Marc St-Hilaire

Le télétravail pour les régions

ÉDITORIAL / Le gouvernement du Québec a aujourd’hui une occasion inespérée de s’attaquer au défi de l’occupation du territoire. Une occasion, oui, mais également un chapelet de motifs légitimes qui plaident en faveur d’un déploiement des forces vives de la province vers les régions.

Au cours des dernières semaines, le télétravail s’est imposé à l’échelle globale. Des emplois de bureau qu’on croyait immuables, il y a à peine deux mois, ont été remodelés afin d’être occupés à distance. Les universités et les établissements collégiaux se sont adaptés dans un temps record avec les cours en webdiffusion. Les administrations, qu’elles soient publiques ou privées, ont repensé leur façon de faire. La société s’est adaptée et plusieurs ont constaté un changement positif tant sur l’efficacité qu’en matière de qualité de vie.

À l’heure où les grandes agglomérations urbaines débordent et que les régions éloignées continuent de se vider, n’y aurait-il pas lieu pour le gouvernement d’investir davantage d’énergie dans la désurbanisation ? Contrairement à l’époque où il était nécessaire de prendre un vol pour assister à une réunion dans la métropole, les gestionnaires peuvent désormais contribuer à l’essor de leur entreprise dans le confort de leur foyer, lequel peut aussi bien être au centre-ville de Montréal qu’à Saguenay, à Rouyn-Noranda, à Sept-Îles ou à Gaspé. Parce qu’avec l’actuelle pandémie, l’ère du numérique est devenue plus qu’un concept ; elle est dorénavant ancrée dans les mœurs collectives.

Combien de compagnies ayant pignon sur rue à Montréal ou à Québec accueilleraient à bras ouverts des crédits d’impôt pour leurs employés œuvrant en région ? Et combien seraient heureuses de pouvoir compter sur le potentiel humain de tous ces professionnels qui, pour des raisons qui leur sont propres, refusent de répondre à l’appel des grandes villes, en pleine pénurie de main-d’œuvre ?

Certes, il ne sera jamais possible de marteler un clou à distance ou d’opérer une pelle mécanique à partir de son salon, mais il existe une panoplie d’emplois susceptibles d’être adaptés au télétravail. Au privé comme dans le secteur public, alors que le gouvernement Legault s’est engagé à transférer 5000 emplois de fonctionnaires des grands centres vers les régions.

« Si le travail est pensé différemment, la proximité du lieu de travail n’est plus aussi nécessaire », rapporte en ce sens le coordonnateur à l’Agence interrégionale de développement des technologies de l’information et des communications (AIDE-TIC), André Nepton, sous la plume de notre journaliste Mélanie Côté. Il ajoute que « des études disent que les gens en télétravail (…) sont plus performants que ceux en milieu de travail, de peur que les gens pensent qu’ils ne travaillent pas. Il y a également des économies pour les employeurs en pieds carrés, en chauffage, en climatisation ».

Si nous allons de l’avant dans cette veine, il y aura sans doute une réflexion à avoir en ce qui a trait à notre relation avec le travail. Mais, l’occasion est là, juste sous notre nez. Espérons que l’État saura saisir la balle au bond et passera enfin de la parole aux actes.

Puisque sans une volonté ferme de Québec, toute stratégie restera vaine. Aussi est-il intéressant de voir le ministre Christian Dubé, responsable de l’administration gouvernementale et président du Conseil du trésor, rappeler l’engagement de Québec de décentraliser la fonction publique tout en mentionnant que, si la crise du coronavirus a précipité l’implantation du télétravail, elle a aussi permis de constater son efficacité et ses bénéfices.

Or, ce ne sont toujours que des mots. Il faut maintenant en faire une politique clairement définie. Pas dans un an, pas dans six mois… Là, immédiatement.

Car, le Québec se déconfine progressivement. Dans la crise, les collectivités se sont métamorphosées et ont progressé. Nous sommes en plein dans le tout-est-possible. Profitons donc de cette erre d’aller pour redéfinir l’échiquier du Québec et donner une impulsion aux régions.