Pierre Gagné en compagnie de ses associés de Viandex, Pierre-Benoit Lessard et Christian Vignola.
Pierre Gagné en compagnie de ses associés de Viandex, Pierre-Benoit Lessard et Christian Vignola.

[GÉRER LA CRISE] Viandex: des restos à la vente directe aux consommateurs

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façons de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».
  • Entreprise : Viandex
  • Type : Grossiste dans la distribution de viande, de poissons, de fruits de mer, de légumes et de fruits
  • Contact : Pierre Gagné, président

Q La situation avant la crise?

Viandex est un distributeur un peu mixte. On fait beaucoup de restaurateurs. Notre principale clientèle, c’est la restauration familiale et haut de gamme. Essentiellement, je dirais que c’est à peu près 70 % de notre chiffre d’affaires. Le 30 % qui reste, ce sont des commerces spécialisés comme des poissonneries et des boucheries, un peu de supermarchés et des services alimentaires comme de résidences pour personnes âgées et des hôpitaux, un domaine où nous ne sommes cependant pas tellement présents, ces établissements faisant plutôt affaire avec des distributeurs offrant des lignes complètes. Étant spécialisés dans les restaurants de nappes blanches, bien entendu nous avons été frappés de plein fouet par la crise.

Q Quels ont été les dommages collatéraux?

On a été obligés de mettre à pied des employés, des travailleurs directement affectés à la production et à la livraison et quelques vendeurs aussi qui étaient spécialisés dans la restauration.

Q Comment vivez-vous la crise?

Au jour 1 de la crise, on a pris la claque. Et au jour 2, nous nous sommes retournés et nous avons tenté de faire un peu plus de ventes au sein de nos autres clientèles. Ce que l’on a aussi réussi à faire, et qui nous a permis de compenser environ 20 % la perte de notre chiffre d’affaires, c’est de vendre davantage dans les boucheries, qui se sont mises à commander davantage chez nous, et dans les boucheries de supermarchés qui n’avaient pas l’habitude de le faire. En dépannage bien entendu. Mais ces ventes sont quand même limitées et elles sont à court terme parce que les chaînes d’alimentation, qui ont leurs propres centres de distribution, vont s’ajuster dans le temps par rapport aux quantités demandées. Et on a déjà commencé à le vivre. La semaine passée, c’était plus tranquille au niveau de ces nouvelles ventes dans les supermarchés. Elles s’étaient estompées un peu.

Viandex est un distributeur alimentaire un peu mixte. Sa principale clientèle, c’est la restauration familiale et haut de gamme.

Ce que l’on a décidé de faire, il y a une dizaine de jours, c’est de se tourner directement vers le consommateur. Et même si je ne peux pas dire qu’il y a eu un boom, nous avons vu qu’il y avait un marché intéressant à développer. Mais on ne peut malheureusement pas le faire en l’espace du jour au lendemain. C’est un travail de longue haleine. Il y a un lien de confiance à établir avec les gens. En étant un distributeur de premier niveau, nos fournisseurs sont des producteurs et des importateurs, quand les produits viennent de l’extérieur. Nous sommes sur la première ligne d’achat. Quelque part, on ne peut pas acheter plus directement avec les producteurs que chez Viandex, sinon ça serait acheter de l’abattoir. Ça nous met donc dans une position intéressante. Et nous avons une ligne extraordinaire de près de 2000 produits. Ce que l’on offre maintenant à nos clients c’est une liste simplifiée. Les gens peuvent nous téléphoner (418 681-2482). Développer cette nouvelle clientèle est une facette de la business que nous travaillerons très fort au cours des prochaines semaines.

Q Après la crise?

C’est évident qu’une fois la crise terminée, nous continuerons à développer la vente directe aux consommateurs. Diversifier ses clientèles, c’est comme gérer un portefeuille de placements. Plus tu es diversifié et mieux c’est et plus tu es à l’abri quand arrivent des pépins comme c’est le cas présentement. Diversifier notre clientèle en ajoutant la vente directe aux consommateurs, c’est non seulement intéressant pour notre entreprise, mais comme nous sommes aussi extrêmement compétitifs au niveau des prix, ça l’est aussi pour les gens qui achèteront chez nous.

Q Les conséquences de la crise?

La crise va bouleverser le monde de l’alimentation, c’est certain. Je pense que les habitudes des gens vont changer. Nous offrons actuellement des produits préparés d’avance et je suis propriétaire d’une entreprise qui commencera prochainement à produire des plats cuisinés prêts à consommer. Je crois que les plats cuisinés vont prendre encore plus d’ampleur tout comme les produits à saveur locale. Je pense aussi que le gouvernement va aider les producteurs locaux à mettre en évidence leurs produits. Et je suis persuadé en tant que distributeur que ça va donner quelque chose.

Q Une bonne nouvelle?

On pense que le prix du homard sera pas mal moins cette cher cette année. Il devrait baisser à cause de la crise. Et parce que l’on ne sait pas si les grandes chaînes vont le commercialiser comme elles l’ont fait, on s’attend à une période assez intéressante pour les spécialistes comme nous.