Le maire de Québec Régis Labeaume
Le maire de Québec Régis Labeaume

Les préparatifs de l'après COVID-19 déjà en branle à Québec

Régis Labeaume le répète à chaque point de presse: «Il faut penser à l’après-crise». À ce chapitre, la Ville de Québec fait figure de leader avec la préparation d’un plan de rétablissement vers une vie… presque normale.

«Le rétablissement, c’est le parent pauvre des différentes phases d’une crise.» Julie-Maude Normandin est doctorante en politique de gestion de crise. Elle est aussi codirectrice de Cité-ID Livinglab en gouvernance de la résilience urbaine à l’École nationale d’administration publique. 

À la suite des inondations majeures du printemps 2017, elle a travaillé de concert avec l’Association de la sécurité civile du Québec (ASCQ) pour préparer un plan municipal de rétablissement standard. Ce qu’elle appelle un plan «tout risque». «Le but était d’améliorer les pratiques municipales pour l’ensemble des gestions de crise. On a développé une démarche globale», explique-t-elle. Ce modèle générique a été présenté en février, juste avant la pandémie.

«Niveau de préparation supérieur»

Il se trouve que la présidente de l’ASCQ, Carolyne Larouche, est aussi, surtout, directrice du bureau de la sécurité civile de la Ville de Québec. On comprend mieux que l’administration Labeaume a voulu se donner rapidement les moyens d’adapter le plan de rétablissement au scénario de la COVID-19. «La Ville de Québec est parmi les leaders au Québec dans le domaine parce qu’il y a des équipes liées au rétablissement. Elle a un niveau de préparation supérieur», confirme la chercheuse.

Mais pourquoi autant s’intéresser au rétablissement? «On a souvent l’illusion que ça va aller de soi. C’est sans compter que les ressources qui ont géré la crise sont épuisées. C’est une phase complexe pour une ville qui doit rétablir son organisation à l’interne en plus de rétablir les services à la population. C’est aussi beaucoup moins « glamour» que la phase de crise. L’après-crise, on peut la gérer pendant un an et plus encore», laisse savoir Mme Normandin, sans vouloir donner son appréciation de la durée de la gestion de l’après-crise de la COVID-19. À titre d’exemple, elle mentionne que des experts estiment que certains aspects de la phase de rétablissement ne sont pas encore complétés à la suite de l’accident ferroviaire de Lac-Mégantic survenu le 6 juillet 2013. C’est tout dire.

Mme Normandin parle d’un plan intégrateur de tous les aspects de la vie civile comme la sécurité urbaine, les enjeux socioéconomiques, le rétablissement des services, les communications et les ressources humaines.

Mais attention, avertit l’experte, la pandémie présente des caractéristiques que d’autres crises n’ont pas. «La première est la complexité en termes de temporalité. Les crises sont habituellement plus restreintes dans le temps comme une inondation ou même l’attentat à la mosquée en janvier 2017. La phase d’intervention n’est pas si longue et on passe en rétablissement.

«Dans ce cas-ci, on ne sait pas quand la crise se terminera. On s’en va vers un rétablissement en demi-teinte. Et c’est fort probable qu’il y aura une seconde vague de contagion. Il faudra suivre les données épidémiologiques.»

Outre la temporalité, Mme Normandin vise aussi comme autres caractéristiques la limitation des ressources humaines et la capacité des organisations à comprendre comment le monde a changé.

En effet, personne n’échappe à la crise, même ceux qui apportent l’aide. «Les gens vont avoir subi des stress importants. Les risques d’épuisement sont réels. L’idée ce n’est pas de retourner à ce qui était avant. Il faut s’adapter aux nouveaux paramètres de vie en société. Il peut y avoir un relâchement des restrictions de distanciation sociale, mais ça ne pourra pas être un retour à la normale», conclut-elle.