À une semaine de la réouverture de la centaine d’écoles primaires de la région, les commissions scolaires de l’Outaouais n’ont pas toutes opté pour le même plan en ce qui a trait au matériel de protection pour le personnel, notamment pour la distribution de masques.
À une semaine de la réouverture de la centaine d’écoles primaires de la région, les commissions scolaires de l’Outaouais n’ont pas toutes opté pour le même plan en ce qui a trait au matériel de protection pour le personnel, notamment pour la distribution de masques.

Port du masque pour les enseignants: une distribution systématique seulement à la CSCV

À une semaine de la réouverture de la centaine d’écoles primaires de la région, les commissions scolaires de l’Outaouais n’ont pas toutes opté pour le même plan en ce qui a trait au matériel de protection pour le personnel, notamment pour la distribution de masques. Une situation déplorée par un syndicat, qui affirme «qu’absolument rien ne pourra être laissé pour compte».

La présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais (SEO), Suzanne Tremblay, avertit que les pratiques des employeurs seront surveillées de près et ce, dès cette semaine, alors que les enseignants retournent physiquement dans les établissements pour préparer le terrain en vue de l’arrivée des enfants le 11 mai.

«Les gens ne doivent pas se sentir comme s’ils avaient à supplier l’employeur, ce n’est pas normal. Les commissions scolaires ont aussi leur bout de chemin à faire. On ne pourra aucunement négliger la protection du personnel enseignant. Nous sommes en situation de pandémie, alors c’est certain qu’il y a de l’inquiétude. Mais plus on va augmenter le sentiment de sécurité, plus le retour sera facile», s’exclame-t-elle d’emblée.

À l’heure actuelle, seule la Commission scolaire au Coeur-des-Vallées (CSCV) fournira systématiquement des masques à tous ses employés, soit deux réutilisables de modèles différents pour chaque personne. Son utilisation sera cependant sur une base volontaire. 

«Il n’y a pas d’obligation, mais c’était important pour nous d’être proactif. On savait qu’un jour ou l’autre, il y aurait un retour (à l’école), et que même si ça avait été en septembre, ce serait illusoire de penser que ce sera une rentrée comme on a connu durant les 50 dernières années. On voulait se préparer et on avait déjà consulté l’ensemble des employés sur leurs préoccupations à l’aide d’un questionnaire. On a eu un taux de réponse de 75% avec beaucoup de commentaires, ça nous a alimenté. [...] C’était important pour nous que lorsque la date serait fixée, les gens puissent avoir confiance, qu’ils sentent que leur santé est prise en compte, et par le fait même, celle des élèves. C’était unanime concernant les masques», affirme le directeur général Daniel Bellemare. 

Concédant que la situation est surréaliste puisqu’on parle d’écoles et non d’hôpitaux, ce dernier affirme que la commission scolaire a «dans la mesure du possible tout mis en place pour assurer la sécurité et la santé de tout le monde» avec entre autres l’achat, en plus des masques, de visières, de gants, de liquide désinfectant, de blouses médicales, de blocs sanitaires temporaires, de distributeurs d’eau sans contact et de poubelles avec couvercle. 

«On a des échanges constants avec les instances syndicales et on est capable de bonifier ce qu’on met en place. Je suis certain que même si au final on a l’impression d’avoir pensé à presque tout, il va falloir se réajuster quand on va le vivre», dit-il. 

Si le SEO salue l’initiative de la CSCV, il est cependant plus critique envers le plan déployé par les commissions scolaires des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) et des Draveurs (CSD). Celles-ci ont opté pour remettre à chaque école une trousse dans laquelle on retrouve du matériel qui sera à la disposition de toute personne qui en fait la demande et le juge nécessaire. Toutes deux assurent que les quantités seront suffisantes pour tous les employés de chaque école.

Après avoir d’abord indiqué vendredi que la CSPO et la CSD refusaient catégoriquement de fournir des masques, le SEO a nuancé sa position après qu’il y ait eu des développements au cours de la fin de semaine. Les deux commissions scolaires ont confirmé au syndicat qu’elles allaient fournir des masques à tous ceux qui en ont la demande.

