La Place Rouge à  Moscou, mercredi  
La Place Rouge à  Moscou, mercredi  

Le monde confronté à sa pire crise depuis 1945 [PHOTOS]

NEW YORK — Le nouveau coronavirus a continué mercredi sa course cruelle à une vitesse «quasi exponentielle», fauchant des vies aux quatre coins du monde, dont celle d’un bébé de six semaines aux États-Unis, devenu l’une des plus jeunes des 46 000 victimes de la pandémie.

Plus de 900 000 cas de COVID-19 ont été recensés dans le monde, dont plus de 215 000 aux États-Unis où la maladie progresse le plus vite. Faute de capacité suffisante de dépistage, ces bilans sont très probablement bien en dessous de la réalité.

Malgré des mesures de confinement qui concernent près d’un habitant de la planète sur deux, les bilans sont de plus en plus lourds : plus de 13 000 morts en Italie, de 9000 en Espagne, de 4500 aux États unis, de 4000 en France...

La mort d’un nouveau-né dans l’État du Connecticut, après le décès d’un bébé de neuf mois à Chicago et d’un adolescent de 13 ans au Royaume-Uni, a particulièrement frappé les esprits, les enfants étant jusqu’ici relativement épargnés. «C’est déchirant», a commenté le gouverneur de cet État du nord-est, Ned Lamont.

«Profondément préoccupé», le secrétaire général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, n’a pu que constater la «croissance quasi exponentielle» du nombre de cas, «l’escalade rapide» des infections. «Nous devons être à l’unisson pour combattre ce virus inconnu et dangereux», a-t-il lancé.

Basculant à son tour dans la gravité, le président américain Donald Trump a demandé à ses concitoyens de se préparer à des semaines «très douloureuses». La Maison-Blanche a présenté ses projections : la COVID-19 devrait faire entre 100 000 et 240 000 morts aux États-Unis, appelés à devenir, après l’Europe, le nouvel épicentre de la pandémie.

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La Gran Via à Madrid, en Espagne, mercredi 

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«Bombes virales»

Mercredi, ce sont les États-Unis (884 morts, un triste nouveau record) et  l’Espagne (864) qui ont déploré les pertes les plus lourdes en 24 heures. 

Le pays européen redoute de voir submergées les unités de soins intensifs qui travaillent déjà à la limite de leurs capacités.

«Il n’y a pas suffisamment d’équipements de protection» et «le nombre de lits reste insuffisant», déplorait Guillén del Barrio, infirmier à Madrid, tout en notant un ralentissement des arrivées aux urgences de son hôpital.

Une tendance confirmée par les autorités. «Il semble que nous soyons déjà» au pic de la contagion, «que nous sommes en train de descendre», a estimé le directeur du Centre d’urgences sanitaires, le Dr Fernando Simon.

En Italie aussi, où les hôpitaux craquent de toutes parts, le nombre des nouvelles infections continue de ralentir. Mais les médecins s’inquiètent des convalescents, qui quittent l’hôpital dès que leur vie n’est plus menacée, même s’ils sont encore contagieux.

«Dans une guerre comme celle-ci, on ne peut se permettre de s’exposer à l’apparition de nouveaux foyers de contagion qui risquent de transformer ces centres de convalescence en bombes “virales” qui diffusent le virus», a mis en garde Raffaele Antonelli Incalzi, président de la Société de gériatrie italienne.

En France, où les hôpitaux parisiens et de l’Est sont débordés, les transferts de patients par train ont continué, tandis que les établissements de la capitale se préparaient à produire en 3D le matériel manquant. Un recensement des vétérinaires volontaires a par ailleurs permis d’identifier ceux qui pourraient apporter une aide à leurs collègues médecins en triant les patients par exemple.

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Un employé de la compagnie de vêtements féminins Dress Code fabrique des masques protecteurs dans un atelier de Rome, mercredi. Dress Code a converti sa production de vêtements à celle de masques à usage non-médical.  

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Ni eau ni toilettes

Pour freiner la propagation de la pandémie, plus de 3,75 milliards de personnes (48 % de la population mondiale) sont appelées ou contraintes de rester chez elles.

Cela ne va pas sans difficulté dans les zones les plus pauvres, comme dans l’immense ghetto sud-africain de Khayelitsha, en lisière du Cap, où des centaines de milliers de personnes vivent dans un entrelacs de cabanes de bric et de broc.

«On n’a pas de toilettes. Alors on sort. On n’a pas d’eau. Alors on sort. On essaie de rester dans notre cahute, mais ce n’est pas facile», témoigne Ndithini Tyhido. «Les gens ici aimeraient bien obéir, ils essaient de le faire, mais c’est juste impossible».

Faute de vaccin ou de traitement, le confinement reste le moyen de lutte le plus efficace et la Floride, l’Érythrée ou la Sierra Leone s’y sont à leur tour ralliées mercredi, tandis que l’Allemagne, l’Italie ou le Portugal en prolongeaient la durée.

À Moscou, les autorités vont mettre en place une application mobile et des QR Codes pour vérifier que la population respecte les règles d’isolement, et pour surveiller les malades.

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Le président Donald Trump lors de son point de presse quotidien sur le coronavirus à Washington, mardi  

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Aide russe aux États-Unis

Converti tardivement au confinement, le Royaume-Uni a enregistré en une journée 563 décès supplémentaires, marquant une nette accélération de la pandémie qui a désormais tué 2000 personnes dans le pays. La COVID-19 a déjà infecté le premier ministre Boris Johnson ou encore le prince Charles, l’héritier de la couronne.

L’Iran a lui dépassé mercredi la barre des 3000 décès.

Mais ce sont les États-Unis, où 85 % des Américains vivent désormais confinés, qui se préparent à être submergés.

Avec plus de 1900 morts, l’État de New York multiplie depuis quelques jours les préparatifs, avec la construction d’hôpitaux de campagne dans Central Park et dans un grand centre de conférences de Manhattan. Et l’aide afflue de partout, même de Russie qui a dépêché mercredi un avion chargé d’aide humanitaire dans la mégalopole.

Même l’armée américaine n’est pas épargnée : la COVID-19 s’est propagée au sein du porte-avions nucléaire USS Theodore Roosevelt, immobilisé à Guam dans le Pacifique, et son équipage a commencé à être évacué.

Deux autres navires, le paquebot de croisière Zaandam et son navire-adjoint le Rotterdam, continuaient de naviguer avec quatre morts à bord, sans être sûrs de pouvoir accoster en Floride jeudi.

«Récession sans précédent» 

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guerres, a noté que la Terre vivait sa «pire crise mondiale depuis que l’ONU a été fondée» il y a 75 ans, évoquant «la combinaison d’une maladie menaçante pour tout le monde et d’un impact économique conduisant à une récession sans précédent dans un passé récent».

Il existe désormais un risque de «pénurie alimentaire» sur le marché mondial à cause des perturbations liées à la COVID-19 dans le commerce international et les chaînes d’approvisionnement alimentaire, ont prévenu des agences dépendant de l’ONU et l’OMC.

Gagnées par l’anxiété, les bourses ont renoué avec de fortes baisses, l’indice Dow Jones clôturant en recul de 4,44 % notamment.

Le calendrier sportif international a continué à être bouleversé, avec l’annonce de l’annulation du tournoi de tennis de Wimbledon et la prolongation de la suspension de la saison jusqu’au 13 juillet.

La conférence internationale sur le climat COP26 qui devait se tenir à Glasgow en novembre a également été reportée.