Isabelle Légaré
Nutritionniste de profession, Marilène Deshaies a été appelée en renfort dans l’unité de dépistage du COVID-19, à Shawinigan. Munie de ses lingettes, elle désinfecte tout sur son passage. - Photo: Francois Gervais
Nutritionniste de profession, Marilène Deshaies a été appelée en renfort dans l’unité de dépistage du COVID-19, à Shawinigan. Munie de ses lingettes, elle désinfecte tout sur son passage. - Photo: Francois Gervais

L’ange de la désinfection

CHRONIQUE / Marilène Deshaies ne s’attendait pas à se voir confier une telle mission, mais en temps de crise, il faut ce qu’il faut. Elle est prête.

La nutritionniste en CLSC a suspendu ses consultations, programmes de prévention des maladies chroniques et plans de traitement nutritionnel pour relever un tout autre défi: suivre à la trace quiconque entre sous le chapiteau servant d’unité de dépistage de la maladie du coronavirus.

Vêtue d’un uniforme vert, un masque au visage, des lunettes de protection et des gants pour préserver ses mains contre les lingettes imbibées d’un puissant produit nettoyant, Marilène joue un rôle essentiel.

«Je suis commis à la désinfection!»

Une tâche qui n’a rien à voir avec ses précieux conseils de saines habitudes de vie, mais il sera toujours le temps d’y revenir. Pour l’instant, on a besoin d’elle pour faire disparaître le début d’un semblant de la moindre empreinte du redoutable COVID-19.

Depuis le lundi 16 mars, Marilène et deux collègues du CLSC – une travailleuse sociale et un kinésiologue - chassent avec un excès de zèle qui les honore les fines gouttelettes de coronavirus susceptibles de se déposer sur les objets que les personnes touchent à la seconde où elles mettent les pieds dans la grande tente chauffée.

La clinique est dressée à l’extérieur de l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie, à Shawinigan. Ici, on ne lésine pas avec les précautions à prendre, tant pour garantir la sécurité des usagers présentant des symptômes que celle du personnel appelé à intervenir auprès d’eux.

La spécialiste de la santé dans notre assiette avoue avoir été surprise d’apprendre qu’elle prenait la direction de la clinique désignée du COVID-19. Du jour au lendemain, la nutritionniste de 15 ans d’expérience quittait la tranquillité de son bureau pour un chapiteau où est effectué un contrôle rigoureux des entrées et des sorties.

La bonne humeur dans la voix, Marilène me parle d’un petit stress normal face à l’inconnu. Rien cependant pour l’empêcher de lever la main et de répondre «Présente!».

«Sur le coup, je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais, mais jamais je n’ai pensé ne pas y aller. Quand on travaille en santé, on est content d’aider, de faire une différence. Nous sommes des gens d’action alors on embarque! On se sent moins impuissants.»

Marilène parle toujours au «on» durant notre entretien téléphonique, en ne ratant jamais l’occasion de me répéter à quel point l’esprit de solidarité est fort au sein de son équipe notamment formée d’infirmières. Ce sont elles qui font les tests.

«Nous sommes bien protégés. On ne manque pas d’équipements», assure Marilène. En réalité, elle était plus anxieuse, chez elle, à écouter les bulletins de nouvelles, qu’une fois sur place, sur le terrain.

Son environnement de travail actuel est digne d’une scène de film, convient la jeune femme, mais la peur ne l’habite pas. «On essaie de garder une ambiance positive malgré la situation.»

Marilène essuie les chaises où s’assoient les usagers, aide certains d’entre eux à replacer leur masque, fait la conversation aux enfants impressionnés à la vue du personnel habillé bizarrement…

Dans le langage du premier ministre François Legault, Marilène et ses collègues sont des anges gardiens. Elle confirme. La population est reconnaissante. Les remerciements sont très nombreux. Le moral des troupes est bon.

Tout comme celui de son conjoint et de ses enfants. Mère de Juliette et de Camille, 9 et 7 ans, Marilène Deshaies et sa famille s’accommodent de cette situation hors de l’ordinaire. Pendant que maman est sur la ligne de front, papa est en télétravail et tient le fort avec les filles qui savent faire preuve de patience lorsque Marilène revient à la maison.

«Je mets d’abord mes vêtements dans la laveuse, je vais sous la douche et, après, on se fait un câlin», raconte Marilène. La routine familiale a été revue et corrigée, maman n’est pas aussi présente que d’habitude, mais ça va bien. «On a pris notre beat.»

Et les crayons de couleur sont devenus un outil essentiel.

À l’instar de ses collègues qui ont des enfants, Marilène a fait appel à ses cocottes pour dessiner des arcs-en-ciel. Les œuvres d’art sont accrochées dans ce qui se veut la salle d’attente de la clinique. Comme ça, tout le monde peut voir le mot d’ordre – «Ça va bien aller» – qui prend tout son sens ici.