Amélie Dubois est aux premières loges pour constater le désarroi de certains entrepreneurs, elle qui a choisi d’offrir gratuitement conseils et oreille aux entrepreneurs en cette période sombre.
Amélie Dubois est aux premières loges pour constater le désarroi de certains entrepreneurs, elle qui a choisi d’offrir gratuitement conseils et oreille aux entrepreneurs en cette période sombre.

Petites et moyennes entreprises: tirer profit de la crise

La distanciation sociale décrétée par Québec pour limiter la propagation du coronavirus fait grand mal aux petites et moyennes entreprises (PME) d’ici. Celles-ci pourraient toutefois tirer leur épingle du jeu si elles parviennent à transformer l’adversité en opportunité.

Un sondage dévoilé mardi par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) indique que plus de la moitié (50,3%) des PME québécoises ont connu une baisse de leur chiffre d’affaires directement causé par la pandémie de la COVID-19. Pire, le quart (26%) des répondantes pourraient être contraintes de mettre la clé sous la porte si cette baisse de revenus persiste plus d’un mois.

«Les impacts économiques de la COVID-19 coûtent en moyenne environ 53 000 $ aux PME québécoises et touchent principalement les secteurs de l’hébergement/la restauration, des arts et loisirs, de la vente au détail et des services personnels», indique la FCEI dans un communiqué.

D’ailleurs, le sondage révèle que 44% des PME québécoises ont dû réduire les heures de travail de leurs employés, et près d’une sur cinq (18-20%) ont été contraintes de mettre certains de leurs travailleurs à pied temporairement pour absorber les contrecoups de ce ralentissement économique imprévu.

«Nos entreprises subissent les mêmes impacts qu’ailleurs, confirme Véronique Côté, directrice générale de la Chambre de commerce Au coeur de la Montérégie (CCCM). Elles se retrouvent avec un problème de liquidités, une baisse de leur chiffre d’affaires et une diminution de l’achalandage. Elles sont aussi face à la rareté de la main-d’oeuvre, qui était déjà problématique, mais amplifiée par le fait que des employés doivent demeurer à la maison avec leurs enfants.»

Amélie Dubois, propriétaire de la firme de développement des affaires à son nom, est aux premières loges pour constater le désarroi de certains entrepreneurs, elle qui a choisi d’offrir gratuitement conseils et oreille aux entrepreneurs en cette période sombre.

«Les pertes sont énormes. J’ai eu des appels de clients en larmes... C’est de l’émotion, du stress, de la panique», confie-t-elle.

Pour soutenir les commerces locaux, la Chambre de commerce Haute-Yamaska a mis sur pied une campagne d’achat local sur Instagram, en misant sur l’achat en ligne de cartes-cadeaux.

Solidarité et écoute

Le sondage de la FCEI spécifie que 41% des PME de la province ne pourront pas enregistrer de ventes si celles-ci ne peuvent pas être faites en personne.

Pour les soutenir, la Chambre de commerce Haute-Yamaska a mis sur pied une campagne d’achat local sur Instagram, en misant sur l’achat en ligne de cartes-cadeaux. «On espère créer un petit mouvement à l’échelle régionale, tout ça en respectant la demande du gouvernement de limiter nos déplacements dans les commerces, explique Claude Surprenant, directrice générale. Par exemple, si tu allais prendre un café tous les jours dans un restaurant, en attendant d’y retourner, tu pourrais acheter une carte-cadeau de ce commerçant-là. Ça pourra l’aider et tu pourras l’utiliser au moment d’y retourner.»

«C’est à nous, comme municipalités, comme MRC, et comme communauté de nous tenir ensemble», ajoute-t-elle.

Cet élan de solidarité va au-delà des simples affaires. Dans une vidéo diffusée sur les médias sociaux mardi matin, le président de la CCCM, Mathieu Halle, encourage bien sûr la population à consommer les produits offerts par les entreprises locales, mais il lance également un appel à l’écoute. «On dit souvent que les entrepreneurs sont seuls quand il s’agit de prendre des décisions, d’autant plus dans des situations qu’on n’a jamais vécues auparavant, affirme-t-il. Mais ici, on pense à vous, on pense aussi à votre santé mentale. Au niveau de la Chambre de commerce, s’il vous passe des idées noires, que vous avez besoin de discuter avec des gens, on sera là pour vous. Gardez le moral; c’est une mauvaise passe, mais on va être capables de la surmonter.»

«Dites à nos commerçants que vous les aimez: c’est vraiment difficile pour eux», plaide Mme Dubois.

Cap sur l’innovation

Consciente de la gravité de la situation, Claude Surprenant croit toutefois que les entrepreneurs les plus innovants sauront tirer leur épingle du jeu. «J’ose espérer que nos gens vont jouer de créativité et d’ingéniosité en tournant la situation à leur avantage et en expérimentant des nouvelles façons de faire», affirme-t-elle, d’autant plus qu’il existe plusieurs subventions et crédits d’impôt actuellement en vigueur pour soutenir l’innovation des PME.

Pour sa part, Amélie Dubois joue les entremetteuses en mettant à profit son vaste réseau de contacts.

«On essaie d’écouler les produits du mieux qu’on peut. Par exemple, l’agneau de un est vendu par l’autre, la salade de fruits d’un traiteur vendue par l’autre restaurateur, illustre-t-elle. On a des marchands qui acceptent des produits locaux qu’ils ne vendent pas normalement pour diminuer les pertes. Ceux qui devaient vendre au marché public sont pris avec leurs produits périssables. Ce sont des milliers de dollars en pertes sinon.»