Atteinte d’un cancer incurable, Mélissa Fay profite de la quiétude de la nature avec son conjoint et leurs deux enfants. 

L’isolement et la robe de Mélissa

CHRONIQUE / «Qui aurait cru que je passerais mes derniers jours en isolement pour ne pas attraper un des virus les plus mortels qu’on n’ait jamais vus depuis des générations?»

Mélissa Fay pose la question même si elle connaît déjà la réponse. Personne n’aurait pu imaginer pareille situation. Une injustice dans son cas. Ce n’est pas elle qui le dit. C’est moi qui l’écris.

Je vous ai raconté son histoire en janvier dernier, dans une chronique intitulée Le choix de Mélissa. Ça semble si près et si loin. Le temps est en suspens depuis que la maladie à coronavirus est venue tout chambouler. Nos plans et les siens. Nous, ça peut toujours attendre, mais Mélissa, elle, n’a pas une journée à perdre.

Atteinte d’un cancer incurable, la jeune femme de 36 ans a décidé de mettre fin à ses traitements afin de consacrer toutes ses énergies à sa famille et à préparer sa fin de vie.

Je l’avais rencontrée au lendemain de la publication d’un texte qu’elle signait sur son blogue. Mélissa y expliquait le fruit de sa profonde réflexion. Ses mots étaient aussi touchants que percutants.

«J’ai besoin de ces quelques mois pour finaliser ma boucle... On ne sait pas quand la grosse souffrance arrivera», m’avait-elle confié avant d’ajouter qu’elle avait l’intention de faire le plein de souvenirs avec Frédérick, son mari, et leurs deux enfants, Molly et Nolan.

Lundi matin, Mélissa a repris la plume alors qu’une pandémie l’oblige à réviser sa liste de souhaits.

Son système immunitaire est fragilisé par le cancer et la médication qu’elle doit prendre pour diminuer l’enflure engendrée par les métastases au cerveau. Ce n’est donc pas le temps de l’exposer aux risques de la COVID-19.

Mélissa connaît trop bien le danger. Ces jours-ci, moins Frédérick se rend à l’épicerie, mieux elle se sent.

«La semaine dernière, ça me stressait beaucoup... Je n’ai pas bien dormi. Tout me rattrapait en même temps. C’est comme si je réalisais davantage ce qui se passait.»

Inquiets, ses enfants posaient également beaucoup de questions. Le frère et la sœur n’ont pas besoin du coronavirus dans leur vie, déjà qu’ils doivent apprendre à accepter le fait que leur courageuse maman planifie doucement son absence.

«On a décidé de changer d’air.»

Depuis quelques jours, Mélissa et son inséparable trio prennent le temps de respirer dans un chalet de Saint-Mathieu-du-Parc. Réfugiés au cœur de la nature, ils contemplent la lumière qui rejaillit du lac gelé. Le poids du stress sur leurs épaules a pris le large. Ici, la petite famille n’a pas le réflexe d’ouvrir le téléviseur où le virus occupe toute la place.

«Dès que je suis arrivée, mon niveau d’anxiété a baissé.»

Mélissa Fay dit pratiquer la patience et «le lâcher-prise intense» pour l’aider à traverser l’épreuve de la pandémie.

Elle n’est pas moins attristée devant la tournure des événements. Des amis devaient venir leur rendre visite dans cette petite oasis hivernale. Impossible.

«J’imagine qu’à un moment donné, on va avoir un break et on va pouvoir se revoir», se résigne-t-elle non sans une pointe de frustration dans la voix.

«Je ne veux pas vivre le reste de mes jours dans une bulle de verre, sans personne», a écrit Mélissa qui respecte néanmoins les consignes gouvernementales, même si cela implique d’annuler une grande fête, au début du mois d’avril, avec une soixantaine de ses proches, petits et grands.

Mariés depuis 13 ans, Mélissa et Frédérick désiraient renouveler leurs vœux devant les parents et amis. Le couple et leurs deux enfants devaient échanger des bagues afin de symboliser leur union familiale.

Au cours des dernières semaines, Mélissa a créé un montage avec des photos, a composé des textes, a réservé le restaurant, a prévu des cadeaux pour les invités, a acheté une belle robe qui la faisait rêver..

«Ça devait être une fête de l’amour!»

Ça vient de tomber à l’eau en raison, bien entendu, de la satanée COVID…

Pas complètement en fait, me reprend Mélissa qui tiendra une cérémonie virtuelle en direct de la maison et avec l’aide de sa petite famille.

«On va décorer la maison et on va se filmer. On a mis tellement d’énergie là-dedans.»

La jeune femme promet aussi d’enfiler sa robe magnifique. «Je ne peux pas ne pas la mettre…»

Je l’entends sourire au bout du fil.

Mélissa a toujours eu le sens de l’organisation. Ce n’est pas la maladie qui va l’arrêter même si elle n’a plus la force d’avant. «Ça me prend des petits projets pour me donner le goût de me lever le matin.»

Ne sachant pas comment le cancer va évoluer, elle refuse aujourd’hui de baisser les bras devant la menace du virus.

«Quand ton temps est compté et que tu le sais, c’est plutôt difficile d’être patient…»

Mélissa va bien dans les circonstances. Son état est stable. «J’apprends à vivre avec mes étourdissements et je suis capable de me projeter à l’été.»

La plus belle des saisons pour retourner au chalet. Avec tout son monde cette fois.