avoir un vaccin. On ne doit pas prendre notre décision sur cette base-là. Ça sera un bénéfice secondaire si jamais c’est le cas. On ouvre nos écoles pour des raisons sociales et parce que la situation est sous contrôle dans le système hospitalier», a alors nuancé le premier ministre.

L’avis de l’INSPQ sur l’immunité de groupe et le retour des enfants à l’école a été diffusé tard lundi, après les deux points de presse du gouvernement Legault. Dans cet avis, l’INSPQ souligne qu’il «peut être tentant de retourner l’école pour qu’ils acquièrent l’infection et développent une immunité qui protégerait la population adulte. Cependant, une telle approche est également à risque de provoquer une forte augmentation de la maladie dans la population adulte sans pour autant créer une immunité de groupe.»

Selon l’INSPQ, dans le contexte actuel, pour empêcher que le retour à l’école ou au service de garde s’accompagne d’une recrudescence de la transmission chez l’adulte, ce retour devra se faire tout en maintenant de fortes mesures de distanciation physique. 

Lors de son point de presse, mardi, François Legault a assuré que le gouvernement n’appuyait pas «cette base-là [la stratégie de l’immunité de groupe]». «On dit que c’est une possibilité, mais on n’a pas de preuve que ça fonctionne. Donc, comme je l’ai expliqué hier pour la réouverture des écoles, les critères qu’on a suivis pour rouvrir les écoles n’incluaient pas l’immunité collective. Donc, je ne vois pas une grande différence entre ce qu’on dit puis ce que dit l’institut», a dit le premier ministre. 

Le directeur national de santé publique a renchéri : «Je voudrais vous dire que, des fois, il y a une interprétation dans les propos où on oppose, notamment, notre position à celle de l’OMS ou du Canada. On est exactement sur la même longueur d’ondes, si vous me permettez, dans les faits. Les gens ont dit d’être prudents, c’est ce qu’on fait», a dit le DArruda, ajoutant que «tout le monde aurait rêvé d’un virus qui donnerait une immunité collective parce qu’on n’a pas de vaccin». 

«Puis là, on n’a pas de vaccin pour un bon bout, on n’a pas de traitement non plus puis on sait qu’on ne pourra pas rester confinés», a-t-il ensuite exposé.

«Question de balance d’inconvénients»

Questionné sur les propos du premier ministre ontarien, qui a dit mardi qu’il n’était pas question de suivre l’exemple du Québec avec la réouverture des écoles parce que son gouvernement ne voulait «pas mettre les enfants en danger», François Legault a répondu que «si on parle, par exemple, des enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, c’est une question de balance d’inconvénients». 

Il y a, selon lui, «beaucoup plus de risques de les priver d’école pendant six mois que le risque qu’on leur fait courir de conséquences graves de retourner à l’école». 

Le Dr Horacio Arruda a pour sa part cité certaines données récentes qui tendraient à démontrer que les enfants, peu malades de la COVID-19, ne deviendraient pas de très grands transmetteurs de la maladie, contrairement à l’influenza, par exemple. 

«Il y a quand même toujours de la prudence à faire, c’est pour ça qu’on ne les remet pas tout le monde ensemble, collés les uns sur les autres, et qu’on veut de la distanciation, mais je ne pense pas qu’on fasse vivre à nos enfants un risque important en lien avec la COVID-19. Au contraire, on va permettre à certains enfants plus vulnérables d’avoir accès à de la nourriture [NDLR: les enfants devront apporter leur lunch à l’école, selon la lettre transmise aux parents par le ministre de l’Éducation], à de la pédagogie importante pour ne pas que des retards éducationnels se fassent, puis qu’on ait toute une série de jeunes décrocheurs, parce qu’ils vont avoir de la difficulté à aller au secondaire, éventuellement», a dit le Directeur national de santé publique. 

«Augmentation de la transmission dans la communauté»

Pour le DArruda, il est clair qu’il va «y avoir une augmentation de la transmission dans la communauté», et qu’il pourrait «y avoir des personnes qui décéderaient». «Mais la réouverture progressive veut minimiser cet élément-là. Il n’y a personne qui va vous dire qu’il n’y aura aucun cas de transmission. […] Oui, il va y avoir des cas. C’est ce qu’on appelle un risque pondéré», a-t-il dit.

«Et n’oubliez pas qu’on fait une stratégie, on ne demande pas aux gens qui sont à risque de se déconfiner ou d’aller travailler. Nous prenons les personnes qui vont peut-être l’attraper, mais qui vont avoir le moins d’impact sur leur vie comme telle. Certains vont faire la maladie de façon asymptomatique, certains pourront avoir besoin d’être hospitalisés […]. Le virus, il est ici, puis il est ici pour longtemps», a ajouté le Dr Arruda. 

Pour le directeur national de santé publique, dans une société, il n’y a pas que les maladies infectieuses. L’économie, l’argent, la santé mentale, «ce sont des déterminants de la santé», a-t-il rappelé. «Je veux éviter des suicides chez des propriétaires de PME, des divorces parce que ça va mal et de la violence faite aux enfants.» 

La fameuse courbe, oui, elle va augmenter, «c’est sûr, on va faire de la circulation». «Mais ce qu’on veut, c’est maintenir la courbe aplatie à un assez bas niveau pour ne pas surcharger notre système de soins, éviter une amplification, d’où l’importance que chacun fasse ce qu’il a à faire» pour éviter la transmission du virus, a résumé le Dr Arruda.