On voit ici la municipalité de Saint-Paul-d'Abbotsford.
On voit ici la municipalité de Saint-Paul-d'Abbotsford.

Impact de la COVID-19 sur les municipalités: un poids financier dont on ignore l’ampleur

Ce sont dix milliards de dollars qui sont nécessaires pour soutenir les villes à traverser la crise de la COVID-19, réclamait la Fédération canadienne des municipalités (FCM), la semaine dernière.

Dans un rapport rendu public au même moment, l’organisation estime que les villes canadiennes encaisseront des « pertes financières irrécupérables » pouvant atteindre 15 milliards si les mesures de distanciation sociale s’étalent sur une période de six mois.

Cette évaluation inclut les pertes en impôts fonciers et en intérêts causées par le report des paiements des taxes municipales, par l’interruption de certains services de transport collectif, par la diminution des demandes de permis et de droits de mutation et par la suspension de services municipaux financés par les utilisateurs. À cela s’ajoutent des dépenses supplémentaires imprévues comme la mise en place de cellules de crise et de services d’urgence.

« On sent de plus en plus le poids monétaire de la crise, mais il est encore trop tôt pour en mesurer la pleine ampleur », relève Suzanne Roy, présidente de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

De la planification à laquelle se livrent normalement les villes, celles-ci sont passées à une gestion en « extrême efficacité », souligne celle qui est également mairesse de Sainte-Julie, en Montérégie. « Rapidement, il a fallu se réorganiser pour soutenir nos organismes communautaires et nos banques alimentaires en plus d’envoyer nos employés en télétravail et leur offrir les outils nécessaires », illustre-t-elle.

Suzanne Roy est présidente intérimaire de l’Union des municipalités du Québec.

« Cadre financier fondamentalement obsolète »

« Un grand nombre de municipalités puisent donc dans leurs réserves pour continuer d’assurer les services essentiels, mais celles-ci sont loin d’être assez robustes pour soutenir une crise de cette ampleur et de cette durée », souligne la FCM, ajoutant que la crise actuelle « fait cruellement sortir les failles du cadre financier fondamentalement obsolète qui est imposé encore aujourd’hui aux municipalités », c’est-à-dire l’obligation de déposer des budgets équilibrés et l’impossibilité de se financer autrement que par la taxe foncière.

Selon la FCM, l’augmentation de cette taxe n’est pas envisageable pour permettre aux municipalités d’éviter un « point d’effondrement », pas plus qu’une coupure dans des services essentiels.

Jacques Demers est président de la Fédération québécoise des municipalités.

« Pour combler les pertes financières des municipalités en 2020 sans couper dans les services, en supposant une distanciation sociale de six mois, il faudrait augmenter les impôts fonciers de façon démesurée », prédit l’organisation, qui calcule des hausses de taxes allant de 15 % à 56 % pour certaines de ses villes membres, dont les impacts financiers de la crise représentent entre 3 % et 17 % de leur budget annuel.

C’est aussi ce que croit l’UMQ. « On ne peut pas alourdir le fardeau fiscal de nos citoyens, estime Mme Roy, surtout qu’on va avoir des citoyens avec des mauvaises créances comme on n’en a pas vus depuis longtemps. On ne peut pas faire de déficit; la seule façon de s’en sortir serait de contracter des emprunts. Mais ça revient à pelleter le problème par en avant. »


« Tout le monde travaille déjà sur le prochain budget pour compenser les pertes de cette année. Certaines municipalités n’auront pas le choix d’augmenter leurs taxes, mais il faudrait contenir ça à 3 % ou moins . »
Jacques Demers, président de la FQM

Le président la Fédération québécoise des municipalités, Jacques Demers, abonde en ce sens. « Tout le monde travaille déjà sur le prochain budget pour compenser les pertes de cette année. Certaines municipalités n’auront pas le choix d’augmenter leurs taxes, mais il faudrait contenir ça à 3 % ou moins », calcule-t-il.

Impacts à long terme

Sans une aide financière d’urgence des gouvernements, certaines municipalités devront reporter ou annuler plusieurs dépenses en immobilisations prévues cette année pour compenser les pertes de revenus, ralentissant du même coup la relance économique.

« Le prochain budget sera un véritable casse-tête mentionne Mme Roy. Même en ce moment, tout le monde essaie de couper où c’est possible. »

Ce faisant, les effets économiques de la pandémie se feront ressentir bien au-delà de la crise.

« On ne peut pas penser que ces impacts ne se feront pas ressentir au-delà de 2020. On va en vivre les effets pendant longtemps, parce que quand la crise sera finie, ça ne sera pas tout le monde qui va retrouver le même niveau de vie, alors on devra toujours être là pour soutenir nos organismes. »

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CRAINTE DE DÉVITALISATION

Le président la Fédération québécoise des municipalités, Jacques Demers, indique que les impacts financiers diffèrent d’une municipalité à l’autre ; certaines ne souffriront pas de la crise et d’autres en paieront cher le prix. 

« Les disparités sont surtout explicables entre la proximité avec un grand centre ou la situation en milieu rural des municipalités », dit-il.

Il est d’avis que les gouvernements fédéral et provincial doivent intervenir pour soutenir les commerces locaux de ces plus petites municipalités, sans quoi leur fermeture pourrait mener, à moyen ou long terme, à une dévitalisation des régions au profit des centres urbains.

« Nos commerces de proximité sont fragilisés par l’arrêt de leurs activités durant la crise. Ça a pris parfois des années avant que ces commerces ne s’établissent dans les municipalités. On ne veut pas les perdre », déplore l’élu.

« S’ils disparaissent, ça aura un impact beaucoup plus grand que les revenus de taxes que les municipalités vont perdre : ça aura des conséquences sur la qualité de vie sur les citoyens », poursuit-il, laissant entendre que les municipalités en région perdraient alors de leur attractivité, entraînant une diminution graduelle de la démographie, avec pour résultat à long terme une baisse de revenus en termes de taxes foncières et de droits de mutation.