Si la compagnie américaine 3M assurait lundi être en mesure de fournir des exemplaires des fameux masques N95 au Canada, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a retenu deux avenues prometteuses pour désinfecter ces équipements de protection en cas de pénurie.
Si la compagnie américaine 3M assurait lundi être en mesure de fournir des exemplaires des fameux masques N95 au Canada, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a retenu deux avenues prometteuses pour désinfecter ces équipements de protection en cas de pénurie.

La désinfection des masques N95 en attente d’autorisation

Si la compagnie américaine 3M assurait lundi être en mesure de fournir des exemplaires des fameux masques N95 au Canada, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a retenu deux avenues prometteuses pour désinfecter ces équipements de protection en cas de pénurie, ces derniers étant essentiels pour protéger la santé des anges gardiens des Québécois.

Cependant, Santé Canada n’a pas encore approuvé aucune de ces options — le peroxyde d’hydrogène et les rayons ultra-violets — pour désinfecter les masques N95, une étape incontournable de la mise en application de ces technologies.

Le Centre d’expertise en retraitement des dispositifs médicaux de l’INSPQ a été mis à contribution pour évaluer les meilleures options, alors que les masques N95 sont en principe à usage unique.

«Normalement, on doit jeter les masques N95 après utilisation; les désinfecter est une solution de dernier recours», confirme au téléphone Valérie Cortin, coordonnatrice du Centre d’expertise en retraitement des dispositifs médicaux (CERDM).

Désinfecter les masques serait envisagé si une importante pénurie de ces équipements survenait dans les hôpitaux.

Rappelons tout de suite que «les appareils de protection respiratoire N95 sont utilisés par les travailleurs de la santé qui sont en contact avec des patients atteints d’une infection transmise par l’inhalation de gouttelettes aéroportées, indique l’INSPQ. [...] Le masque N95 filtre au moins 95 % des très petites particules (0,3 micron) y compris les bactéries et les virus. Le “N” représente “Ne résiste pas à l’huile” tandis que le “95” indique le taux d’efficacité de filtration de 95 % ».

Sécurité et faisabilité

Le CERDM a ainsi retenu deux technologies pour désinfecter ces fameux masques N95. Le peroxyde d’hydrogène et les rayons ultra-violets permettraient d’abord d’assurer la sécurité des travailleurs de la santé.

Elles seraient efficaces, entre autres, pour éliminer le virus des différents modèles de masque testés, et conserveraient l’étanchéité ainsi qu’une capacité de filtration suffisante.

Ensuite, le nombre d’appareils de désinfection utilisant ces technologies et leur capacité à traiter un grand nombre de masques seraient suffisants, croit le CERDM.

Peroxyde d’hydrogène et rayons UV

Le peroxyde d’hydrogène semble prometteur pour décontaminer les masques N95 et peut être utilisé sous forme de vapeur (par exemple pour décontaminer des locaux) ou de plasma (via les stérilisateurs à basse température), selon l’INSPQ.

Le 29 mars 2020, la Food and Drug Administration des États-Unis a d’ailleurs autorisé la décontamination des masques N95 par vapeur de peroxyde d’hydrogène pour un maximum de 20 désinfections et réutilisations.

Pour la désinfection à l’UV, une ressource scientifique reconnue de santé publique en Pennsylvanie, l’ECRI, indique que la durée d’exposition aux UV permettant une désinfection totale serait de l’ordre de quelques minutes, dépendamment de l’appareil utilisé.

Toujours selon l’ECRI, le masque désinfecté à l’aide des rayons UV pourrait être réutilisé deux à trois fois. Le CERDM est en contact avec différentes compagnies utilisant ces deux technologies de désinfection.

Au CIUSSS de l’Estrie, on indiquait mardi soir qu’aucun établissement de santé du territoire n’utilisait encore ces technologies de désinfection.

+ MOON BEAM AU CHUM

Le fabricant de produits de nettoyage pour le domaine de la santé, Diversey, a conçu une unité mobile de lampes UVC, le Moon Beam. On en retrouve quatre unités au CHUM.

«Ça nous a pris plus de deux ans pour y implanter cette technologie», indique le directeur de compte chez V-TO, une entreprise de distribution et de fabrication de produits d’entretien qui travaille conjointement avec Diversey, Jean-Charles Perron.

Lundi, Diversey proposait un protocole de désinfection avec une lampe UVC Moon Beam pour les masques N95.

«Quand on fait de la désinfection à la lumière UV, il faut comprendre que ce n’est pas miraculeux. La technologie UVC n’est pas nouvelle pour faire de la désinfection, elle est très efficace, mais elle doit être utilisée selon un protocole précis», indique Jean-Charles Perron, qui explique qu’un prénettoyage est nécessaire avant la désinfection UVC «afin d’enlever les films biologiques ou organiques».

Il y a aussi des précautions à prendre pour éviter un contact entre les rayons UVC et l’être humain, indique Santé Canada.

Plusieurs études scientifiques réalisées sur la technologie UVC démontrent que plusieurs minutes sont nécessaires pour éliminer les germes et que l’angle, la distance et les zones d’ombres — là où les rayons ne pourraient pas se rendre, comme des tiroirs — sont tous des facteurs qui ont une influence sur l’efficacité du processus, indique M. Perron. Nicolas Bourcier