Guillaume Moreau, copropriétaire de l’Atelier Multifab, a profité de la crise pour innover et ouvrir de nouveaux marchés.
Guillaume Moreau, copropriétaire de l’Atelier Multifab, a profité de la crise pour innover et ouvrir de nouveaux marchés.

[GÉRER LA CRISE] Atelier Multifab: développer de nouveaux marchés dans la tourmente

La pandémie de coronavirus change tout pour les entrepreneurs d’ici qui en souffrent, mais qui rebondissent aussi devant la tempête, se serrent les coudes avec leurs employés et, parfois, font jaillir de nouvelles façon de faire. Nous allons à leur rencontre dans cette série «Gérer la crise».

• Entreprise : Atelier Multifab

• Type d’entreprise : Distribution et transformation

• Contact : Guillaume Moreau, copropriétaire

Q La situation avant la crise? 

R L’Atelier Multifab est une entreprise de distribution et transformation sur mesure de toutes les matières plastiques. L’industrie manufacturière constituait 80 % de notre clientèle. Au début du mois de mars, on sentait un certain ralentissement au niveau des commandes de nos clients. Vendant leurs équipements à travers le monde, ils avaient de la difficulté à faire leurs ventes ou certaines étaient même annulées en raison de la propagation de la COVID. Et à partir du moment où elle est entrée au Québec, la crise a mis un frein sur tout. On était quand même chanceux parce que l’on avait déjà de bonnes ententes et de bons contrats de signés. Mais la fermeture obligée des entreprises non essentielles le 23 mars a frappé vraiment très fort. Nos ventes ont complètement chuté parce que presque tous nos clients ont dû fermer, à l’exception de quelques-uns dans les domaines alimentaire ou pharmaceutique.

Q Des dommages collatéraux? 

R Nous avons pu demeurer ouverts après le 23 mars parce que nous faisions partie de la chaîne d’approvisionnement des entreprises essentielles. Mais nous avons décidé de respecter les mesures du gouvernement et de garder uniquement une équipe de six employés pour répondre aux besoins de nos clients demeurés ouverts. Nous avons dû mettre à pied temporairement une trentaine de personnes. Tout au long de la progression de la crise, nous avions tenu des meetings afin de les informer de l’évolution de la situation et des mesures que nous pourrions devoir prendre. Tous les employés étaient donc bien au fait de la situation de l’entreprise quand on a annoncé la fermeture d’une partie de l’usine.

 Q Comment vivez-vous la crise?

R On avait pris un peu d’avance avant le début de la crise en créant des écrans de protection en acrylique pour nos employés qui travaillent au niveau service à la clientèle. Et on s’était dit que bien des entreprises pourraient avoir besoin d’écrans similaires. On avait travaillé sur deux modèles et on avait commencé à les présenter aux pharmacies. Au début, plusieurs nous disaient qu’elles n’en avaient pas besoin sauf que peu de temps après, la demande pour le produit a explosé.

Le problème auquel nous avons été confronté, c’est la rareté de l’acrylique. En l’espace de quelques jours, les distributeurs ont vendu tous leurs stocks. J’ai parlé à mes distributeurs qui m’ont avoué avoir fait des ventes records d’acrylique en l’espace de quelques jours. Et il y a eu le même phénomène aux États-Unis. En date d’aujourd’hui, c’est très difficile de s’en procurer auprès des manufacturiers qui sont américains. Dès que des stocks sont disponibles, ils sont vendus dans le temps de le dire. Mais on ne se fera pas de cachette, la majorité des entreprises qui voulait avoir des écrans de protection s’est déjà équipée. Probablement qu’il va y avoir un regain au niveau de la demande pour les écrans au moment de la réouverture des commerces. Mais ces ventes devraient se faire en mai et à ce moment-là on devrait avoir du matériel.

Il y a présentement une nouvelle folie causée par la crise et ce sont les visières de protection pour les employés du domaine hospitalier. Malheureusement, il y a aussi pénurie dans la matière première nécessaire à la confection des visières.

Q Un constat?

R Nous avions beaucoup investi par les années passées dans la robotisation de notre usine. Et la crise nous a permis de voir l’importante de nos équipements et de conforter les décisions que nous avions prises. C’est certain qu’il va y avoir d’autres achats d’équipements éventuellement.

Q Une idée née de la crise?

R On a réussi à développer et à concevoir, avec deux médecins de l’hôpital de l’Enfant-Jésus qui nous avaient approchés, un boîtier en acrylique pour intubation. Celui-ci est déposé sur la tête du patient et il permet au médecin d’intuber le malade tout en étant protégé contre la transmission de virus ou de bactéries. Les modèles qui étaient utilisés venaient de Chine. On a fait un prototype au design ergonomique super fonctionnel que les médecins ont beaucoup apprécié. Le prototype a ensuite été présenté dans des hôpitaux et à ce jour, on en a vendu plus d’une centaine. 

Ce prototype ouvre tout un autre marché que nous pourrons exploiter après la crise. Il faut savoir que même si je conçois des composantes en plastique, je ne suis pas nécessairement au courant des besoins dans le domaine médical. Mais c’est certain que les médecins doivent avoir des idées sur des manières pour bien se protéger et protéger leurs patients. Il y a donc plein d’équipements qui pourraient être développés. Je crois qu’il y a un marché potentiel à ce niveau. Je suis très fier de l’équipe que nous avons. Notre expertise et nos contacts pourraient nous permettre d’exploiter ce nouveau créneau.