Marc St-Hilaire
À la fin de cette crise, François Legault devra s’élever tel un chef d’État rassembleur, compréhensif et humain, mais également rigide et inspirant.
À la fin de cette crise, François Legault devra s’élever tel un chef d’État rassembleur, compréhensif et humain, mais également rigide et inspirant.

Le triathlon de François Legault

En répétant des formules choc telles « aplatir la courbe » et « sauver des vies », le premier ministre François Legault et ses stratèges ont complété avec brio la première tranche de leur gestion de crise. Il leur reste cependant deux étapes à franchir, dans ce qui s’apparente étrangement à un triathlon politique : le déconfinement progressif et le retour à la vie normale.

Jeudi, lors de son point de presse quotidien, le premier ministre a entrepris l’étape du déconfinement en évoquant « l‘immunité naturelle », un concept qui détonne des discours qui nous sont servis depuis plus d’un mois. Tous savaient que ce moment arriverait. Un jour, dans quelques semaines, dans quelques mois, mais pas maintenant. « Maintenant » fait toujours peur lorsqu’il marque un changement de direction. 

Il aurait été stupéfiant qu’après un tel formatage collectif, la reprogrammation se fasse en un claquement de doigts. 

En ce sens, ce n’est pas par hasard que, le 10 avril dernier, François Legault a mentionné le 4 mai comme date potentielle de retour en classes. À l’époque, il savait sans doute que ça ne serait pas le cas. Ça lui a néanmoins permis de sonder la population, d’encaisser ses premières critiques, et surtout, de préparer les gens à « maintenant ». C’est le genre de manœuvre que peut se permettre un chef d’État lorsqu’il est en plein contrôle de la situation.

Cette fois-ci par contre, c’est vrai. Et l’opposition commencera tranquillement à sortir, elle aussi, de son confinement. Comme dans toutes stratégies, il y aura des imperfections. Des imprévus également. Les critiques seront plus bruyantes, plus incisives. D’un côté on dira que ça va trop vite et de l’autre, qu’il faut ralentir la cadence. Mais comme l’illustrait le collègue du Soleil Jean-Marc Salvet, dans sa chronique de vendredi, il y a un thermomètre que le gouvernement ne devra jamais quitter des yeux : celui de la capacité de notre système hospitalier. Tant que le mercure demeurera à un niveau acceptable, François Legault devra garder le cap du déconfinement graduel jusqu’à atteindre le jour 1 de l’après-crise. 

Personne ne peut prédire quand, précisément, cette troisième et ultime étape débutera. Ce sera celle de la reconstruction.

Des entreprises auront été emportées par l’ouragan, des travailleurs se retrouveront sans emploi, des individus de tous âges subiront les séquelles d’un choc post-traumatique… Certains auront été contraints à vivre un deuil à distance ; des couples auront éclaté ; le personnel de la santé sera à bout de souffle. Et c’est là qu’une frange de la population, désabusée et hypnotisée par les délires de Donald Trump et ses semblables, commencera à dire qu’il ne s’agissait que d’une grippe. Ou pire, qu’il aurait été mieux de sacrifier quelques âmes vulnérables pour préserver l’ordre établi.

C’est cette dernière épreuve du triathlon de François Legault qui sera la plus pénible puisque, malgré toute la bonne volonté du monde, il n’aura pas été en mesure de sauver tous les meubles. Et c’est lors de cette période difficile qu’il devra s’élever tel un chef d’État rassembleur, compréhensif et humain, mais également rigide et inspirant.

Jeudi, il a laissé filtrer les premiers jalons de son plan de reconstruction : une nouvelle société « qui émergera de tout ça », plus autonome, qui se développera davantage grâce à ses propres ressources. Il a parlé de la valorisation du télétravail, de l’amélioration de nos réseaux de transport. Il a surtout prédit qu’il y aura un débat de société une fois la pandémie derrière nous. Puis, il a tendu la main aux partis d’opposition, aux entrepreneurs et à la population, afin de forger ensemble le Québec de demain. 

François Legault a passé l’essentiel de sa carrière politique à évoquer la fibre nationaliste, la fierté et l’identité du peuple québécois. Sans doute trouvera-t-il, dans son répertoire, les mots d’espoir qui lui permettront de franchir la ligne d’arrivée indemne et d’inscrire son nom sur le tableau d’honneur.