Pour l’instant, la situation est sous contrôle dans les cliniques de la région, a indiqué le président de l’AMOY, Dr Jacques Bergeron.

Le calme avant la tempête dans les cliniques de la région

Depuis quelques jours, les salles d’attente de plusieurs cliniques de la région sont beaucoup moins achalandées. Les mesures mises en place depuis le début de la semaine pour voir les cas urgents portent leurs fruits. Et pourtant, les médecins qui évoluent dans les groupes de médecines familiales (GMF) d’ici sont sur le qui-vive, appréhendant le ressac du coronavirus qui s’enracinera vraisemblablement davantage.

Loin de vouloir être alarmiste, le président de l’Association des médecins omnipraticiens d’Yamaska (AMOY), Dr Jacques Bergeron, demeure toutefois réaliste à propos de la propagation du coronavirus.

« On est à l’aube de la pandémie. On prévoit que la vague arrivera d’ici deux semaines. À ce moment, on va tomber dans les choses sérieuses pour le mois d’avril. Pour l’instant, la situation est sous contrôle, mais on doit se préparer au pire », a fait valoir en entrevue celui qui pratique au centre médical Robinson à Granby.

D’ailleurs, rien n’est laissé au hasard pour tenter de freiner l’ascension de la COVID-19. Au GMF de Cowansville, le Dr Raouf Mikhail et ses collègues, épaulés par le personnel médical, ont mis en place une série de mesures à la demande de Québec. Parmi ces initiatives, le suivi des rendez-vous par téléphone plutôt qu’en clinique fait « baisser la pression ». Jusqu’ici, la clientèle est collaborative, a indiqué le médecin.

« Les gens comprennent que l’on doit faire un tri. Certains patients plus âgés sont inquiets. On prend le temps de les écouter et on réussit souvent à régler des problèmes mineurs au bout du fil. Les autres se présentent en clinique et ça se passe très bien. »

Même son de cloche du côté du centre de médecine familiale de Granby et du centre médical Robinson.

Dans les trois GMF consultés par La Voix de l’Est, la reconfiguration des chaises dans les salles d’attente a été préconisée. « On compartimente les places pour regrouper les gens qui ont des symptômes similaires ensemble », a expliqué le Dr Patrick Laplante, du centre de médecine familiale de Granby.

La mise en place de consultations téléphoniques de patients est une des mesures qui ont permis de désengorger la clinique GMF de Cowansville, a indiqué le Dr Raouf Mikhail.

Inquiétudes

Dans les trois cliniques, on maintient une distance de deux mètres entre le personnel à l’accueil et les patients.

« Ça a rassuré nos secrétaires. Logiquement, peu de gens se rendent à elles », a mentionné le Dr Laplante.

Or, certaines infirmières se sentent bien démunies lorsque des gens se présentent en clinique avec des symptômes s’apparentant à la COVID-19. « Dans nos GMF, nos patients pensent qu’on est tout équipé pour les évaluer... mais aucunement. Pas de masques N95 (confisqués pour l’hôpital) et même les petits masques bleus, on est sur le bord d’en manquer. Donc, on en reçoit juste si on en a vraiment besoin », a déploré une infirmière praticienne, qui a toutefois tenu à ce que l’on taise son identité.

Les problèmes d’approvisionnement sont bien réels, a concédé le président de l’AMOY. « Actuellement, on utilise les masques de façon parcimonieuse. On appréhende une pénurie. »

Bien que plusieurs mesures soient en place pour diminuer le risque pour le personnel médical de contracter le coronavirus, le Dr Bergeron dit comprendre leurs craintes. « C’est une inquiétude légitime. On veut se protéger parce qu’on est sur la ligne de feu avec les patients potentiellement porteurs du virus. »

Autant que possible, les gens présentant des symptômes de la COVID-19 sont redirigés vers les centres de dépistage, notamment au chapiteau érigé près de l’hôpital de Granby. Certains « essaient quand même de passer entre les mailles du système », a imagé le Dr Bergeron. « Il y a toujours des personnes qui mentent sur leur état de santé pour voir un médecin. Mais ils sont très peu nombreux. »

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Rationnement

Outre la hausse marquée de l’achalandage dans les cliniques si le nombre de cas de coronavirus explose, la perte d’effectifs médicaux demeure une des principales appréhensions. « Au plus fort de l’épidémie, du personnel tombera certainement au combat. Soit parce qu’ils seront très malades ou qu’ils seront en isolement forcé. On devra trouver des solutions », a indiqué le président de l’AMOY.

Dans ce contexte, le « rationnement » des services offerts en clinique est envisagé pour assurer la prise en charge en première ligne dans les hôpitaux. « L’urgence demeure notre premier niveau de soins. Si on manque de médecins ou de personnel pour assurer la continuité, il va falloir prendre des effectifs ailleurs. Et ça aura un effet direct en clinique. »