Suzanne Tremblay, présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais

Le syndicat avertit cependant que la stratégie des trousses «n’est pas suffisante» et ajoute que ce n’est pas aux enseignants de fournir le matériel car «les profs ont assez payé de leur poche, que l’employeur a une responsabilité via-à-vis la sécurité du personnel». 

«S’il y a un besoin, il faut que le prof puisse y avoir accès dans sa classe, il ne faut pas que ce soit à l’autre bout du corridor, sinon ce n’est pas utile. Les commissions scolaires disent qu’ils respectent les règles du ministre, mais ce n’est pas parce que M. Roberge ne veut rien savoir qu’ils doivent l’écouter. Elles ont une responsabilité politique et devraient lui passer le message qu’il doit leur donner les moyens financiers pour payer le matériel, qu’il doit revenir sur sa décision», affirme Mme Tremblay.

La directrice générale de la CSPO, Nadine Peterson, soutient qu’il est difficile de comparer une commission scolaire 18 000 élèves avec une autre dont la clientèle est de 6000 puisque les réalités ne sont pas exactement les mêmes. 

«Le ministre dit qu’il n’en fournira pas, oui, c’est l’aspect technique de la chose, mais pour l’aspect bienveillance, on est allé au-delà de ça. C’est juste que nous ne sommes pas sur la place publique pour dire combien de masques on a commandé. On a trouvé des masques pour chacune de nos trousses d’urgence dans les écoles et du matériel de protection pour le personnel dans les classes spécialisées pour qui la distanciation sociale ne sera pas possible. Nous avons suivi la recommandation de la santé publique, mais ceci dit, même s’il n’y aura pas de distribution d’office, il y en aura pour tout ceux qui en font la demande. [...] Il y a aussi une tonne d’enseignants qui ont déjà des masques en tissu. Je veux rassurer les gens: s’ils parlent à leur directions respectives, ils sont déjà au courant de nos commandes», lance-t-elle.

Du côté de la CSD, la directrice générale Manon Dufour soutient qu’elle «persiste et signe» et que le but n’est pas de faire «du mur à mur» pour la distribution de matériel de protection. 

Manon Dufour, directrice générale de la CSD

«On veut vraiment y aller selon les besoins. Avec les trousses pour l’ensemble des écoles, il y a suffisamment de matériel de base pour n’importe qui souhaitant s’en procurer. Je pense que chaque milieu a des besoins différents. Par exemple, une enseignante en esthétique coiffure a non seulement besoin d’une chemise, mais aussi de gants, d’une visière, d’un masque et de lunettes de protection, alors que de l’autre côté, l’enseignant en dessin de bâtiment, dépendant du nombre d’élèves, il pourrait dire qu’il n’en a pas besoin. Une enseignante de première année qui n’a que cinq élèves pourrait dire qu’elle n’en a pas besoin dans la classe, mais qu’elle souhaite en avoir un dans la cour de récréation ou à la salle de bain. Qui suis-je pour dire à un enseignant X qu’il ne se retrouvera jamais à deux mètres d’un élève? Un enfant peut s’écorcher le genou dehors et on doit s’en approcher, par exemple», explique-t-elle.

La gestionnaire, qui dit comprendre que cette situation inédite suscite de l’anxiété, tient à préciser que «le personnel est de l’or» pour elle et que leur sécurité lui tient à coeur.

À la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais (CSHBO), on a également choisi cette avenue. 

«Il va y avoir de l’équipement disponible dans chacune des écoles. Tout le monde qui va vouloir s’en procurer pourra le faire, on ne manquera pas de matériel pour personne. Je pense que les directives du ministère sont claires, maintenant il appartient à chaque commission scolaire de s’ajuster selon son milieu, par exemple nous c’est rural et les écoles sont dispersées. Même sur le territoire d’une même commission scolaire, c’est difficile d’appliquer du mur à mur», note le directeur général Denis Rossignol.