Depuis quelque temps, le prix de l’essence au litre a chuté dramatiquement pour se situer bien en deçà du dollar.
Depuis quelque temps, le prix de l’essence au litre a chuté dramatiquement pour se situer bien en deçà du dollar.

Prix du carburant: peut-on connaître d’autres baisses?

Depuis quelque temps, le prix de l’essence au litre a chuté dramatiquement pour se situer bien en deçà du dollar. Est-ce une situation qui perdurera ou est-ce que le prix continuera à dégringoler?

Selon le Relevé quotidien des prix de l’essence ordinaire de la Régie de l’Énergie du Québec, le prix moyen du litre d’essence ordinaire se situe entre 81 ¢ et 84 ¢ dans la région de la Capitale-Nationale et en Estrie, à environ 74 ¢ au Saguenay, à 79 ¢ dans la Côte-Nord, à 86 ¢ en Mauricie et entre 81 ¢ et 86 ¢ en Outaouais. Des prix jamais vus depuis 2003.

De plus, ces prix sont les prix «officiels» de la Régie de l’Énergie. Il est probable que les pompes à essence affichent un prix plus bas. À Québec, sur le boulevard Hamel près du centre commercial Fleur de Lys, le poste d’essence Petro-Canada affichait 80,4 ¢ le litre d’essence ordinaire, la station Ultramar voisine, 80,9 ¢.

«Il s’agit d’une situation extrêmement volatile», explique Carol Montreuil, vice-président pour l’Est du Canada de l’Association canadienne des carburants (ACC). «Ça peut descendre aussi bas qu’à la fin de 1999, où le prix de l’essence ordinaire était à moins de 60 ¢ le litre! Personne n’a de boule de cristal», ajoute-t-il.

Le plus ironique dans tout cela, c’est que cette dégringolade généralisée du coût du carburant survient au moment où tout le monde (ou presque) est forcé à demeurer chez soi. En plus de la guerre de prix entre l’Arabie Saoudite et la Russie, qui a causé la récente chute du prix du brut, la baisse de demande causée par les mesures de confinement obligatoire a fait tomber le prix des carburants fossiles.

«Ça, on ignore quand ça va arrêter. Est-ce que les mesures de confinement vont durer deux mois? Six mois? On ne le sait pas. On ne sait pas non plus lorsque les gens pourront sortir à nouveau de chez eux s’il y aura une explosion de la demande. Est-ce que la période des vacances causera une hausse de la demande? On espère atteindre quand même le point d’équilibre assez rapidement», plaide M. Montreuil.

Le porte-parole de l’ACC souligne que l’aviation a pratiquement réduit à néant son trafic. Les mouvements des véhicules de particuliers se situent sous la moitié d’avant la crise de la COVID-19. «Il y a juste le diesel qui n’a pas connu de baisse de demande, à peu près 20 à 25 % de moins, car les compagnies de camionnage continuent malgré tout de transporter des denrées», analyse-t-il. «Cela devient un cauchemar logistique, notamment pour les raffineries.»

M. Montreuil s’inquiète notamment de la surproduction dans les raffineries et surtout quand devront-elles ralentir la cadence, voire stopper la production de carburant. «La question est : quelles raffineries devront fermer? Il y en a eu une qui a été mise en veille à Terre-Neuve-et-Labrador récemment. Ces usines-là doivent fonctionner minimalement à 50 ou 55 % de leur capacité. Sinon, elles doivent s’arrêter si ça descend en bas de ce seuil. Et quand une raffinerie ferme, elle ne risque pas de repartir ensuite.»


« Ça peut descendre aussi bas qu’à la fin de 1999, où le prix de l’essence ordinaire était à moins de 60 ¢ le litre! Personne n’a de boule de cristal »
Carol Montreuil, vice-président pour l’Est du Canada de l’Association canadienne des carburants (ACC)

Fixation des prix

Le vice-président de l’ACC souligne que les gens montrent du doigt les pétrolières lorsque le prix à la pompe vient à jouer au yo-yo. «Depuis 10 à 15 ans, la situation a beaucoup changé dans le milieu des essenceries. De plus en plus, elles sont détenues par des indépendants, lire ici les Couche-Tard, Sobeys ou Loblaws, qui exploitent des bannières de pétrolières, comme Ultramar, Shell ou Esso. Ce sont ces indépendants qui fixent les prix dans les essenceries. Il y a même Costco qui a ses essenceries», explique-t-il. «Avant, par exemple, Ultramar exploitait la raffinerie de Saint-Romuald [à Lévis] et avait son réseau de distribution. Quand l’américaine Valero s’est portée acquéreuse des installations de raffinage, elle ne voulait rien savoir des essenceries. C’est à ce moment que celles-ci ont été revendues à des réseaux de dépanneurs ou des distributeurs en alimentation, entre autres.»

Une chose est sûre, les taxes, quant à elles, ne changent pas. La taxe sur les produits et services (TPS) et la taxe de vente du Québec (TVQ) sont calculées selon le taux de 5 % et de 9,975 %. 

Par contre, la taxe d’accise fédérale (10 ¢ le litre pour l’essence ou 4 ¢ pour le diesel) et la taxe sur les carburants provinciale (19,2 ¢ le litre pour l’essence ou 20,2 ¢ pour le diesel) sont des montants fixes qui peuvent être réduits ou majorés selon l’emplacement des postes d’essence. Par exemple, la proximité d’une frontière (provinciale ou américaine) ou certaines zones spécifiques font réduire la taxe provinciale, alors que les essenceries situées sur le territoire de l’Autorité régionale de transport métropolitain ou aux Îles-de-la Madeleine verront cette taxe majorée. 

La TPS et la TVQ sont calculées après ces taxes de l’État. Ce sont les seules taxes qui varient en fonction du prix de l’essence.

Sur Internet : Relevé quotidien des prix de l’essence ordinaire de la Régie de l’Énergie du Québec