Le stationnement de l’usine de Groupe Lacasse à Saint-Pie était pratiquement désert mardi après-midi, la quasi-totalité des quelque 300 employés ayant été renvoyée à la maison la veille.

Fermetures d’usines à Saint-Pie: «Un dur coup pour nos travailleurs et nos industriels»

Les fermetures ordonnées par le gouvernement du Québec lundi après-midi ont eu l’effet d’une bombe à Saint-Pie, où l’économie s’appuie très fortement sur le secteur manufacturier. Une quinzaine d’usines et plus de 500 employés, selon les estimations du maire Mario St-Pierre, seront directement affectés.

«On entendait dire que (le premier ministre) François Legault prendrait cette décision, mais ça va être un dur coup pour nos travailleurs et nos industriels», a confirmé M. St-Pierre.

«Si on se réfère à l’annonce du gouvernement, la plupart des usines et commerces de Saint-Pie ont un caractère non essentiel et doivent fermer du jour au lendemain.»

Si les mesures touchent notamment des fleurons de la municipalité comme Groupe Lacasse et Royal Pyrotechnie, le maire St-Pierre s’inquiète aussi des impacts pour les entreprises de plus petite envergure.

«Il faudra voir si l’arrêt des usines dure plus longtemps que les trois semaines prévues. On ne connaît pas la situation financière de chaque entreprise, mais c’est clair que ça pourrait amener des fermetures (permanentes). J’espère que non, mais on n’est pas à l’abri de ça», a reconnu M. St-Pierre.

Vent d’inquiétude

Les contrecoups de la pandémie de la COVID-19 se faisaient déjà sentir dans le parc industriel saint-pien la semaine dernière. Les activités du fabricant Dutailier ont notamment été suspendues vendredi dernier.

Chez Groupe Lacasse, deux vagues de mises à pied touchant chacune une trentaine d’employés ont récemment été effectuées. À la suite de l’annonce de lundi, la quasi-totalité des quelque 300 employés de l’usine locale se retrouve désormais à la maison.

Le maire de Saint-Pie, Mario St-Pierre

«Le pouls des employés était vraiment partagé, presque à 50-50. Certains disaient qu’ils voulaient continuer, qu’ils ont besoin d’argent. Mais d’autres préféraient que la shop ferme dans le contexte actuel», a expliqué Francis Lapalme, président de la section locale 2799 du syndicat Unifor, qui représente les employés de Groupe Lacasse.

Mardi matin, M. Lapalme a reçu de très nombreux appels, notamment pour des questions liées à l’assurance-emploi. Forcément inquiets, plusieurs se demandent ce qui les attend à moyen et long termes.

«Les dirigeants de Lacasse ont investi beaucoup au cours des dernières années et veulent continuer de le faire. Mais la situation économique est inquiétante...» Francis Lapalme se réjouit toutefois de voir qu’un réseau d’entraide semble se mettre en place. «Les gens s’échangent des informations sur Internet. C’est beau à voir.»

Assurance-emploi: un processus «très pénible»

La plupart des bureaux étant fermés, La Voix de l’Est a eu beaucoup de mal à rejoindre des directions d’entreprises mardi. Chez Royal Pyrotechnie, le président et directeur artistique Yanick Roy s’affairait notamment à sécuriser l’ensemble des installations. Le président de MGB électrique, Jean-François Brodeur, a tout de même offert ses commentaires et impressions par courriel. Spécialisée dans l’appareillage de commutation basse et moyenne tension et les bâtiments de type E-House, l’entreprise a dû mettre à pied 42 de ses 65 employés.

«La décision est bonne compte tenu des circonstances. Par contre, nous déplorons le manque de préparation face aux mises à pied massives. L’idée de garder les gens à l’emploi et d’obtenir une subvention de 75-85% des salaires aurait été beaucoup plus facile à gérer que de les envoyer au chômage», a-t-il plaidé mardi après-midi. «Certains vont souffrir des délais sans entrée d’argent et le processus (de l’assurance-emploi) est très pénible en raison du volume de cas à traiter. Notre responsable des ressources humaines a réussi à compléter un seul relevé depuis ce matin, car le service est non disponible ou coupe sans arrêt.» M. Brodeur croit néanmoins que MGB électrique pourra rebondir le temps venu.

«Comme la majorité de nos projets sont livrés au Québec, la plupart de nos clients seront également arrêtés, car les chantiers sont fermés. Les projets plus récents (encore à l’étape de l’ingénierie) vont continuer de progresser, car les dessinateurs et chargés de projets travaillent encore», a-t-il expliqué. «Le carnet de commandes est bon, alors la compagnie ne devrait pas trop souffrir d’un arrêt de trois semaines. Mais si ça se prolonge, il va assurément y avoir une surcharge de travail en usine au retour.»

Services essentiels

En plus de ses fonctions comme maire, Mario St-Pierre est également bien occupé par son métier d’agriculteur. Puisque le premier ministre Legault souhaite «maintenir la chaîne alimentaire», les installations d’Olier Grisé et F. Ménard à Saint-Pie devraient d’ailleurs demeurer ouvertes.

Plusieurs restaurateurs n’ont toutefois eu d’autres choix que de mettre la clé dans la porte.

Le Marché Tradition, unique épicerie de la municipalité, remplira donc un rôle essentiel au cours des prochaines semaines.

«Notre centre d’entraide donnera aussi un coup de main aux travailleurs en attendant les premiers chèques de l’assurance-chômage. M. Trudeau dit que les procédures seront plus rapides, mais ça reste à voir», a conclu M. St-Pierre.